AccueilFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

CreativeJuiz

OuvrirFermer






Le forum est fermé. Vous pourrez nous retrouver sur notre nouveau projet ICI

Partagez | 
 

 [Karakura dévastée] L'immortalité a saveur de doutes (PV Yachka)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage

avatar
Rang : Vampire passionnée

Messages : 103
MessageSujet: [Karakura dévastée] L'immortalité a saveur de doutes (PV Yachka)   Jeu 19 Juin - 1:19

A Vampire among shadows
------------------------------------------------------

Un goût d'hésitation sur la langue. Les cendres de l'indécision pour froisser d'amertume mon palais. Je contemple, bras ballants, regard vide, l'étendue ravagée d'une ville qui, il y a deux ans, regorgeait de vie. Même lorsqu'à la nuit tombée je me perchais en haut de ses buildings, gargouille solitaire dans la nuit esseulée, Karakura resplendissait de lumière et de bruit. Ce ne serait plus jamais le cas, plus après le passage des Ombres et de leur démence qu'on avait cachée au monde. Etrange que je trouve ça dommage, aujourd'hui. Etrange comme mon coeur s'était fait plus sensible après les évènements m'ayant opposée aux Maho Tsukaïs. J'en étais venue à considérer qu'il fallait les protéger, ceux-là même qui avaient été trois millions à périr dans la même journée. Il restait pourtant bien assez d'humains pour continuer à pourrir la face de la Terre, continuer à étancher ma soif. Lorsque Melody m'avait demandé de lui promettre de ne jamais faire de mal à un homme, une femme ou un enfant autre qu'elle-même... j'avais refusé.

Alors pourquoi...

Alors pourquoi est-ce que je me sens obligée de ne pas leur faire de mal ?! hurlai-je en enfonçant mon poing dans la façade attristée d'une maison délabrée.

Le béton s'envola en morceaux déchiquetés, la force du coup se répercutant le long des fondations à la manière d'un serpent aventureux le long des brins d'herbes. Si j'avais perdu un peu de ma bestialité à l'égard du genre humain, je n'avais rien perdu de mes capacités à tuer. Meurtrière patentée, prédatrice par nature et par culture, je me plaisais à envisager que j'étais la chasseuse incontestée de ce pays.

Je me mis à errer parmi les quartiers abandonnés, que la déréliction avait rendus à l'état de décombres. Karakura n'avait jamais été ma ville, jamais représenté un quelconque foyer. Oh, j'y avais bien élu domicile... d'une certaine façon. Dans les hauteurs de l'hôpital Matsukura, déjà déserté à l'époque. L'édifice avait constitué mon repaire, tour innocente abritant dans ses ténèbres une paire d'yeux malveillants. Il avait plu récemment et je m'arrêtai devant une flaque abritée dans le creux du macadam défoncé. Mon regard était saisissant, pour moitié frappé de saphir et pour moitié enchâssé d'ambre. L'acuité acérée de ma vision se départageait d'azur et d'or, faite pour charmer. Ma voix, je le savais, était douce et suave, modelée pour flatter. J'avais le visage d'une fleur innocente, et mes mains étaient pleines du sang des miens. Il aurait été inconcevable qu'un monstre tel que moi dispose d'un... foyer. Le foyer était l'endroit où vous étiez à l'abri, non de la violence du monde, mais du malheur de votre existence. Ma solitude glacée était la juste rétribution de la gloire cruelle appartenant au prédateur en moi. Je n'aurai jamais de vraie demeure, car une vraie demeure ne m'apporterait rien dont j'avais besoin.

J'avisais l'ancien cinéma qui flanquait l'avenue principale. Il avait pendant longtemps été le point de rencontre d'une foule d'humains, amis et amoureux. Comme un phare projetant la lumière de ses représentations à la face de la mer, il avait baigné ses salles d'une diffuse clarté tandis que, sous l'animation défilante des films, tant de liens s'étaient tissés... Des liens que je n'avais su comprendre, étrangers qu'ils m'étaient à faire intervenir des sentiments dont j'ignorais tout. Ignare, désespérément ignare des émotions de l'individu lambda... Voilà ce que j'étais. Le regrettais-je ?
Bah ! j'ai renoncé aux regrets depuis que je suis gamine.

Y renoncer, néanmoins, ne les a jamais fait complètement disparaître. Je les sens, masse pesante sur mon âme, de questions jamais éclairées, d'interrogations toujours repoussées. En tête de liste, un "Et si ?" violent d'insistance.
Haussant les épaules je pénètre dans l'ombre de l'édifice, moite de la bruine passée.

Je vais de mon pas égal, le long de murs lézardés aux affiches déchirées. On peine à lire les titres, l'humidité et le vent ayant embrouillé ce qui, en d'autres temps, était clamé aux yeux des gens. La semelle de mes bottes s'étouffe sans bruit sur la moquette élimée. Pour beaucoup, ce lieu apparaîtrait sinistre et lugubre. Les lampes n'y fonctionnent plus, laissant l'endroit dans une obscurité quasiment totale. On y imaginerait rôder sans peine quelque fantôme d'opérette, dont je pourrais bien prendre le rôle. Je m'aventure plus loin, choisissant une salle au hasard dont je repousse les portes dégondées. Elles tombent avec fracas, rompant le voeu de silence de ses ténèbres enfermées. Une senteur rance s'en échappe, relent de l'oubli. Je souris dans le noir, d'un doux étirement des lèvres. J'avance encore, rentre dans la cabine du régisseur. Et là, comme par miracle, je découvre un bien étrange tableau orné de boutons et de manettes. Des ampoules colorées papillotent ça et là, preuve que le courant n'a pas quitté ses veines de métal. Ma main curieuse caresse les commandes, explore, teste. Un déclic, le roulis du papier, la sonorité cireuse d'une bobine. L'écran s'illumine.

Et un bruit résonne, près de l'entrée.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.bleach-bsrpg.com/t2209-sasha-oudranov

avatar
Rang : Pièce de Musée.

Messages : 84
MessageSujet: Re: [Karakura dévastée] L'immortalité a saveur de doutes (PV Yachka)   Jeu 19 Juin - 19:16

Son Ami daigna enfin crever l’épais voile moutonneux grisâtre, peu de temps après que celui-ci ait fini de déverser sa cargaison sur les reliefs urbains inanimés. Au contact de ses caresses toujours bienvenues Yachka se surprit à sourire tout en éteignant ses prunelles d’acier l’espace de quelques secondes. Précieux instants où le temps lui-même sembla se figer, transformer une situation banale en véritable peinture à jamais sortie des sentiers classiques. Au centre d’un carrefour décharné, inondé par la brume et ses hordes de tentacules filiformes se tint ainsi la cavalière de jais chevauchant un palefroi famélique, hagarde mais bien alerte. Lorsque les dernières perles de condensation s’échappèrent du heaume pour la déguiser en terrible démon fumant la jeune femme se rouvrit au monde de l’éphémère, et fouilla dans l’une des sacoches fixées sur les flancs de sa monture afin d’en extraire un curieux rouleau, qu’elle déplia aussitôt d’un geste ferme et machinal.

Il s’agissait là d’une sorte de carte simplifiée, faite de cuir et sur laquelle on pouvait très nettement voir quantité de lignes, de symboles indéchiffrables et autres annotations. Un amas de gribouillis que la Reine parcouru attentivement de son doigt cuirassé, avant de reporter le regard sur les environs. A la recherche de changements notables, de nouveaux cadavres par exemple. Cela n’étant pas le cas, elle retourna donc à sa cartographie pour y ajouter quelque note et y tracer deux lignes supplémentaire. Un quotidien qui, en dehors des entraînements n’avait rien de très palpitant. Pour autant, il était bel et bien nécessaire de fouiller scrupuleusement les lieux, afin non seulement de s’en servir le moment venu mais surtout de débusquer toute intrusion fortuite et non désirée. A défaut de pouvoir se munir en hommes (vivants), la souveraine devait donc assurer les rondes. Pour son plus grand bonheur.

- Une fois le secteur totalement sécurisé, nous pourrons vraisemblablement débuter la phase de tir balistique sur cible immobile Sergueï… Oui oui… Encore quelques jours…

De la brume jaillissait parfois une figure vaguement humaine, bien qu’impalpable. Souffrant de solitude relativement avancée, l’état psychologique ébréché de Yachka laissa sans mal naître nombre de tics et autres névroses. Et parmi elles la capacité, involontaire, de donner forme à ce que l’on pourrait appeler des amis imaginaires. Dans les faits, il était surtout questions de membres affiliés à son Etat-major, lequel s’incarnait généralement dans un groupe de cadavres lors des briefings stratégiques. Un moyen de se rassurer peut-être, de combler ce manque grandissant. Paraître moins seule.

Et tandis que tous reprenaient la route pour quadriller ce qui ne l’avait pas encore été, son attention fût captée par une plainte lointaine. Ou ce qui devait y ressembler. Un animal ? Sans plus attendre Pestilence joua du talon pour accélérer la cadence, sans pour autant perdre de sa lucidité. Mais priant bien fort, que la source de ce bruit ne soit pas qu’une chute de débris ou tout autre phénomène du genre. Les bâtiments défilèrent, accueillant cette ombre menaçante précédée d’innombrables bras en quête de la moindre trace. Certains s’attardèrent autour d’un trou présent sur la chaussé. Une flaque sans reflets. D’autres sur une étrange ouverture sur la façade non loin derrière. Comme si un boulet de canon était venu frapper ce mur, alors qu’il n’y avait alentours aucune trace de lutte. De fait, tout avait été laissé en place, mais depuis un certain temps.

C’est alors que son regard se dirigea en direction d’un énième bruit, tout à fait différent mais nettement plus proche. Dans le doute, Yachka préféra mettre pied à terre histoire de se préparer à toute éventualité mais avec un minimum de discrétion. Même si, avouons-le, un cheval est tout aussi bruyant qu’une armure lourde. Toujours est-il qu’elle se dirigea à pas lestes vers un bâtiment surplombé d’une enseigne atypique. Un lieu de divertissement pour humains modernes, si les maigres informations récoltées auparavant sur le sujet s’avéraient exactes. Peu lui importait finalement, puisqu’une preuve s’imposa sous son regard d’argent alors qu’elle venait de franchir le seuil.

Des empreintes de pas humides, ça et là, sur la moquette poussiéreuse. Il n’en fallut pas plus pour dégainer Kryuk, et ralentir sa course. Adopter une progression lente, mais ne pas se laisser déborder par l’envie de vomir sa puissance sur ce qui pourrait être un vulgaire gibier voulant tout simplement se mettre à l’abri de l’orage. C’est pourquoi la lame resta au clair sans fendre le vent, pourquoi la brume n’alla pas s’engouffrer violemment dans la prochaine pièce nimbée de ténèbres.

- Quelqu’un, ou quelque chose hante ces lieux. Manifestes-toi, et nous saurons nous ménager à ton égard. De quelle manière, cela reste à voir…

Consciente qu’elle pouvait très bien s’adresser à une chimère, Yachka prit le temps d’acclimater son regard afin qu’il perce les ombres. De nombreux sièges, des cadavres, et une gigantesque toile de fond qui au bout de quelques instants se mit à émettre une lueur. Ce qui la pétrifia soudainement, et manqua de peu déclencher son mécanisme de défense.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.bleach-bsrpg.com/t1223-yachka-la-reine-immortelle

avatar
Rang : Vampire passionnée

Messages : 103
MessageSujet: Re: [Karakura dévastée] L'immortalité a saveur de doutes (PV Yachka)   Ven 20 Juin - 19:01

Le Sabbat des Monstres
----------------------------------------------

Les paroles sont audacieuses. Leur suffisance ne me plaît pas. Puérilement, orgueilleusement, elles instillent une sourde colère en moi qui se met à bouillonner lentement, de cette lenteur qui n'augure jamais que des pires débordements. Etrange qu'un tel ressentiment, à ce point mauvais, m'envahisse à l'écho de cette voix. Suis-je à ce point pétrie de fureur ? Je ne pense pas, mais j'ai toujours marché davantage dans les ténèbres que dans la lumière, et mon âme en a pris la teinte. Rien d'étonnant, alors, à ce que mon caractère prenne des tournures orageuses.
Je sors de la cabine, percevant malgré moi le décompte qui s'affiche à l'écran.

Cinq. Cinq griffes enfoncées dans le bord mou d'un siège, en déchirant l'enveloppe dans ma poigne assassine. Qu'est-ce que nous avons là ? Je m'approche, indécise.
Quatre. Quatre mètres à peine me séparent de la nouvelle intruse, silhouette caparaçonnée dans un métal aux reflets de jade et comme nimbée d'une brume pestilentielle.
Trois. Trois secondes pour la mettre en pièces, enfoncer la main dans la gorge découverte, refermer mes doigts sur l'arrière acéré de sa colonne vertébrale.
Deux. Mes deux yeux, dépareillés, emplis de sauvagerie, bordés d'une haine primale. Je comprends à présent : je la perçois comme une rivale, cette pâle gamine abritée derrière sa couronne et sa cuirasse.
Un. Un unique sourire, carnassier, mauvais au dernier degré, jeté à sa face bardée comme on jetterait une grenade. Cette nouvelle venue, de façon diffuse, est annonciatrice d'une myriade de douleurs. Je refuse sa présence en ces lieux, car je devine... qu'elle m'est semblable. Un monstre que le genre humain devrait craindre et redouter.

Or, depuis quelques temps, j'ai tendance à défendre le genre humain... Depuis les ombres, certes ; avec une violence monstrueuse que ceux que je préserve réprouveraient, certes également... mais qu'importe. Je ne leur ai jamais demandé leur avis. En digne prédatrice j'agis, en mon âme et conscience, en ma farouche liberté.
Je plongeai mon regard embrasé d'hostilité au fond de ces agates qui me fixaient.

Me voilà. Et... qu'avons-nous là ? susurrai-je doucement d'une voix à la tendresse dangereuse.

Son entrée n'avait pas été discrète. En retour, elle provoquait mon apparition ou menaçait de se poser en adversaire ; c'était une attitude sage, visant à me faire perdre l'avantage de la surprise. Presque un choix tactique, dont la justesse me poussait à la méfiance.

Une senteur de trépas flotte autour de toi. La mort hante ton regard, ton armure.


Etrange guerrière jaillie de quelque époque oubliée, bercée dans les bras d'un brouillard funeste. Cette vue aurait pu être brossée en un tableau biblique, évoquant un fléau ou un autre envoyé jadis par Dieu afin de punir l'engeance chassée d'Eden. Cela dit, je n'avais guère foi qu'en mon propre talent pour tuer. J'avais déjà assisté et participé à la mise à mort d'une divinité, au sens propre. Un homme-monde avait péri sous mes yeux, dans les heures ayant suivi la décimation de Karakura et ses environs. Il n'était guère de châtiment que j'eus encore à redouter.

Je ne t'aime pas. Tu me ressembles beaucoup trop pour ça...


Des paroles qui auraient pu sonner de façon absurde aux oreilles d'un spectateur candide. Moi, jeune fille au teint frais et au visage angélique, me trouver semblable à cette indiscernable silhouette caparaçonné et baignée de relents rances ?
Bien sûr... Je sentais instinctivement la foule des innocents dans le sang desquels elle avait baigné ses mains. Lorsqu'il s'agissait de flairer les rivières écarlates, je n'avais pas d'égale. La sève carmine qui coulait tant dans les veines des hommes que des Hollows ou des Shinigamis... était mon apanage, le lien universel de toute vie, qu'elle soit damnée ou bénie.

Je m'assis souplement sur le fauteuil à côté de moi. En apparence, j'aurais donné l'impression d'une ingénue jeune femme perdue au milieu d'un cinéma abîmé dans l'oubli. L'écran projetait les premières scènes, et malgré moi, mon attention s'éparpilla vers le film. Je n'avais pas vraiment eu ce genre d'occasions dans mon existence... Ce qui relevait du divertissement habituel chez l'humain lambda m'était un luxe inouï, aussi magnétique que la flamme pour le papillon. Cela faisait partie de mon innocence à moi, pour ténue qu'elle fut.

Que dirais-tu de t'installer, avant qu'on en vienne à s'entretuer ? Je m'appelle Sasha. Sasha Oudranov.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.bleach-bsrpg.com/t2209-sasha-oudranov

avatar
Rang : Pièce de Musée.

Messages : 84
MessageSujet: Re: [Karakura dévastée] L'immortalité a saveur de doutes (PV Yachka)   Sam 21 Juin - 0:34

Partagée entre cette stupeur qui la cloua sur place, les yeux rivés sur cette gigantesque toile animée, et la fureur grandissante provoquée par son instinct de défense primitif Yachka ne sut trop comment réagir lorsqu’enfin se dessina en contrejour la silhouette fragile d’une créature humaine d’apparence banale. Sur fond de compte à rebours la bête s’avança, prit formes et couleurs, laissa entendre le timbre de sa voix. Paroles articulées avec une arrogance propre à son espèce, et qui la rendirent de prime abord aussi détestable que le commun. Même si ceux-là ne pouvaient guère plus se le permettre puisqu’ils gisaient pas milliers dans les rues de ce qui bientôt deviendrait le royaume de Pestilence. Un cadavre pour s’y ajouter, est-ce donc si important ?

Pourtant Kryuk ne bondit pas, ne chercha à se repaître de ses entrailles, à éteindre ce brasier. Ces flammes scintillant comme deux puits de lumières dans les ténèbres. Plus vivantes que ne seraient jamais les siennes. Ce qui fit naître une série de questions, incroyablement banales, en son esprit. Que diable faisait une jeune fille vêtue de haillons, à déambuler au cœur des vestiges où ne régnait que la mort ? Pourquoi donc vouloir redonner vie aux choses, temporairement, si ce n’est par nostalgie ? Pourquoi un humain, se sentait-il à ce point obligé d’agir ainsi ? Autant de mystères pour celle dont l’existence se résumait à faucher pour mieux semer, et attendre sans autre but que de recommencer la manœuvre. Indéfiniment.

Derniers numéros. Enième affirmation lancée sur le ton d’une menace. A moins qu’il ne s’agisse que d’une remarque anodine censée la mettre en rogne. Suffisant pour que Yachka décroche ses prunelle du phare, et prenne le temps de regarder tout autour afin d’y voir quelque fantôme, un signe, une odeur. Rien. Sa brume alors, l’interpelle en silence. Ses légions se répandent furtivement et recouvrent entièrement la surface plane où se dressent quantités de sièges atypiques. Un phénomène, la transmission d’une alerte, sans provenance directe pour le moment. Deux sources possibles, laquelle choisir ? La plus évidente ? Non. Pas cette fois.

Tandis que la jeune femme, qui finissaient à peine de terminer son éloge personnelle en se comparant à l’Immortelle l’invita au confessionnal, une toute autre chose lui traversa l’esprit. Empoignant sa lame avec fermeté, la silhouette s’engagea dans une marche pesante. La bâtisse toute entière se mit bientôt à trembler, la poussière à danser lorsqu’elle dépassa son hôte sans lui porter d’autre attention que ce mot :

- Lumières !

Et de la brume omniprésente surgit aussitôt deux imposantes couleuvrines, pointées en direction du portail lumineux dans lequel commença à s’agiter d’autres créatures humanoïdes. Un subterfuge, pour la prendre à revers ? Qu’à cela ne tienne. D’un vif claquement Kryuk se déplia, mi-fouet mi-épée, danseuse d’acier offrant l’étincelle salvatrice. Un hurlement de feu, de poison et de poudre. Une déflagration terrible qui plongea les deux actrices au cœur de la tempête où moult débris fusèrent çà et là dans une obscurité quasi-totale. Ce avant que n’arrive, après quelques longues secondes, son Ami. En lieu et place du mur un trou béni par les caresses du jour. Partout les dommages, visibles ou suggérés. Des ruines, comme au dehors. Comme au plus profond de soi.

- Tes paroles, un venin. Inoffensif sur ceux que la mort ne touche pas. Je pourrais te montrer… Elle ramena sa lame par devant, tendue et indirectement pointée vers sa cible… Mais…

Les multiples fragments se rassemblèrent, pour ne former plus qu’un banal glaive qu’elle porta aussitôt au fourreau. Afin de signaler ses intention, et par la même répondre à son arrogance le démon fit offrande de son visage, et désolidarisa son heaume de l’attache pour finalement la lâcher avec une désinvolture prononcée.

- Tu es étrangère en ces terres comme je le suis. Quelle autre chose que le mal du pays, pourrait bien animer mon curieux appétit pour ta misérable carcasse mortelle ?


Offerte, pour mieux surprendre. Le simple fait de se trouver au milieu de la brume, scellerait son sort à la moindre tentative. Autant prendre ses aises.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.bleach-bsrpg.com/t1223-yachka-la-reine-immortelle

avatar
Rang : Vampire passionnée

Messages : 103
MessageSujet: Re: [Karakura dévastée] L'immortalité a saveur de doutes (PV Yachka)   Mer 9 Juil - 15:39

J'observais l'écran déchiqueté et le mur effondré derrière, la bouche bée sur une expression du plus parfait ridicule. Je me serais bien giflée si j'avais pu me faire face (une idée m'ayant déjà tentée par le passé, à peu près autant de fois que je n'avais commis d'impairs dans ma vie et ils avaient été nombreux), cela dit d'autres chats à fouetter requéraient mon attention. Dans le genre critique du septième art, la nouvelle venue se posait là avec une classe fracassante dont j'enviais l'extrême brutalité (et pourtant, ils n'étaient pas que quelques-uns à pouvoir témoigner de mon côté... agité).

De deux choses l'une : ou l'intruse armurée avait un problème très personnel avec le cinéma et les films en général, ou son heaume abritait des impacts aussi profonds que débilitants. Je n'étais peut-être pas la personne la plus inadaptée du Japon, en définitive - d'un point de vue purement relationnel. Un éclat, dont j'ignorais s'il avait été de fer ou d'un matériau plus récent, débris de la façade explosée, avait délicatement creusé ma pommette de son tranchant. Je recueillis la mince coulée de sang qui dévala ma joue au creux de mes mains, l'observant d'un regard morne.

Il faudrait songer à faire attention avec les affaires d'autrui. Les écrans de cette taille, ça ne se trouve pas au supermarché du coin,
observai-je finement.

Mais derrière mon sarcasme se dissimulait un trouble réel. Je n'avais pas rêvé : cette femme avait tiré de sa brume putrescente les fantômes d'un équipage d'artillerie tout ce qu'il y avait de plus fonctionnel. Et si elle dissimulait une véritable armée dans les bras maladifs de cette nappe qui semblait vouloir l'accompagner ? Karakura était déjà dévastée... tout ce qui s'approchait de près ou de loin à la découverte de nouvelles facultés de destruction massive me hérissait instinctivement. Les humains n'étaient pas prêts pour tout ça.
Elle ôta son casque, libérant un visage hâve et des yeux plus glacés que les cieux hivernaux sous lesquels j'étais née. Sous lesquels, de son propre aveu, nous étions toutes les deux nées.

Le mal du pays, avait-elle dit. Un mal étrange, aucun doute là-dessus. Vous m'auriez posé la question quelques instants auparavant que je vous aurais ri au nez, à me demander si j'en souffrais ; mais maintenant qu'elle l'évoquait... je n'étais plus si sûre de ne pas ressentir ce malaise. La Russie, ses vastes toundras de l'Est, ses plages ensoleillées qui font face au continent américain, l'Ouest de l'Oural aux milles merveilles... Savez-vous ce que peut être le bonheur d'une traversée de la taïga, sans seulement croiser âme qui vive de l'aurore au crépuscule ? Savez-vous quelle paix je trouvais dans nos périples, à Khaïl et moi, tandis que nous allions de ville en ville en traversant ces étendues sauvages ? C'est comme oublier pendant une journée que l'homme a conquis ce monde, envoyer se faire foutre toute sa belle urbanisation, toutes ses maudites babioles high-tech, et ne plus contempler qu'un infini azuré face à un infini mordoré. La ligne de l'horizon plat, déchiré entre le saphir du ciel et l'or de la plaine, avait toujours été un trésor à mes yeux.

L'inconfort aussi peut être un bonheur. Je me rappelais si bien de ces matins froids, où nous nous réveillions sur les sièges de la vieille camionnette défoncée de mon père adoptif, les mains gelées serrées sur une tasse de café brûlant ; avec rien d'autre à faire sinon émerger tranquillement des limbes doucereuses du sommeil, devant le spectacle d'une aube naissant derrière la crête déchiquetée de quelque lointaine montagne.

Je souris pendant quelques instants, avant de me rendre compte que j'avais évoqué ces réminiscences à voix haute. J'avais toujours eu un penchant lunatique, aussi prompte à la violence qu'à la rêverie, dotée d'un penchant pour la mélancolie et le sarcasme. Là où certains ne voyaient qu'un quotidien rustique, je discernais la pleine et entière liberté d'une existence vêtue de sa seule simplicité. Une existence sans meurtre, sans crocs fichés dans la chair, sans éclaboussures de sang.
Non pas que je détestais cette sauvagerie dont j'étais pétrie malgré les apparences... Juste qu'il était bon de me souvenir qu'à une période, j'étais une enfant innocente. Enfant, je l'étais toujours plus ou moins ; mais mon innocence avait depuis longtemps perdu sa blancheur immaculée. Coupable, je l'étais de bien des façons. C'était cette conscience du bien et du mal que Khaïl était finalement parvenu à m'inculquer. Son cadeau le plus précieux et le plus enrageant.

Et cette femme décharnée devant moi, jaillie du fond de quelque époque oubliée...
Bon, d'accord, c'était vite dit si on prenait en considération mes notions d'histoire. Ce qui appartenait à la fin du siècle dernier était déjà irrémédiablement opaque à mon regard dégoulinant d'amateurisme pour tout ce qui avait trait à la culture, de manière générale. Mon éducation ne s'était pas embarrassée de fondamentaux scolaires.

Etrangère, sans doute. Mais toute terre m'est étrangère : je n'ai pas de foyer, nul part. Cela dit... je ne crois pas que ça soit si important qu'on veut bien le dire. Je crois que récemment, j'ai découvert quelque chose... d'intéressant.


Je me calais confortablement au fond de mon siège, mirant un point invisible au-devant.

Qu'importe de posséder un asile ou non, tant que je peux me retrouver dans la compagnie que je recherche. La solitude a du bon, mais, immanquablement... on finit par revenir à quelqu'un.

Parfum d'Angleterre. Eclat chaleureux. Sourire conquérant.

Est-ce que tu te contentes de vivre au milieu de tes spectres ? ricanai-je d'un air mauvais. Les supporterais-tu pour l'éternité, si tu en viens à me qualifier de... mortelle ?

Ne manquerait plus que je tombe sur une autre divinité en puissance. Une seule avait suffit, merci bien.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.bleach-bsrpg.com/t2209-sasha-oudranov

avatar
Rang : Pièce de Musée.

Messages : 84
MessageSujet: Re: [Karakura dévastée] L'immortalité a saveur de doutes (PV Yachka)   Mar 12 Aoû - 16:16

Des spectres oui, par milliers. Ceux de sa jeunesse, de sa patrie oubliée, de ses amants trépassés, de sa puissance évanouie. Comme si chacun d’eux nourrissait son pouvoir infini. Comme si sa brume n’était rien de plus qu’une représentation unique de son état d’esprit. A se mouvoir constamment, à chercher sans trop savoir, à errer et recouvrir le monde d’une puanteur morbide. Nombre de flashs, ceux de la jeune femme, défilèrent devant son regard vitreux à mesure que l’autre les évoquait. La fraîcheur du matin, son manteau de glace recouvrant les steppes avant que l’éternel Ami ne vienne réchauffer le monde… Des souvenirs ne lui appartenant pas mais qui pourtant surent l’émouvoir à tel point qu’une larme se dessina bientôt au coin des prunelles mortes. Le visage de Yachka quant à lui demeura inerte, livide et faussement alerte. Habituée de l’introversion maladive, on ne se la représentait que très rarement un sourire aux lèvres, ou accablée par la tristesse. Mais face à tant de nostalgie, la carapace centenaire ne put guère contenir cet accès de faiblesse. Fort heureusement pour elle l’ombre omniprésente joua son rôle et dissimula tant bien que mal l’outrage, vite arraché d’un revers lorsque la matriarche émergea de nouveau après une longue moisson.

C’est alors que l’humaine s’imposa avec un discours sur la solitude et l’errance, le déracinement, une philosophie de la vie bien trop risible pour y être insensible. Son humeur changea donc du tout au tout, et passa de la mélancolie profonde à la moquerie évidente. Un rire franc, bruyant et sincère ébranla les murs agonisants de la pièce éventrée, secoua son armure toute entière avant de disparaître en partie sous le couvert de sa paume. Comme pour s’excuser d’avoir laissé ses émotions jaillir ainsi sans introduction aucune.

- Mais êtes-vous donc tous aussi ouverts à l’âme du monde, pour vous en vanter de la sorte ?? Je ne compte plus le nombre de vos congénères agissant ainsi… A parler de choses que vous ne connaissez pas, à évoquer des sentiments qui vous ont parcouru quelques mois, quelques années… Et les brandir à la manière d’étendards ensanglantés, déchirés par votre expérience de la vie ! Misérables bambins…

Son bras se tendit finalement vers la scène dévastée et, du sol en partie recouvert par la brume émeraude naquirent des silhouettes sans traits, spectres humanoïdes informes par dizaines. Un à un, les blocs furent sculptés par une main divine, avant de prendre la pose tout en fixant les deux protagonistes de chair plus haut. Des paysans, des Khan, de hauts dignitaires Qin, Melody, Fou-Lu, d’autres créatures du même type mais à l’identité inconnue, et en dernier lieu… Sasha, Sasha Oudranov. Une copie changeante, presque identique. Mais irréelle. Du fond de son siège dans lequel elle s’était péniblement glissée pendant le spectacle la matriarche jeta une œillade à sa voisine, doublée d’un rictus mauvais. Moqueur, une fois de plus.

- Voici venir le véritable visage de la solitude, petite. Une éternité à vivre entourée de spectres. Car ils sont l’Histoire, notre Histoire. Qui es-tu pour parler de solitude, enfant du monde ? Qui es-tu pour parler d’éternité, toi que la mort a marqué de son odeur ?

Les sculptures furent englouties les unes après les autres, jusqu’à ce que ne demeure plus que la copie imparfaite de Sasha, implorante, offerte à la marée de jade qui finalement l’avala comme elle le fit avec le reste. Puis cette mer continua un temps de se mouvoir, forma diverses images tirées de souvenirs. Armée d’un tel pouvoir, d’une telle imagination, il ne lui était difficile de se représenter les choses, de les façonner à partir du néant. Les steppes, les combats, le silence du désert Mongol… Un véritable film fait de vapeur, changeant, instable.

Et de nouveau le calme, à peine troublé par cette sensation de danger pesant.

Toujours calée sur son trône éphémère surplombant le chaos, et les prunelles vissées sur celles de son interlocutrice Yachka laissa planer le doute avant d’exprimer un ultime questionnement. Crucial. Sans animosité.

- Mais avant toute chose : quelle est-donc l’origine de cette force non dissimulée et qui semble malgré tout hésitante ? Une âme telle que la tienne ne peut se permettre de vagabonder sans but, si loin. Si aisément. Pas sans avoir connu l’échec.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.bleach-bsrpg.com/t1223-yachka-la-reine-immortelle

avatar
Rang : Vampire passionnée

Messages : 103
MessageSujet: Re: [Karakura dévastée] L'immortalité a saveur de doutes (PV Yachka)   Dim 7 Sep - 20:21

Une étrange marionnettiste que voilà, à tisser des toiles dont je reconnaissais le motif singulier, à brosser des portraits réels et pourtant si... irréels... Manipulant les traits de ses spectres avec un brio né de l'expérience. Je n'aimais pas la symphonie qu'elle me jouait là, mon visage s'assombrissant à chaque geste brumeux de ces silhouettes qui composaient son immonde brouillard. La solitude, hein ? Créer un monde qui n'était que le sien, le peupler de chimères serviles... un monde si hostile que nul ne pouvait y survivre, hormis cette créature dont j'ignorais toujours le nom. Il n'y avait aucun doute sur le fait que ma solitude était bien moins froide comparée à la sienne.

Son âme était-elle si vide, qu'elle ai à modeler de tant de fantômes son univers ?

Je fis quelques pas devant ces esprits fuligineux, déambulant à la manière d'une touriste devant une galerie de photographies. Je m'arrêtai un instant devant la représentation tremblante de Melody, plissant les yeux comme je la reconnaissais. Ainsi mon interlocutrice l'avait déjà rencontrée... Je n'étais donc pas le premier monstre sur laquelle elle était tombée. Quelques mètres encore et je me retrouvais nez à nez avec mon propre reflet. Dépourvu d'expression, le regard vide, et pourtant... il y avait comme quelque chose de vrai dans cette apparition. Ce n'était pas qu'une image : c'était une part de moi-même, sans aucun doute.
Et la brume s'agita, se dispersa en circonvolutions qui ne tardèrent pas à décrire de nouvelles scènes. La taïga parcourues par ses nomades, une histoire racontée par ces miasmes d'aspect si corrosif. Était-ce la sienne ? Ce n'était pas difficile à croire.

J'esquissais une moue désapprobatrice lorsque son interrogation survint, sibylline, basée sur des postulats que je n'étais pas certaine de saisir. A quelle force faisait-elle allusion ? Je ne m'étais jamais posée la question de mesurer mon propre pouvoir à l'aune de celui des autres. J'étais une ombre sauvage, une bête nocturne avec des réflexions humaines. Les défauts d'orgueil, de vanité, d'ambition... ne me concernaient aucunement. Je pouvais être bouffie de désir, rongée de jalousie ou torturée par l'envie, mais me comparer à qui que ce soit n'avait jamais véritablement été l'objet de mes pensées. Alors, si on parlait de ma force... je ne voyais pas à quoi l'on faisait référence.

La seule force que je me connais est dans mon sang et mes crocs.

Mon sourire polaire les révéla dans leur éclat d'ivoire, pointus et nets.

Je n'ai jamais ressenti la moindre hésitation dans la violence qui les dirige.

Mensonge. Une voix accusatrice au fond de moi me contredit à peine finissais-je de prononcer ces paroles. Combien de fois as-tu refoulé tes pulsions ? Combien de fois as-tu ouvert les lèvres pour mordre, et finalement reculé ? Est-ce la liberté dont tu vantes tant les louanges ?! J'ai mis des entraves à qui je suis réellement... Tu as bridé tes propres mains ! J'ai parfois préservé la vie des autres au lieu de la prendre. Epargner plutôt qu'arracher. Ce n'est pas ce que nous voulons ! Ce que tu veux ! Le désir sanguinaire qui m'habite hurle de rage à chaque fois que je lui dis non.
Ce que je prenais pour de la volonté... n'est-ce en réalité que de l'hésitation, comme mon interlocutrice décharnée tend à le sous-entendre ?

Vagabonder sans but... Pourquoi aurait-on besoin d'un but ? Je n'ai guère d'aspirations sinon celle de vivre ma vie telle que je l'entends, avec la passion et la fureur qui me saisissent si souvent, et qui me poussent dans ces éclats pour lesquels on me craint. Je marche au-devant du péril et de la douleur, pèlerine en quête d'inconnu, poussée par la soif écarlate. Cela me suffit. Je le lui dis, me drapant des ténèbres de la pièce ; ma silhouette vacilla, puis s'oublia dans le noir. Seule ma voix retentit alors...

L'échec ? Qu'est-ce qu'un échec ? On ne faillit vraiment que lorsqu'on finit par périr sous les coups de l'ennemi.

Un rire gavé d'une joie impie m'échappa, résonnant dans la salle à la manière d'un cliquetis malveillant.

C'est un défi que tu donnes l'impression de relever. Je ne compte plus les fois où mes adversaires m'ont repoussée, où mon sang a coulé... pourtant... je n'ai pas échoué. Je hante toujours ce monde, frappant lorsque l'idée me plaît, soufflant l'existence de ceux dont la vision m'agace. On m'a tant tuée, ou peu s'en fallait, que j'en ai perdu le compte ; pourtant, je n'ai jamais péri. Ai-je alors échoué ?

Les voix de mon instincts... elles se mettaient à chuchoter, à susurrer sans cesse à mon oreille, son discordant mais uni sous la bannière d'un même message. Tue, tue ! Il semblerait qu'il n'y ai rien à tuer ici qui ne soit déjà mort. Brise sa carapace ! Fais éclater la chair ! Romps les os ! J'ignore encore son nom. Cela me gêne davantage de tuer un anonyme que de tuer un inconnu. Etrange... En quoi la mémoire d'une identité a-t-elle de l'importance, surtout s'il s'agit de celle d'une défunte ?

M'accompagnerais-tu un instant dans la nuit ? Tu m'as offert une vision de ton monde. Laisse-moi t'aider à pénétrer le mien...


Un frémissement dans les ténèbres. Je franchis l'obscurité dans un sillage opaque, tournant autour de l'immortelle à la manière d'un squale au penchant sadique qui nagerait paresseusement autour de sa proie. Il y eu un claquement de cuir comme mes vastes ailes parcheminées se déployaient, nuages sombres de grande envergure. Elles battirent une unique fois, projetant une légère bourrasque dans le dos de ma proie à venir tandis que je surgissais des ténèbres.

Danse avec moi, et voyons si la mort nous aime assez pour venir nous prendre.

Les serres de mes élytres s'abattirent sur la reine en armure, un rideau de cuir au coloris d'onyx cherchant à l'étouffer. Mes mâchoires s'ouvrirent, gueule garnie de dents acérées, pour se refermer avec avidité sur la cuirasse entre l'épaule et le cou. Je mordis avec la férocité d'une damnée, faisant sauter le métal au passage. Mon Reiatsu s'échappa de ma peau, aura vorace produisant le son désagréable d'un arc électrique crépitant. Ma nature de vampire, qui franchissait la barrière de mon corps et écharpait tout ce qui se retrouvait à mon contact, fissurant la pierre et déchirant la chair...

Je la repoussais ensuite d'une brutale impulsion, une fièvre ardente au fond des yeux leur donnant des airs de tisons ardents. Je me fendis d'un hurlement vibrant de colère, avant de me jeter à nouveau à l'assaut. Mes poings partirent, coups de boutoir heurtant aux côtes, à l'abdomen, aux épaules, tic-tac régulier d'une horloge de violence. Feindre, tromper.
Et juste comme leur rythme apparaissait évident, je cessais de frapper. Au lieu de cela je tendis la main, les doigts ouverts, griffes jaillies, allant à la recherche de son coeur.

Montre-moi si tu es bien si vide que je le suppose ! grondai-je entre mes crocs.

Et les ténèbres m'enlacèrent à nouveau.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.bleach-bsrpg.com/t2209-sasha-oudranov

avatar
Rang : Pièce de Musée.

Messages : 84
MessageSujet: Re: [Karakura dévastée] L'immortalité a saveur de doutes (PV Yachka)   Jeu 25 Sep - 16:34

A la fois curieuse et sur la défensive Yachka s’était relevée puis dirigée, tout en restant à bonne distance, de son interlocutrice visiblement très intriguée par son petit spectacle. Elle en profita pour remettre son casque d’un geste machinal sans perdre de vue son vis-à-vis puis, resta un long moment ainsi statufiée, dans l’expectatif. Si l’enfant lui plaisait au point de le laisser entendre dans ses propos, elle ne perdit à aucun moment son flegme impérieux ni ses doutes quant à la véritable nature de celle-ci. En ces temps si sombres, il serait bien imprudent de s’aventurer jusqu’ici sans motifs ni armes pour se défendre ou, plus vraisemblablement, attaquer à la première occasion. L’instinct de survie propre aux monstres jouit de ses mécanismes propres, indissociables de l’Être qui sommeille.

Or chez l’immortelle, tout repos ne se fait jamais sans garder un œil ouvert, pour ainsi dire. Aussi lorsque les ténèbres commencèrent à avaler sa proie, la brume se mit aussitôt à la traquer. Elle était omniprésente, une véritable toile servant à la fois de boussole et de base défensive. Comme à son habitude, Yachka s’était progressivement avachie dans un piège n’attendant qu’à être déclenché par l’autre. Ce qui se produisit, sans la moindre surprise.

Mais contre toute attente, elle n’esquissa pas un geste pour contrecarrer l’affront. Car elle aussi, prenait un plaisir non dissimulé à subir les attaques, à mettre en péril sa propre existence afin de mieux en percevoir les limites. Cela lui permettait également de ne pas gaspiller ses forces et surtout de rester courtoise. Après tout, elle venait bien de se faire inviter et voilà bien longtemps qu’on ne l’avait plus vue danser. Lorsqu’on vint l’étreindre avec fermeté, Yachka se laissa donc aller à une révérence, tendant le bras paume tournée vers le ciel pour finalement le ramener dans son dos et reprendre Kryuk à pleine main.

- Aucune hésitation ? Foutaises ! Qu’es-tu ? Enfant de la Nuit, Chimère, Lycanthrope ? Quelle progéniture de mythe populaire censée être l’incarnation de la bête sanguinaire tisserait ainsi des liens par la parole avant d’attaquer si brusquement ? A moins d’être une prédatrice médiocre, te voilà piètre menteuse. Car je sais. Comment pourrais-je prétendre les choses autrement sinon n’être moi-même qu’une faiseuse de brume ? As-tu seulement senti mes caresses ? Pourquoi crois-tu que mes visions t’ont été si familières, petite ?

Une désagréable sensation envahit tout son être, ne lui laissant ces précieuses secondes nécessaires à la moisson. Son armure dont l’épaisseur et la robustesse n’étaient plus à prouver fut pourtant la cible d’une attaque improbable. Après avoir foré les multiples couches de métal, les deux canines brisèrent en partie le gorgerin protecteur pour ensuite se planter fermement dans la chaire putride tant convoitée. La bête n’y trouva pas plus de sang que de chaleur mais un liquide noirâtre et visqueux. Froid comme la mort, comestible comme peut l’être du pétrole brut. Mais alors qu’on aurait pu l’imaginer aussi vivante qu’un cadavre animé par la magie, la suite démontra clairement qu’une forme de vie l’habitait bel et bien.

La douleur est une chose que Yachka n’exprime réellement en temps normal. Une broutille qui ne mérite pas qu’on s’y attarde ou qu’on l’expose ouvertement lors d’un combat. La nature sait néanmoins comment jouer avec ces choses-là. Lorsqu’une formidable décharge électrique lui parcouru l’échine et se faufila dans les moindres recoins de son être, l’imperturbable guerrière ne put retenir sa peine, sous la forme d’un long cri inarticulé. Un hurlement sincère, jouissif, qui se tut dès l’instant où son bourreau relâcha l’étreinte pour mieux la repousser.

Profitant de cette perte d’équilibre Pestilence empoigna cette fois sa faucille, fit volte face et tenta péniblement de se redresser tandis que la seconde vague se laissait présager. Sauf qu’ici, la brume ne se laisserait plus faire.

- Le libre arbitre… Voilà ce qui nous différencie encore des monstres assoiffés de sang, voilà ce qui nous définit encore comme des êtres humains ! Voilà ce qui nous fait reconsidérer et tempérer… l’échec !

Un premier coup tenta de percer le voile, et se heurta directement à lui plutôt que d’atteindre sa cible. En autant de temps qu’il lui fallait pour y penser, la jeune femme pouvait donner vie au néant, façonner l’abstrait et établir une stratégie en fonction de la tactique adverse. Devant l’efficacité d’une simple morsure il ne valait donc pas seulement compter sur son armure pour dévier la salve de poings et de pieds fusant à vive allure et tentant désespérément de briser sa coque. C’est pourquoi entre les deux guerrières se dressait maintenant une épaisse muraille qui à défaut de la protéger entièrement ralentirait l’assaillante pour mieux la cueillir.

- La vision d’un monde s’adapte en fonction de celui qui le regarde, non pas de celui qui le montre. Jamais tu ne seras en mesure de vivre dans le mien, pas plus que je le pourrais avec celui dans lequel tu t’animes. Pourtant la Nuit fut ma seule compagne des siècles durant… Alors vois maintenant, car la Mort ne viendra pas cette fois non plus.

Sur ces mots le rempart tomba, et les derniers coups s’abattirent sur le plastron qui se fissura par endroits, le temps de quelques battements lumineux. De lourdes commotions à venir, mais rien de bien insurmontable pour celle qui dans sa prime jeunesse avait manqué se faire ouvrir le thorax de bas en haut et qui miraculeusement s’était réveillée une paire de jours seulement après la bataille, sous un nouvel étendard. Celui de l’Apocalypse.

Le temps était enfin venu de l’honorer, et d’offrir à cette impie sa plus belle danse. Enveloppée par les limbes, baignée de couardise l’assassin s’imaginait à l’abri. Fière de son forfait, fuyant ses responsabilités, comme si sa proie allait délier ses sangles et lui offrir son cœur sans protection. Un tel comportement irritait profondément Yachka, qui ne pouvait concevoir l’idée d’une bataille dans les ombres. A moins bien sûr, d’y accéder soi-même et de l’y rejoindre. Par chance, la brume recouvrait déjà l’intégralité de la pièce, ne lui resta plus qu’à l’intensifier.

Le voile se mit alors à gonfler, atteindre le plafond, puis s’épaissir jusqu’à refouler la plus petite parcelle de lumière. Un océan toxique, rongeant aussi bien les êtres vivants que la matière inerte et qui, en plus d’affaiblir considérablement ses proies les piégeaient au cœur d’un ballet mortel où dansaient d’invisibles coupe-gorges.

- Vois, comme il fait bon valser dans le noir. Attention toutefois, aux orteils de tes cavaliers Miss.

Et pour que la fête batte son plein la reine jugea nécessaire, indispensable, de repeupler les lieux. Dans son esprit défilèrent donc les visages, armes, et éléments d’armures à mesure que ses pas la guidaient au hasard. Dans son sillage surgirent un à un les invités vaporeux, chacun doté de consignes particulières et d’aptitudes spécifiques. Dans ses yeux l’éclat, glacial et ferme de l’argent. Une vingtaine de convives, seulement un couple d’auras. Elle tendit machinalement la main en direction de l’Autre, noyée quelque part. Ne lui restait plus qu’à ouvrir le bal.

- Attendez le coup, battez la mesure et trouvez votre Promise.

Lorsqu’elle laissa retomber sa main, une gigantesque lame d’air frappa l’emplacement désigné plus tôt. Un moyen comme un autre de sonner la charge, tout en préparant le terrain.



_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.bleach-bsrpg.com/t1223-yachka-la-reine-immortelle

avatar
Rang : Vampire passionnée

Messages : 103
MessageSujet: Re: [Karakura dévastée] L'immortalité a saveur de doutes (PV Yachka)   Jeu 23 Oct - 14:30

La danse que j'avais prévue pour deux, intime et sanglante, vira en un tournemain à un ballet mortel dont mon adversaire se posait en maîtresse de cérémonie. Conduisant le bal par le verbe et le geste, elle fit étinceler les ténèbres d'un éclat de jade en pleine déréliction, tirant du néant ses propres convives macabres. Hôtesse insolente, qui se pique de peupler les lieux à sa convenance, qui dirige les festivités sans pudeur au détriment de l'anonymat que je nous avais souhaitées. Mais, si elle désire que notre valse prenne des allures de cataclysme, c'est à son aise... Et je me plierai à sa préférence. Plus le monde devient fou, sombre et froid, plus il me plaît et s'embellit. Plus il se pare de violence, et plus il gagne grâce à mes yeux.

Mais... quelque chose me dérangeait. M'agaçait, m'irritait, même. Toute cette agitation, toutes ces silhouettes et ces spectres qui dansaient, lames en main, fendant les ténèbres de leurs armes antiques... Cela me faisait presque tourner la tête. Trop de distractions, trop de gorges tendues qui, même fantomatiques, m'appelaient et me suppliaient de les ouvrir d'un habile coup de griffes ou d'une profonde morsure. Il fallait que je me débarrasse de sa troupe.

Et j'allais la congédier...




Une vaste brise spirituelle se leva dans la salle de cinéma ravagée, à la manière d'un tourbillon dont l'invisibilité n'ôtait rien à la violence. Ses miasmes m'entourèrent, m'habillèrent d'une obscurité plus opaque que toutes les autres dans un grand hurlement venteux jusqu'à dessiner, aux yeux de qui était capable de discerner le Reiatsu, une tornade de ténèbres. Celle-ci se maintint en équilibre une seconde autour de moi, oeil paisible de cet étrange cyclone... avant qu'il ne s'affaisse sur lui-même, tour de Babel fauchée par ma volonté. En s'effondrant cette masse d'énergie me recouvrit et se déversa dans la zone, inondation impromptue et catastrophique. C'était une nasse crissante de puissance spirituelle, nuitée et tranchante, transformant l'air de notre arène en un nuage de verre pilé. Et tous ces soldats qui souhaitaient danser, tous ces beaux gardes tirés de son arsenal sépulcral, s'y frottèrent à l'envie. Voilà la promise que j'offre à tes marionnettes, singulière guerrière des temps anciens.

Les silhouettes s'évanouirent comme il semblait que les blesser suffisait à les renvoyer d'où ils venaient. J'esquissais un rictus sauvage, qui se figea à l'instant même où je sentis une giclée de sang remonter dans ma gorge et investir mon palais. Ma bouche s'ouvrit toute seule pour expectorer un filet visqueux, au contact duquel la brume crépita brièvement. Du poison, de toute évidence, qui commençait à s'infiltrer dans mon corps... Un masque de haine se grava sur mes traits. J'avais goûté à la bile huileuse de ses veines, mais je soupçonnais davantage son brouillard que la sève pourrie de sa chair, d'être à l'origine de cette affliction pernicieuse. Maudite garce !

Mais je n'eus pas le loisir de la maudire plus avant, comme un sifflement sinistre dans les airs me faisait prendre conscience d'un autre danger, que j'assimilais instinctivement à une immense lame spirituelle. Faucher semblait être l'apanage de mon ennemie, sorte de personnification apocalyptique du trépas... Mais elle ignorait à qui elle avait affaire ! J'ouvris mes mâchoires à la manière d'un squale tenaillé par la faim, et les refermais à l'instant précis où je devinais qu'allait se produire l'impact.
Mes crocs se heurtèrent à un oxygène toxique solidifié, fendant le tranchant de l'arme dont les improbables tessons s'enfoncèrent dans mon corps. Une secousse de douleur agita mes membres comme je me forçais à dévorer la menace, l'engloutissant goulûment en faisant fi de ses éclats acérés. Je sentis le sang couler à l'intérieur de mon être, mais qu'importe...

Un sourire mauvais éclaira mon visage comme mon linceul de ténèbres m'abandonnait, me révélant à ma cavalière.

Intéressante façon de combattre que tu as là. On dirait que ta manche recèle de nombreux atouts...


Qu'attendre d'autre de la part de celle qui se présentait en stratège et générale d'armée ?

Tu organises le terrain de ta bataille selon ta fantaisie, y sème tes pièges, tes embûches, tes volées de lame. De quoi anéantir à peu près n'importe quelle force ennemie. Mais... je ne crois pas ressembler à tes opposants d'antan. Laisse-moi te le prouver.

Je lui dédiai un sourire à l'indéniable tendresse, de celle que peut avoir un enfant tandis qu'il arrache les ailes d'un insecte. Mes yeux abandonnèrent leur coloris de rouille, remplacé par... une mer intérieure et voluptueuse d'un profond rubis. Un éclat de pourpre fauve, étincelant, captivant. Des iris chatoyants comme deux lampées d'un sang pur éclairé par quelque feu intérieur. Une technique dont je n'avais pas encore eu l'usage, et qui m'amusait en ce qu'elle faisait référence au folklore du vampire et à leur regard hypnotique. Croiser les fenêtres de mon âme, c'était dès lors pénétrer dans mon monde de ténèbres et de rivières visqueuses, voir l'univers à travers moi ! Dans tout ce qu'il avait de beau, de terrible et de fascinant. Echapper à ces images requérait une force d'âme immense... Car il n'était pas aisé de s'arracher à cette étreinte.


« Je vais te montrer la vie et la mort par mes yeux. »

Regarde-moi... soufflai-je d'un ton langoureux, avant de prendre mon essor.

D'un bond spectaculaire j'atteignis le mur opposé, contre lequel je me ramassais sur moi-même à la façon d'une panthère prête à bondir. Et c'est ce que je fis, d'une puissante détente qui m'envoya droit sur mon adversaire à la manière d'un carreau de baliste. Nul doute que ma médiévale ennemie apprécierait l'image.
J'atterris juste à ses pieds, fracassant le sol à l'impact, en morcelant des moellons entiers. Briser les appuis. Ma botte partit à l'encontre de son poitrail enferré, avec une force suffisante pour la faire décoller et envoyer ma proie dans les airs. Des murs s'étaient déjà brisés sous une telle frappe. Déséquilibrer. Rendre vulnérable. Et un second bond prédateur, l'envolée du rapace vers l'oiseau blessé. Fondre sur ma cible, mains avides de saisir tendues en avant, bouche ouverte sur une rangée de crocs barbouillés de sang et de salive. Atteindre la cadavérique caparaçonnée, passer mes jambes autour de sa taille, mes bras autour de son cou... L'embrassade pressée d'une vampire affamée. L'embrasser à sa carotide déjà mâchonnée, lui délivrer un dernier baiser.

A la pointe de mes crocs, déchiqueter l'artère avec passion.



Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.bleach-bsrpg.com/t2209-sasha-oudranov

avatar
Rang : Pièce de Musée.

Messages : 84
MessageSujet: Re: [Karakura dévastée] L'immortalité a saveur de doutes (PV Yachka)   Ven 31 Oct - 16:04

D’atouts, son adversaire n’en manquait pas non plus. A défaut d’être prévisible, cette enfant de la nuit faisait ici preuve d’une ingéniosité sans commune mesure, se hissant avec une certaine aisance au sommet. La liste des créatures surnaturelles rencontrées jusqu’alors ne suffirait pas à établir des statistiques fiables en la matière, puisque la plupart d’entre elles n’avaient eu l’opportunité d’offrir leur plein potentiel mais Yachka était néanmoins sûr de n’avoir décelé pareille vigueur chez aucun autre. Malheureusement son esprit trop bestial devrait être dompté, ou brisé pour qu’il lui soit possible d’en faire usage. Que son âme instable faite d’argile soit remodelée, que sa haine se mette au service d’un autre.

Car pour l’heure toute son attention se tourna vers elle, vers les convives illusoires tentant en vain de pourfendre l’insolente et se voyant pour la plupart aussitôt réduits à leur état initial une fois confrontés au fléau de ténèbres. L’œil grandissant absorbait cette toxicité ambiante avec ce désir secret de le voir disparaître, avant de se répandre à nouveau. Mais la brume est infinie. Et alors que les ombres se déversaient en elle jusqu’à plonger la zone sous un voile opaque, elle demeura impassible. Le ballet se transforma aussitôt en scène fantastique, en massacre. Les armées de lames invisibles s’affrontèrent sous le regard amusé de Pestilence. L’espace d’un instant elle s’amusa à replacer la chose dans un contexte histoire étonnamment proche. La vision d’une bataille révolue, vieille de deux siècles et qui à en croire les textes n’opposait comme la plupart des autres guerres de ce genre jamais leurs généraux. Une participation indirecte puisque l’état-major en ces temps supervisait l’assaut en le surplombant d’une colline tandis que son adversaire faisait de même. Les deux armées se réduisaient ainsi en miette de façon ordonnée, sans qu’une goutte ne vienne jamais salir l’uniforme des officiers en charge de l’opération.

Une image qui s’opposait très clairement au vécu de l’ancienne monarque, nostalgique de cette ère où chaque camp se ruait sur l’autre et où les chefs ne possédaient ce titre que du fait de leur bravoure et de leur ténacité, non de leurs connaissances théoriques en matière de stratégie militaire. C’est pourquoi l’amusement ne fut que temporaire, et Yachka fut très vite rattrapée par l’ennui. Déjà que l’ennemi prenait un malin plaisir à embrasser les ombres et ne lui faire face que pour mieux disparaître par la suite… La voir maintenant déléguer et faire de ce duel un pitoyable spectacle de marionnettes redoubla son mépris envers elle. Mais avant que son bras n’ait eu le temps de trancher le voile les paroles de l’insolente nimbée de nuit résonnèrent, se hissèrent au-dessus du tumulte et figèrent l’action dès l’instant où l’acier flamboyant rencontra l’étincelance du rubis.

Ainsi statufiée Yachka prit tout le temps de boire l’arrogance de son adversaire avant de le voir fondre sur elle sans même chercher la fuite. Il est parfois préférable d’avoir recours à la réflexion, afin d’enrayer le mécanisme au meilleur instant. Et cet instant-là ne tarda pas s’imposer sans qu’on le cherche. En effet le monstre comme à son habitude surgit de nulle part avant de s’écraser, creusant sous la force de l’impact un cratère dans lequel Pestilence ne put prétendre s’y écrouler car immédiatement une douleur la percuta en plein cœur et la maintint en l’air. Son plastron, fissuré par endroits sembla un instant gémir et s’affoler. C’est alors que l’armure toute entière fut prise de convulsions, et le chatoiement émeraude laissa bientôt éclater sa colère sous la forme d’une onde presque palpable, brisant l’entrave dérisoire. Libérée la cuirasse devint immatérielle, multiple, omniprésente. Son hôte se gaussa de la guerrière en furie, laissa échapper un rire moqueur à en faire trembler les murs. Tandis que l’un de ses clones succombait aux morsures, les autres à l’unisson chantèrent. Impérieux, méprisants.

- Je ne perçois au fond de ce regard que la Bête. Tes visions ne sauraient m’apprendre ce que je sais déjà. L’enfant que tu es, ne connaît rien de la vie ou de la mort. Le prétendre est une erreur. Plonge dans les miens, et tu verras… La lumière…

La foule ne fit plus qu’un, et cet être caparaçonné s’illumina sous la caresse du soleil. Bras tendu de chaque côté, paumes tournées vers le ciel Yachka se posait maintenant en figure religieuse, pardonnant son adversaire dans la gestuelle et non les mots. Une manière bien à elle de se moquer ouvertement, mépriser avec humour ces chrétiens et leur idéologie qui faillirent tous deux causer sa perte. Prise de pitié, elle n’en demeura pas moins alerte et soucieuse de sa propre existence. Affaiblie par son sommeil centenaire l’immortelle assumait secrètement les limites de son pouvoir actuelle, consciente qu’elle le regagnerait pleinement un jour futur. Mais pour l’heure un tel combat ne lui apporterait rien d’utile, seulement douleur et satisfaction éphémère. Ses envies se tournaient davantage vers la reconstruction.

C’est pourquoi de sa brume infinie elle fit surgir pour la seconde fois ses couleuvrines. Aussi surprenant que cela puisse paraître, aucune ne pointa directement le monstre. De part et d’autre de leur invocatrice, chaque binôme était en effet dirigé sur les murs encore intacts du bâtiment éventré dans lequel elle se trouvât quelques instants auparavant. D’un unique claquement de doigts, ils firent feu ensemble, crachèrent flammes et poussière sur leur cible respective qui, bien évidemment ne put supporter le choc et se déchirèrent avec fracas. Considérablement fragilisé, le bloc tout entier s’affaissa sur lui-même en hurlant, souffla le voile et cracha son déluge de débris sur l’ensemble du quartier. La manœuvre n’avait pour autre but que de mettre un terme éventuel au combat, ou bien le poursuivre dans un espace ouvert et donc plus difficile à s’approprier. Ne doutant pas de la survie de son interlocutrice, Pestilence s’autorisa une dernière intervention. Décisive.

- Cessons donc les enfantillages, petite, tu n’es visiblement pas en mesure de me vaincre. Et je ne cherche à en faire autant. Car j’y ai vu, dans ces yeux, une lueur familière. Est-il vain de croire que les monstres puissent un jour chasser en meute ? Ou dois-je vraiment briser celui qui sommeille en toi pour que la raison s’impose ?



_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.bleach-bsrpg.com/t1223-yachka-la-reine-immortelle

avatar
Rang : Vampire passionnée

Messages : 103
MessageSujet: Re: [Karakura dévastée] L'immortalité a saveur de doutes (PV Yachka)   Jeu 13 Nov - 19:01

Je toisais mon adversaire avec plus de froideur dans le regard qu'il ne semblait y avoir d'aigreur dans sa mémoire. Même pour une créature aussi sanguinaire et mauvaise que je pouvais l'être, la vie était avant tout une question de plaisir. Un plaisir gavé par la passion indomptée d'un fauve qui a toujours pris soin de se servir à la mesure de ses propres griffes ! Mais, que ça soit dans la violence ou la douleur, je finissais immanquablement par trouver mon compte.
Et elle ? Cette reine du temps jadis vêtue de fer et de pourriture ? Une dame bien singulière, à peine vivante, loin de la mort et pourtant si proche du trépas. Ses mots me firent retrousser les lèvres sur un rictus grondeur.

Tu me crois incapable de te vaincre ? C'est vraiment là ce que murmurent tes pensées ?


Mes doigts tachés de sang et d'éclats de métal se crispaient par intermittence, comme doués d'une vie propre indépendante de ma volonté. La nuance entre ce que je désirais et ce que la bête en moi convoitait n'était pas claire à tout instant. Quand donc cessai-je d'être tout à fait moi-même pour me fondre dans mes envies brutales ? La frontière était bien trop floue pour que je puisse répondre à pareille question. Lorsque je m'abandonnais à la fureur palpitante couvant au fond de mon coeur, la pulsion pure prenait la place de la conscience. Elle à l'inverse, donnait l'impression de ne jamais se départir de son flegme.

Brise-moi si tu t'en dis capable ! BRISE-MOI ! rugis-je tandis que ses antiques canons se pointaient vers chaque mur de la salle.

Il y eu une détonation infernale, de celles qui font trembler la terre. Tout l'édifice se pulvérisa en chacun de ses points cardinaux, la structure toute entière fracassée sous l'assaut de son artillerie. Le béton et l'acier se mirent à pleuvoir autour de moi, par blocs entiers. Je flanquai un rageur coup de tête à l'un, déviai un second d'un poing serré et envoyai le troisième heurter un dernier d'une frappe du genou. Un épais nuage de poussière se souleva comme les miettes de ce qui avait été une salle de cinéma achevaient de s'entasser au sol, m'ôtant à sa vue. Il fallut que s'écoule un long moment pour que la scène ne ré-apparaisse, dévastée et nue. Rien que deux monstres pour se regarder en chiens de faïence. L'une glacée et exsudant de morgue, l'autre enragée, les mains convulsées par le désir brûlant d'écharper.

Chasser en meute, vraiment ? Quel intérêt ? Tes proies sont-elles seulement les miennes ?

Je déblayais plusieurs morceaux de parpaings agglomérés d'un seul coup de pied furieux, les envoyant rouler plus loin. La rhétorique de mon adversaire tournait à la main tendue... On aurait pu soupçonner un poignard dissimulé dans son autre paume - mais je n'y croyais pas. C'était une sorte d'offre sincère, et pour toute la malversation que je soupçonnais à cette reine du temps jadis, je ne la croyais guère capable de tromperie. Sur le champ-de-bataille, sans doute... mais pas dans le verbe.

Tu joues avec tes petits soldats de plomb, fait tonner les armes de ton arsenal. J'apprécie ton style encore moins que l'odeur de mort que tu véhicules à chaque pas, grondai-je entre mes crocs. Que la même violence habitent nos âmes ne nous rapprochent pas pour autant. J'aime arracher le coeur des monstres... Peut-être qu'un jour, je pourrais les comparer au mien.

Un souffle d'air frais dans la ville morte. Un léger vent, libre, rare parmi les miasmes et les ombres que nous avions contribué à répandre dans le cadavre de Karakura. Comme un murmure d'espérance qui m'indiquait que, malgré toute la brutalité dont nous pouvions faire preuve et l'effroi qui accompagnait l'usage de nos sinistres pouvoirs, il resterait toujours quelque chose d'agréable en ce monde. Je reportais mon regard vers la guerrière cuirassée, le sang se retirant progressivement de mes iris jusqu'à ce qu'ils retrouvent leur teinte dépareillée, de paille et d'azur.

Je vais te laisser poursuivre ta mascarade au milieu de ton opéra de spectres. Ces décombres te siéent bien : abandonnées, et sans avenir pour nul autre qu'elles-mêmes.

Je me fendis d'un rire sombre suite à ces paroles, qui me paraissaient d'une extrême justesse. Tout en tournant les talons, les ténèbres intérieures de mon âme commencèrent à se répandre afin d'envelopper ma silhouette. Il me fallait quitter les lieux : cet endroit n'aurait plus jamais rien à m'offrir. Mon dernier défi résonna longtemps après que je me sois évaporée, ainsi qu'un trait heurtant sa cible et dans le coeur de laquelle il continuerait de vibrer après l'impact.

Nous verrons bien qui de nous deux traversera le mieux l'éternité...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.bleach-bsrpg.com/t2209-sasha-oudranov
Contenu sponsorisé
MessageSujet: Re: [Karakura dévastée] L'immortalité a saveur de doutes (PV Yachka)   

Revenir en haut Aller en bas
 

[Karakura dévastée] L'immortalité a saveur de doutes (PV Yachka)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» [Karakura dévastée] L'immortalité a saveur de doutes (PV Yachka)
» (Terminer)La forêt dévastée
» L'immortalité n'est qu'un triste rêve dont la fin est une libération [solo]
» Traverser le Dangai, Soul society => Karakura
» Selon prof Sauveur Pierre Etienne Aristide pap fè ront pot nan Afrik di Sid

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Bleach - Before the Shadows :: Monde des Humains :: Banlieue de Tokyo-