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 Au diapason de ton coeur (PV Melow)

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Rang : Vampire passionnée

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MessageSujet: Au diapason de ton coeur (PV Melow)   Jeu 17 Juil - 18:52

Un manoir hanté. Quoi de mieux pour abriter un vampire ?

Je suis de nature discrète, et pourtant, il arrive immanquablement que je sois amenée à faire preuve de démesure, pour diverses raisons. Comme si le monde se ré-organisait à mon approche, m'identifiait comme une sorte de comtesse drapée de velours noir et obéissait au code de la littérature du XIXème sur les princes de la nuit. Moi, une Dracula moderne ? N'importe quoi. Je suis une gamine de la vingtaine, sans domicile, sans guère d'éducation, formée à me battre par un père adoptif lui-même marginalisé bien au-delà de ce qu'un humain lambda aurait dû l'être. Malgré toute la vénération que je peux avoir pour Khaïl, je ne me voile pas les yeux : je sais bien qu'il n'était qu'un assassin, un justicier dérangé aux motivations m'étant inconnues, une sorte de vengeur frappé ayant davantage fait de moi sa main gauche que sa fille. Alors comment me suis-je retrouvée dans cette bâtisse baroque, jurant affreusement avec le style de l'architecture japonaise de la ville en contrebas ?

L'édifice est posé au sommet d'une colline, au Nord d'un petite village de campagne, dominant les habitations de sa silhouette massive. Il faisait nuit lorsque je suis arrivée dans les environs, solitaire comme à mon habitude, ombre nocturne au pas silencieux en quête d'un... d'un je ne sais quoi, qui me pousse à le chercher encore et encore. Je ne comptais pas rester ici, mais j'ai entendu... j'ai entendu les hurlements affamés des Hollows, j'ai senti leur présence appétissante dans le manoir. J'ai attendu la lumière de l'aube sous un réverbère fatigué, puis suis entrée dans le café de la place centrale pour questionner les locaux sur l'étrange bâtiment. Une demeure familiale, abandonnée depuis longtemps, devenue propriété de l'Etat par défaut - nul acheteur ne souhaitant en faire l'acquisition depuis le drame, remontant à cinquante-sept ans, où cette famille venue d'Allemagne s'y est installée avant de se suicider, de la grand-mère au jeune bambin.

Voilà qui expliquait aisément l'attirance des démons pour ces lieux, avais-je pensé. Ce n'était guère mon problème, mais les bêtes représentaient un danger évident pour les habitants. Viendrait un jour où la saveur de cette tragédie ne leur suffirait plus, et alors, ils descendraient de la colline pour venir assouvir leur fureur à l'encontre des humains. J'ignorais pourquoi, mais je ne pouvais pas laisser une telle chose se produire sans devenir incapable de me regarder dans un miroir - contrairement à ce que disait la légende populaire, je pouvais parfaitement me mirer dans une glace, et même si je préférais crever que l'admettre, j'étais devenue un peu coquette au sujet de mon apparence. Il me fallait bien un défaut, tout de même !
Il faisait un beau début d'après-midi lorsque je suis rentrée dans la demeure mise sous scellé public. Toute la chaleur du soleil, tout l'azur du ciel dégagé, toute la bienveillance d'un dehors soumis au règne du solstice d'été fut engloutie par les ténèbres moites de l'intérieur. Ce n'était pas qu'un simple contraste ; il y avait réellement... quelque chose ici bas... une présence, opaque, avide, intrinsèquement mauvaise qui, par sa seule aura, éclipsait tout courage.

Cela dit, ce n'était pas par courage que je combattais. J'ignorais ce que cela pouvait bien être : je sortais mes griffes et mes crocs non parce que je le devais, mais parce que je le pouvais... Me prendre pour une généreuse gardienne de l'humanité aurait été une grossière erreur. J'étais un monstre, une tueuse patentée. Ce n'était pas mon cœur qui me poussait en avant, mais mes instincts sauvages de bête féroce. Un rictus carnassier étira mes lèvres.

Tu peux chercher à m'intimider tant que tu voudras : je suis l'incarnation de la terreur nocturne des hommes.


A peine avais-je prononcé ces paroles que les ténèbres frémirent, s'agitèrent, et me rirent au nez. Ils n'étaient pas quatre, cinq, ou six comme j'avais pu le supposer en entendant parler de cette famille qui s'était ôtée la vie, et que le désespoir avait dû muer en Hollows, non... Ils étaient une horde, hyènes spirituelles attirées par-delà la frontière des mondes, créatures ignobles à l'appétit jamais satisfait, tapis dans chaque recoin, dans chaque ombre. Les couloirs de parquet grinçant, les escaliers tapissé de vieux rouge, les portes battantes vomirent leur flot d'horreurs. La meute se jeta sur moi, dans un concert de cris sourds. Je voyais la faim dans leurs petits yeux rouges, leur désir de dévorer mon âme. Je le sais bien, car la même appétence faisait étinceler mon regard d'un feu cruel.

Le premier à mourir poussa le même jappement curieux que font tous les Hollows à l'heure de passer entre mes griffes. Eux-mêmes chasseurs, ils ne pouvaient comprendre de mourir des crocs mêmes de celle-là dont ils escomptaient ripailler. La détresse et la terreur n'étaient pas faites pour être formuler dans leur gorge, et pourtant, je les forçais à l'exprimer. A la pointe de mes dents, en refermant mes mâchoires claquantes sur leur carotide, en arrachant leur cuir épais afin de me livrer à mes libations sanguinaires. Un coup de genou remontant jusqu'à l'aine, et une nouvelle fissure s'ouvrait sur toute la hauteur de ma cible ; une main tendue en avant, et mes doigts se refermaient sur des côtes que j'arrachais avec la même facilité que s'il s'était agi des rameaux d'une branche morte.
Néanmoins même la plus farouche des falaises s'érode sous les assauts d'une mer déchaînée.

Des griffes percèrent mon jean délavé, mon haut moulant. D'épaisses molaires se refermèrent sur mon épaule, que je brisais d'un coup de poing enragé ; mais d'autres claquèrent aussitôt à quelques centimètres de mon nez. Prenant appui sur un de mes agresseurs d'un bond léger, je m'envolais en direction de l'étage dont je traversai le sol au cours de mon essor, projectile fait de noirceur et de sang sombre. Je percevais quelque chose de distinct de cette masse grouillante, un être à la puissance spirituelle supérieure et auquel la horde devait sûrement obéir. C'était lui le principal adversaire, la plus grande menace que je devais éradiquer au risque de ne pas survivre à mon intrusion dans ce manoir hanté. Je fermais brièvement les yeux, tentant d'ignorer les appels au meurtre de la nasse bruyante que j'avais laissée plusieurs mètres plus bas. Ils n'allaient pas tarder à faire à nouveau irruption par les escaliers, aussi devais-je être rapide. Je poussais mes sens à leur extrême limite, n'ayant jamais été véritablement douée à ce jeu-là - bien que suffisamment pour toujours trouver mes proies. Où te caches-tu ? Allons, n'aie pas peur...

Ce fut comme un éclair dans la nuit. Mes paupières se rouvrirent sur mes yeux ayant viré au carmin, signe que mon pouvoir vampirique atteignait le paroxysme de sa violence. J'usais du Lightbringer, ainsi que l'appelait Melody ; pour moi, cette technique n'avait jamais rien eu de lumineux. C'était un pas, un unique pas que j'accomplissais dans les ténèbres de ce monde et dans celles de mon cœur. Un pas qui m'amenait au-delà de la nuit... le pas du vampire.
Je me retrouvais exactement là où je l'avais souhaité : deux niveaux plus bas, dans la cave de la bâtisse. Là où l'édifice m'avait paru moite, il était désormais oppressant. Là où il avait été obscur, il était désormais aveuglant. Je sentais mes perceptions s'émousser, mon corps se refuser à avancer, une étrange pression lui comprimant les os et les articulations. Je reconnaissais cette sensation... Je l'avais éprouvée pour la première fois dans la Dimension des Maho Tsukaïs, lorsqu'un Reiatsu immensément supérieur au mien s'était mis en branle, avait vibré jusqu'à en faire trembler mon âme.

Alors c'est toi qui attire ces Hollows en masse jusqu'ici... murmurai-je.

Pour toute réponse j'héritais d'une brutale vague d'aversion en plein visage. Je ne voyais rien, malgré l'acuité de mon regard ensanglanté. Je n'entendais aucun battement de cœur, mais malgré tout, je pouvais discerner son hostilité palpable. Ca se déplaçait dans le noir, tournant autour de moi à la manière d'un squale devant une proie dont il se méfierait. Sa force était énorme, tous mes instincts me le hurlaient. Il pouvait vraisemblablement me tailler en pièces, quoi qu'il fut. Alors, fidèle à moi-même, je plaçai un pied en arrière avant de m'élancer droit sur lui, de toute la vitesse dont j'étais capable.
Je ressentis la douleur bien avant de l'atteindre. Une souffrance glacée lorsque quelque chose me perça la jonction de l'épaule et du bras, tranchant net le membre. La même coupure atroce sépara mon genou de la cuisse et je m'effondrai dans mon élan.

Vis. Vis, au-delà de toute mort. Défie le trépas jusqu'à l'impossible, vampire.

Le sang se déversant à gros bouillons cessa d'obéir aux lois de ce monde pour se plier à ma volonté. Animé par elle, il regagna mes veines et reconstitua la chair dans un bruit spongieux tandis que je reprenais mes foulées sauvages, une expression de pure haine gravée au burin sur chacun de mes traits. Je l'impactais avec mon corps en guise de lance, et je réalisai qu'il avait la forme d'un oursin. Le combattre au corps à corps, c'était troquer chaque assaut pour une profonde blessure. Mais je n'en avais cure ; la bête en moi se déchaînait lentement, entrave après entrave, impossible à sceller de nouveau. Mes poings s'abattirent, déformant sa silhouette, faisant couler son sang, s'écharpant à chaque fois qu'ils s'abattaient. Les flots écarlates ne cessaient de jaillir et de revenir sous mon pouvoir, regagnant un corps qu'ils désertaient la seconde d'avant pour s'enfuir encore à celle d'après. Je me régénérais à un rythme ahurissant tout en me détruisant, poussant les capacités de ma nature jusqu'à leur extrême limite. Tango avec l'agonie, danse avec la torture. C'est ce qui arrive lorsqu'un monstre en rencontre un autre.
Je le sentis faiblir lorsque de moins en moins de piques se mirent à lacérer ma peau et mes organes. Il faiblissait sous la férocité de mes coups, se recroquevillant à chaque fois que ma main ou mon pied s'abaissait en vue d'enfoncer sa masse à la mollesse déconcertante. Une giclée chaude barbouilla mon visage et je me passais la langue sur les lèvres. Arrancar. Un goût bien familier. Probablement un puissant Adjuchas, mais au fond, qu'importait ? J'allais le dévorer, lui comme tous les autres.

Je sentis l'ouverture. Il y eu un instant infime, une fraction de seconde où l'oursin perdit sa vigilance. Ses épines offrirent un angle que nulle pointe ne protégeait ; sans la voir, je le sentais grâce aux voix trépidantes de mon instinct prédateur. Sans réfléchir ni hésiter, je me jetais sur lui afin d'y plonger mes crocs. Mes canines incisèrent sans mal le Hierro, y déversant une ample coulée de mon venin. Le Reiatsu s'infiltra dans chaque artère, puis dans chaque veine, et ses blessures se mirent non plus à suinter mais à vomir. Le sang qui souilla le sol de la cave après que je l'eus rendu hémophile fut pareil à une inondation, clapotant jusqu'au-dessus de mes chevilles. Il était à l'agonie, et la main que j'enfonçai violemment en lui mit fin à ses tourments. L'Arrancar s'affaissa sur lui-même dans un soupir écoeurant, avant de se disperser comme du sable jeté à la tempête. La marée écarlate mêlée à mon énergie, elle, demeura - comme toujours. L'aura de ténèbres s'était déjà dissipée, me libérant d'un poids sur les épaules. Je pouvais percevoir les Hollows fuir le manoir par bancs entiers. Ils constituaient toujours une menace, mais pour l'heure, leur effroi était trop grand pour qu'ils s'en prennent à quiconque dans les parages. Moi, je devais...

Me reposer... soufflai-je en me laissant tomber contre le mur.

Le liquide sombre m'arrivait jusqu'à la taille comme j'étais assise, mais je m'en moquais. J'en avais sur le visage, sur la poitrine, les bras, en grandes éclaboussures pouvant témoigner de ma fureur passée. Maintenant, je ne ressentais plus qu'un grand vide. J'avais abusé de ma régénération, vidant la moindre parcelle de mon énergie à me maintenir en vie tout en détruisant consciencieusement l'Arrancar sous mes coups de boutoir. Je pouvais dormir, juste une seconde. Fermer les yeux, m'oublier. La chaleur brûlante de ma peau m'abandonnait, mais ce n'était pas très grave. Je devais juste... dormir...

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MessageSujet: Re: Au diapason de ton coeur (PV Melow)   Dim 3 Aoû - 5:42


« Au diapason de ton coeur »

Feat. Sasha

Melody avait retrouvé tout son éclat. Même lorsque le manteau de la nuit inondait les épaules de la mégalopole, elle continuait de briller comme un phare au creux de la brume, une lueur dans l'obscurité. Un néon que rien ne peut éteindre, une luciole volant pour l'éternité. Passé le deuil et le désarroi, vivre à Tokyo n'était pas pour lui déplaire. Cela n'avait rien d'excentrique pour une artiste, la capitale nippone étant l'un des lieux les plus en vogue de ce siècle – sinon du millénaire. Qu'elle s'y soit déjà représentée à maintes reprises en plus d'y avoir la moitié de ses racines ne faisait que corroborer la logique de la chose. Nul n'irait s'en étonner et encore moins l'interroger sur le sujet, présageant des réponses d'une incroyable banalité. Et comment leur donner tort, puisque c'était de toute façon ce qu'elle leur aurait servi si besoin avait été ?

C'était une bonne chose, et la blonde ne se privait pas d'entretenir le mythe pour s'assurer que personne ne mette le nez dans ses affaires. À cette fin, son adresse faisait office de secret bien gardé pour s'assurer que la présence inopportune des médias ne risquait en aucun cas de venir l'y déranger. Si elle n'était d'ordinaire pas du genre à refuser un autographe ou une interview pourvu que ce soit gentiment demandé, la dernière chose qu'elle voulait était que ses activités récentes se retrouvent en première page des magazines people. Apprendre qu'elle boudait les autres célébrités – souvent trop snob pour elle – pour leur préférer monstres et bêtes de foire ne manquerait pas de faire scandale. Alors pourtant que ces derniers étaient bien plus proches d'elle que les autres ne le seraient jamais. C'étaient des « gens comme elle ».

La société ne l'entendait malheureusement pas de cette oreille et c'était pourquoi l'adolescente – qui ne l'était plus tant à vrai dire – était bien heureuse de pouvoir mener ses investigations sans que nul ne s'en mêle. C'était d'ailleurs bien souvent parce qu'ils étaient ainsi perçus que ses semblables tournaient mal, la révélation de leur « particularité » étant ou ayant été source d'événement traumatique pour beaucoup d'entre eux : éclatement du cocon familial, meurtre involontaire... Elle aussi en avait souffert à sa manière. Il était d'ailleurs triste de se dire que la britannique avait eu de la chance dans son malheur quant aux circonstances de son éveil. Quoi qu'il en soit, dès le moment où elle avait réussi à se remettre de ce qu'elle avait vu – et vécu -, Melody avait su ce qu'elle avait à faire. Quelle mission se donner. Et c'était dans ce but qu'elle arpentait les faubourgs de la cité, la conscience tournée vers ce qui ne devrait exister.

Elle cherchait.

La britannique était en quête de gens à même de la comprendre, ou plutôt qu'elle puisse comprendre. Ainsi qu'elle l'avait scrupuleusement répété à tous les êtres de son acabit qu'elle avait pu croiser, elle n'était pas la mieux placée pour les initier aux subtilités de ce monde étrange qui était le leur. Cependant, mieux valait toujours une formation partielle que d'être livré à eux-même et peu à peu transformés par la peur et le rejet qui ne manquerait pas de les prendre pour cibles. Elle voulait offrir à ceux-là un foyer, un endroit où retourner. Et surtout leur prouver qu'ils n'étaient pas seuls face à l'adversité. Que cela n'avait rien d'un cas isolé – et surtout depuis ce qui s'était passé à Karakura, le taux d'émergence paraissant avoir proprement explosé. Bien qu'ayant déjà quelques contacts dans cette sphère très privée, fruits d'une année entière à frayer entre spirituel et réel, beaucoup restaient encore à trouver.

Si Karakura avait autrefois été un nid, un vivier en la matière, Tokyo ne l'en dépaysait guère.

Il lui était impossible de savoir si c'était déjà le cas par le passé ou si quelque forme de migration avait eu lieu avec la disparition de son précédent logis, mais les monstres masqués pullulaient toujours en semblables quantités. Les refouler à l'orée du monde était, encore et toujours, un emploi à temps plein - ou peu s'en faut. Que le sien ne soit que peu contraignant en termes d'horaires ne lui rendait pas la tâche plus facile, aussi devait-elle avouer que l'idée de diviser la charge la soulageait par avance. Mais encore fallait-il trouver les alliés susdits, et pour s'y être attelée il y a un moment déjà, Melody pouvait affirmer que ce n'était pas chose aisée. Car s'il y avait bien quelque chose à regretter chez la cité perdue, c'était son envergure réduite. Trouver une personne précise en plein centre névralgique du Japon était, à moins que l'intéressé ne se présente à elle spontanément, proche de l'irréaliste.

Or, cela n'arrivait qu'à titre exceptionnel – pour ne pas dire jamais. La difficulté qu'elle pouvait avoir à s'exprimer sur le sujet ne plaidait pas non plus en sa faveur. Ne trouver que des portes fermées à son démarchage aurait eu de quoi la décourager si Melody n'avait pas été à ce point persuadée de l'absolue nécessité de la chose. L'avenir de leur monde – peut-être même de leur espèce – résidait dans leur capacité à s'inventer une unicité. Elle ne voulait plus jamais, jamais voir trois millions de personnes s'envoler en un claquement de doigts. Et il était en leur pouvoir d'empêcher cela. Seulement, elle ne pouvait les enjoindre à se réunir sous une bannière qu'elle avait confectionné de bric et de broc. Non, la tête blonde n'avait pas de légitimité, pas plus de droit qu'un autre. Et si les Fullbringers avaient tous un trait en commun, c'était leur goût pour la liberté et l'indépendance – ce qui ne lui était d'aucun soutien.

Ainsi ne pouvait-elle qu'errer de boulevard en avenue, le coeur ouvert à l'inconnu. C'était un travail de longue haleine, elle le savait quand elle s'y était mise. Mais si elle n'était pas là pour le faire, qui le ferait ? Ce n'était pas du temps perdu pour autant, par ailleurs : elle découvrait un peu mieux Tokyo chaque jour, ses secrets et ses détours. Faire corps avec son béton, entrer en phase avec son asphalte l'aidait à se faire à l'idée qu'elle n'était pas près de la quitter – car elle avait à y faire, et c'était très loin d'être terminé. La page se tournait un peu plus à chacun des pas qu'elle faisait. Mais aujourd'hui, les choses étaient différentes. Car si elle devait le plus souvent sonder la foule dans l'espoir que ses graphiques mentaux auraient un brusque sursaut ce ne fut pour cette fois pas nécessaire.

Son sonar psychique accrocha un signal, un appel de détresse. Involontaire, elle en aurait juré, de même qu'elle seule aurait pu le capter. Certes, eut-être se faisait-elle des idées, mais ce n'était pas une piste qu'elle pouvait ignorer. Pas après tout ce temps. Pas après l'avoir tant cherchée. Dans la bousculade liée à la disparition de Karakura, beaucoup de choses avaient été perdues – des contacts pour commencer. Autant retrouver certains de ses compères ne lui avait pas été si compliqué (on fait difficilement moins discret que Ganryû), autant elle ne pouvait que constater avec angoisse l'absence de nouvelles de certains. Même Naoko – qu'elle avait pourtant elle-même ramenée depuis l'Autre Côté – n'avait plus reparu depuis. Cependant le cas de Sasha la préoccupait au moins autant : encore des leurs au sortir de cette dimension, elle n'était déjà plus là quand la musicienne en avait franchi le seuil.

Sa capacité à survivre ne faisait aucun doute : elle était probablement encore plus élevée que celle de Melody elle-même. Si on l'enfermait dans une cage avec un crocodile, c'est pour le crocodile que je m'en ferais. Ce n'était cependant pas une raison pour ne pas se soucier de son sort. Outre son propre état, plus que ce qu'elle devenait, la principale inconnue était celle de la gestion de son appétit. Comment survivait-elle sans elle ? Avait-elle, de quelque manière que ce fut, recommencé à se nourrir sur des humains ordinaires ? Auquel cas, pourquoi ne pas l'avoir sollicitée ? Ne pas s'être montrée à elle ? Aucun des faits divers recensés au cours des derniers mois ne laissait entendre que cela ait pu arriver, mais c'était déjà le cas autrefois. Ne pas savoir était pire que tout, ouvrant galamment la porte aux scénarios les plus noirs.

Alors, si une chance devait subsister de lui mettre le grappin dessus, d'au moins comprendre le pourquoi du comment, même si c'était en sautant à pieds joints dans le pire piège que tous les cercles de l'Enfer aient pu concevoir comme un enfant dans une flaque d'eau, elle le ferait. Ce n'était pas la première fois qu'elle se rirait du danger : ne l'avait-elle pas déjà fait lorsqu'elle avait accepté de la fréquenter ? Bientôt, les formes des immeubles se firent plus floues, moins oppressantes derrière elle alors qu'elle se fondait dans un décor qui n'était déjà plus celui de la ville, abandonnant la modernité au profit de cet écueil désuet. Si l'hôpital dans lequel elle avait fait sa connaissance pour de bon n'exsudait déjà aucune bienveillance, le manoir avait de quoi lui faire de l'ombre – que même le noir de la nuit lui paraisse plus intense à son approche ne faisait qu'entretenir cette idée.

Encore sur le parvis, Melody aurait volontiers affirmé que des gens s'étaient perdus et étaient morts dans cette vieille bâtisse sans jamais retrouver la sortie. Son instinct fut pourtant de bon conseil plus que jamais puisqu'elle parvint à destination pratiquement en ligne droite. Façon de parler au vu du nombre de portes et de volées d'escaliers avec lesquelles elle fut contrainte de transiger pour y arriver, mais à tout le moins ne dut-elle pas s'y reprendre à deux fois. Et si la fresque macabre qui s'offrit pleinement à elle à son arrivée lui arracha un frisson, la révulsion n'eut pas le temps de s'installer qu'une étrange fascination la chassait déjà du cours normal de ses pensées. En pensées encore, elle la revit tour à tour fanfaronne, menaçante, défiante mais rien de tout ça ne fit barrage à sa stupeur quant à son expression du moment.

La pâleur d'albâtre qui était la sienne en temps normal s'était effacée pour faire place à un vrai teint de craie. S'il était possible que les couleurs de la vie l'aient délaissée encore plus avant au fil du temps, son amoindrissement n'y était lui non plus sans doute pas innocent. Mais plus que tout, c'était la neutralité absolue de sa moue qui l'avait ébranlée. Expressive comme elle l'était – ou du moins comme elle s'était toujours montrée avec elle -, l'étoile montante l'imaginait ne pouvoir refréner l'une ou l'autre moue même dans son sommeil. Présentement et pour la toute première fois depuis qu'elle la connaissait, Sasha lui semblait... Paisible. Et cela ne lui allait pas du tout. Nonobstant les allures de films d'horreur que prenait la scène à ses yeux, elle se serait presque reproché d'avoir fait tout ce chemin pour la réveiller. Absurde.

L'anomalie l'avait frappée si fort que ses autres sens en avaient été passés sous anesthésie par dose de cheval. Le parfum cuivré omniprésent qui aurait dû lui retourner la tête et lui secouer les entrailles resta sans effet, même quand ses pieds s'y glissèrent l'un après l'autre comme un escarpin de rubis liquide lui enserrant jusqu'aux chevilles. L'obscurité ne l'autorisait nullement à discerner des nuances dans la couleur sur laquelle elle ne baissa de toute façon pas le regard mais ses nerfs « spirituels » - les seuls encore en activité – lui indiquèrent qu'une bonne partie de la rivière pourpre appartenait à son ancienne « camarade de classe ». Quant aux fragments charnels qu'elle en voyait émerger par endroits avant de s'enliser à nouveau dans ses abysses vermeilles, elle préféra ne pas s'interroger sur leur provenance – du moins après s'être assurée que la slave avait toute son intégrité physique, ce qui était le cas malgré l'étrange échancrure de sa tenue.

Les bras le long du corps, elle marcha, un mètre après l'autre, dans cette mer écarlate.

Elle ne pensait plus, ne sentait plus, chaque fraction de son attention étant dédiée à la poupée fragile, au mannequin brisé qui l'attendait au pied du mur – littéralement. Elle céda sans délai à l'envie qui l'animait depuis qu'elle l'avait aperçue alors qu'elle se tenait encore dans l'embrasure de la dernière porte qui les séparait encore : celle de la serrer dans ses bras. Sa peau était glacée, à l'extrême opposé de la fournaise cutanée qu'elle lui connaissait. La blonde se pressa contre elle comme si elle n'était plus qu'un défibrillateur à figure humaine, et se mit aussitôt en devoir de faire flamber son aura pour en assumer le rôle jusqu'au bout. Bien que ne sachant trop quelle réponse elle comptait en obtenir, ce serait toujours mieux que de n'avoir rien tenté. La noirceur de sa chevelure aurait pu la surprendre si tout jusque là ne lui avait pas semblé être une pièce de théâtre dont elle maîtrisait tous les actes jusqu'au dernier. Elle savait où tout ça menait – et pouvait à ce titre sauter quelques chapitres.
Avec les intérêts de retard. susurra-t-elle tendrement à son oreille, agenouillée à ses côtés.
D'une main délicate, elle lui entrouvrit la bouche, découvrit ses dents, dénuda ses crocs. Elle eut une seconde durant l'étrange sensation d'avoir sorti de leur tiroir une paire de couteaux de cuisine au fil aussi luisant qu'acéré maintenant qu'elle les contemplait de si près, mais cela ne ralentit même pas sa minutieuse gestuelle. Guidant sa nuque des doigts opposés, elle soupesa sa nuque, la lui fit pencher sur son cou. Au contact de ses lèvres sur sa peau, elle frissonna, et plus encore quand elle perçut derrière celles-ci un souffle que contaminait déjà la brise glacée du pays des morts. Faible, mais toujours là. Tremblantes d'une émotion qui refaisait peu à peu surface, ses phalanges se faufilèrent dans les fils d'ébène de sa toison jusqu'à trouver l'arrière de sa chevelure. Une lente pression et les sinistres rochets qu'elle avait personnellement mis à l'air libre poignardèrent sa chair. La douleur la parcourut comme si elle avait été frappée par la foudre mais elle ne cilla pas ni ne se désista, la laissant refaire le plein tout son saoul au calice de la vie.

Quand le vin est tiré, il faut le boire.

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Destruction leads to a very rough road
But it also breeds creation
And earthquakes are to a girl's guitar
They're just another good vibration
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MessageSujet: Re: Au diapason de ton coeur (PV Melow)   Dim 3 Aoû - 15:49


Quel est le sombre crétin qui a dit qu'il fallait de la lumière pour faire des ténèbres ?

Ce n'est pas vrai. La nuit dans laquelle je flottais ne souffrait la présence d'aucune étoile, d'aucune parcelle d'espérance si infime soit-elle. Je sentais confusément que j'étais paralysée dans quelque abysse de faiblesse dont je ne parvenais pas à m'extraire, malgré que mon esprit s'y débatte avec l'énergie démoniaque qu'on lui connaît. C'était comme lutter depuis le fond d'un lac de plomb, chercher à se frayer un chemin au travers d'une nasse gluante et infiniment lourde, pesant sur les hanches, les bras et la nuque. Rien n'était fluide ici, rien n'était léger, attrayant... rien n'était rouge...
Les rivières pourpres de mon âme ne coulaient plus, vidées. C'était le danger auquel je m'exposais lorsque je me jetais à ce point à corps perdu dans la bataille : victorieuse, mais incapable de survivre plus longtemps, et surtout incapable de me ressourcer sur qui que ce soit. Je n'avais pas la force de me sortir de ces... ténèbres sans lum-...

Un instant.

Une clarté rayonnante qui m'enveloppe. Non pas froide et définitive, mais chaude, réconfortante, salvatrice. Pas tellement le signal d'un phare que l'ardent appel de quelque chose que j'ai oublié, qui se rappelle à mon bon souvenir à l'instant précis où je pourrais le perdre. Je hume un parfum de désir, perçois un contact d'envie. Qu'est-ce que ces sensations qui me hurlent que je tiens devant moi ce que j'ai toujours voulu, ce qui m'a tant et tant fait défaut, alors que je suis incapable de savoir clairement ce dont il s'agit ?!

Allez vous faire foutre ! hurlai-je aux ténèbres qui m'aveuglaient.

Des mots me parviennent, que j'entends sans comprendre. Mes crocs mis à nus par des doigts à l'empreinte familière... une chair déjà goûtée qui se laisse percer... le sang qui coule.
Son sang, bien sûr. Quelle sinistre imbécile j'ai été. Une tempête de perceptions, mélange survolté de présent et de passé, s'abat sur moi. Je revois la vibration dans l'air d'une paire d'ailes métalliques vrombissant selon une mélodie si rassurante, je revois une bouche pinçant des doigts meurtris par la réponse torride de ma peau. Je me rappelle d'un éclat de jade cerné d'un écrin d'or fondu, d'une promesse faite du bout des lèvres et du coeur, d'une invitation mal assurée précédant l'écoulement de sa sève écarlate. Je respire sa subtile fragrance, non pas celle superficielle et ridicule à laquelle s'attachent les humains, mais celle explosive et dévastatrice de son énergie spirituelle. Que j'absorbe au travers de cette libation qu'elle a initiée... et dont je reprends le flambeau, avec passion.

Mon dos s'arqua comme je me redressais tout en me penchant sur elle, brutalement revitalisée. Une inspiration bruyante m'échappa, évoquant un moribond soudain électrisé qui revient à la vie. Mes paumes atterrirent sur ses épaules que j'enserrais de mes doigts griffus, plaquant sa poitrine sur la mienne et refusant qu'elle s'échappe. J'alourdis la pression de mes mâchoires, versant un filet plus prononcé au fond de ma gorge. Baiser douloureux qui me permet de boire, yeux fermés, ramenant ma force dans mon corps...
Un claquement de vieux cuir retentit tandis que mes ailes jaillissaient dans l'obscurité, se refermant sur ma sauveuse comme pour dire avec encore plus de fermeté que mes mains ne le faisaient déjà : Tu ne m'échapperas pas ! Et je me penchais toujours davantage, prenant l'ascendant, cherchant la domination.

Je me figeais avant que ses boucles ne finissent pas se mouiller de rouille tant je l'amenais à se cabrer, rouvrant les paupières et dardant mes yeux étincelants au fond d'un miroir émeraude. Il me fallut me faire violence pour ôter mes canines proéminentes de sa chair, et refuser à ma langue la saveur incomparable de ce trésor d’amarante qui coulait dans ses veines.

Toi...


Ma respiration était si débridée qu'on l'entendait nettement. Je frémissais à chaque inspiration, la bouche ourlée de sang, les lèvres écartées. J'ignorais quelle quantité exacte je lui avais arrachée, ayant l'impression de m'éveiller d'une longue et ankylosante hibernation.
Cette fille. Cette fille que pendant presque deux putain d'années j'ai tour à tour haï, désirée, détestée, maudite... Cette Britannique toujours absente que j'ai fuie, qui n'a pas su me rattraper, toujours loin de moi et qui m'a léguée ses fichues inhibitions avec lesquelles j'ai dû composer ! J'ai envie de hurler, de l'insulter, même de la frapper. Cela se devine dans la tension qui m'habite, dans la rage qui point en minuscules perles pas encore libérées au coin de mes paupières. Je veux me jeter sur elle, lui faire payer ses mauvais tours... car il y en a forcément un ! Pourquoi ai-je tenu une promesse qu'elle m'a demandée alors même que je la lui ai refusée ?! Pourquoi ne m'a-t-elle pas couru après !

J'incarnais une forme bien particulière de liberté. Dangereuse, mordante, errante. Et elle, sans que je sache comment, m'avait privée d'une partie de ma liberté en m'attachant à elle. Un exploit aussi effrayant que révoltant. Quoique... agréable sous certains aspects si j'y repensais bien.
Ma colère s'évanouit aussi vite qu'elle était remontée de mes entrailles, vaincue par cette dernière réflexion. Je me mis à la fixer d'un air un peu perdu, puis penaud, et finalement contrit.

Hum. Oui, bon.


Mes ailes parcheminées s'effacèrent comme cendres jetées au vent et je me relevais, tirant la musicienne à moi sans ménagement afin qu'elle en fasse de même.

Charmante bâtisse, pas vrai ? Un peu le foutoir, notamment à la cave. Je me suis entretenue avec le propriétaire à ce sujet.

Je me fendis d'un rire clair. Je devais bien être la seule capable d'une telle réaction, les pieds pataugeant dans une mare de sang chaud. La dernière fois que j'avais mordue Melody, elle avait chancelé et clairement montré à quel point l'expérience à laquelle elle venait de se soumettre l'affaiblissait - de fait, elle était la seule personne que j'ai ponctionnée sans aller jusqu'à la mort. Aussi la pris-je aussitôt dans mes bras, nonobstant d'éventuelles protestations.

On s'en va. J'en ai assez vu ici, murmurai-je plus sérieusement en me fendant d'un Bringer Light rigoureusement neutre, à savoir de rapides impulsions des jambes enveloppées de Reiatsu. Mon pas du vampire était un déplacement particulier, directement tiré de ma nature monstrueuse, et que je ne souhaitais pas infliger à la métisse.
Regagner l'extérieur fut comme une renaissance. Le soleil me caressa le visage de son sourire tandis qu'une brève brise nous accueillait en douceur. Un pouffement irraisonné m'échappa.

Tu as remarqué ? Je me suis faite une teinture. C'est... Hésitation gênée. Trouver une justification, vite. ...plus pratique pour mes escapades nocturnes. Le blond me rendait trop voyante, et du coup, je... enfin j'ai... Non pas que le blond soit forcément une mauvaise chose, hein, ce n'est pas ce que j'ai dit ! Hé, tu m'écoutes ?

Nous avions... beaucoup de choses à nous dire, je le sentais confusément. Des choses importantes, d'autres moins et d'autres encore, vitales. Le jour où nous nous étions rencontrées, j'avais annoncé à Melody que nous finirions par nous affronter. Si à l'époque cette assurance que j'avais m'avait faite éprouver une sorte de joie impie, ce n'était plus tellement le cas aujourd'hui. J'en venais à redouter cette confrontation dont je n'avais pas perdu la certitude... mais elle surviendrait plus tard. Pour l'heure, je devais me remettre.
Nous regagnâmes à pied le village en contrebas, duo surprenant ensanglanté dont la vision pouvait inspirer désarroi et stupeur. Il me fallut jouer de toute l'intimidation dont j'étais capable pour louer cette chambre dans l'hôtel du coin, le réceptionniste voulant absolument appeler l'hôpital. L'en dissuader sans lui faire de mal, comme l'encastrer dans son comptoir, fut au moins aussi compliqué que de résister à l'envie pressante de mordre à nouveau ma camarade.

L'appartement qu'on nous proposa était relativement spacieux, abritant un coin salon suffisamment distancié des deux lits côte à côte pour donner l'impression d'une pièce double. Je m'étais surprise à lorgner de plus en plus sur la gorge du rossignol pendant le court trajet de la réception jusqu'à la chambre, aussi me dérobai-je à peine arrivée en gagnant aussitôt la salle de bain que je fermais à double tour. Certes, je n'étais pas la seule à mériter un bon décrassage et Melody étant venue à mon secours, peut-être aurai-je dû lui laisser la préséance.

Bah ! Qu'elle mette ça sur le compte de ma sociabilité défaillante.

Je me déshabillais rapidement, mes fripes déchirées et détrempées formant très vite un tas peu ragoûtant. La pomme cracha sa pluie de gouttes ne tardant pas à devenir brûlantes, comme j'aimais me laver avec une eau qui aurait ébouillanté n'importe qui d'autre. Je trouvais une certaine forme d'apaisement dans cet acte, frottant ma peau pâle désormais luisante comme le nacre, me débarrassant des vestiges de mon combat.

Comment tu m'as retrouvée ? lançai-je d'une voix forte à travers la porte. Je te laisserai peut-être commander quelque chose à manger si la réponse me satisfait. Maintenant que tu es majeure...

Un rire moqueur accompagna cette dernière pique. Le monstre commençait à céder la place à la jeune femme espiègle que j'étais aussi...
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MessageSujet: Re: Au diapason de ton coeur (PV Melow)   Dim 24 Aoû - 0:14


« Au diapason de ton coeur »

Feat. Sasha

Melody cligna des yeux une fois, deux fois, trois fois. Ce n'étaient pourtant pas ses yeux mais bien son esprit qui avait du mal à faire la mise au point. Un froid intense la transperçait de part en part aussi nettement que si elle était soudain devenue immatérielle, et les eaux incarnates dans lesquelles elle s'était agenouillée avaient valeur d'hiver liquide. Son bon sens allait encore mettre un moment à fonctionner normalement, aussi aurait-elle cru aveuglément quiconque lui aurait dit à cet instant qu'elle avait pris un aller simple pour le pôle Nord. Que la vampire n'en sache rien était heureux : en dépit du caractère glauque de ces retrouvailles, il y avait de quoi soupçonner qu'elle se serait fait un plaisir de l'en convaincre. Le vertige qui aujourd'hui lui était presque familier la submergea, fit tanguer son estomac.

Chance dans son malheur, l'organisme – pourtant « supérieur » - qui était le sien se jugea trop fatigué pour ne serait-ce qu'envisager de lui faire rendre quoi que ce soit. Bien que sa lucidité ne soit pas encore de retour à sa plus parfaite condition, elle en avait récupéré assez pour se demander – une fois de plus, aurait-elle juré – si elle s'y ferait un jour... Sans pouvoir ignorer que quelle que soit la réponse, elle continuerait à donner de sa personne. Quand on est bonne poire, autant l'être jusqu'au bout. Même si, elle l'avouait volontiers, ce ne serait pas du luxe de commencer à y résister. Une légère toux la secoua au moment de prendre une lente mais longue inspiration, ayant retenu son souffle sans savoir pourquoi pendant que la transfusion (on va dire ça comme ça) suivait son cours.

Les couleurs l'avaient désertée à mesure que Sasha recouvrait les siennes, jusqu'à lui donner littéralement grise mine. Rien de définitif, savait-elle, mais elle savait tout autant que ce n'était pas le moment de se regarder dans la glace si elle ne voulait pas se faire peur toute seule. Son esprit avait beau bourdonner autant que si on y avait lâché une ruche préalablement passée au shaker, elle se souvenait très clairement avoir sursauté en voyant son reflet dans une vitrine la première fois, sur le chemin du retour. Se le rappeler fit naître un sourire au coin de ses lèvres, mais il s'avéra bien vite qu'elle n'avait même plus la force pour ça. Sentir Sasha reprendre vie contre elle - sous elle, en fait ; à quel moment s'était-elle laissée tomber ? - lui ramena toutefois la paix intérieure que cette frustration malmenait. Elle trouva elle ne sait trop où la force de se relever et même de prendre un ton railleur.
Oui, moi. Tu sais, la fille que t'as jamais rappelé.
Et de lui tirer la langue, aussi malicieuse que la miraculée la connaissait. Elle se sentait encore vaseuse, à la vérité, mais était prise d'une soudaine envie de faire bonne figure et mesure tout à la fois. C'est chose bien ordinaire en société que de vouloir bien paraître devant ses hôtes, et ne venait-elle pas de l'inviter à manger ? Les instants passés à somnoler contre elle bien que le cadre soit loin d'être idyllique avaient néanmoins été réellement revigorant, à moins que ce ne soit elle qui ait gagné en résilience au fil du temps. Peut-être un peu des deux, mais une partie d'elle préférait croire en la première solution et écarter toutes les autres d'un revers de la main – et puis pourquoi faut toujours une explication à tout, hein ? La buveuse de sang et elle avaient beaucoup de choses à se dire. Sans doute. Peut-être. Mais la légèreté mise à l'ordre du jour malgré elles n'était pas forcément une mauvaise manière de commencer.

Elle-même encore raidie par la douleur, elle ne perçut que très peu la crispation qui tendait les muscles puissants de la slave – pour l'avoir vue à l'oeuvre, elle n'avait aucun mal à en deviner la pleine mesure sous l'harmonie des lignes de son corps. Si l'adolescente-qui-n'en-était-plus-une n'était pas en reste en terme de pouvoir, elle en était venue à la conclusion dès le premier jour qu'elle était loin de faire le poids un combat rapproché. Un constat auquel Sasha avait dû elle aussi arriver, d'autant plus avec ses instincts guerriers. Pouvoir faire trembler le monde n'y changeait rien ; comme à chaque fois qu'elle la laissait se nourrir, elle était à sa merci. L'étoile montante n'irait pas jusqu'à dire que c'était parfaitement calculé, mais du moins était-elle bien au fait de cette réalité avant de s'en approcher. Pour cette raison, aurait-elle dû s'en abstenir ? Elle n'était pas de cet avis.
Je suis sûre que t'en aurais pas voulu d'autres, même si t'avais eu le choix. fit-elle, souriante, en pointant ses ailes du doigt.
Battre des cils avait eu pour effet secondaire d'accoutumer sa vue au manque de lumière. Elle fixait les excroissances émergeant d'entre les omoplates de son interlocutrice avec un mélange de curiosité et d'amusement, mais nullement d'effroi. Ce n'était pas la première fois qu'elle les voyait, mais la tête lui tournait trop pour saisir ce qu'elle avait sous les yeux le jour où le pacte avait été scellé – n'en déplaise à Sasha. L'idole aurait presque eu des regrets de n'avoir pas pu les voir en entier, la fine membrane se désagrégeant déjà quand elle en avait aperçu la forme. Elle se jura d'y toucher la prochaine fois, pour voir. Par ailleurs, quelque chose lui disait que leur propriétaire appréciait à sa juste valeur la connotation méphistophélique qu'avaient parfois de tels attributs dans la culture populaire.

Ses doigts effleurèrent distraitement le dos de l'intéressée, tirant parti de leur proximité, tâtant et tâtonnant à la recherche de quoi que ce soit qui trahisse la présence de ces excroissances. Rien, elle s'en serait doutée, mais l'excuse était plutôt bonne pour se rapprocher d'elle – même si, comme à son habitude, elle n'apprécierait guère. C'était pourtant une habitude qu'il allait lui falloir prendre – ou reprendre – car maintenant qu'elle l'avait retrouvée, Melody était tout sauf encline à la lâcher. Et pour cause : elle avait des projets pour elle - même s'il faudrait attendre jusqu'à ce que son paysage mental soit assez dégagé pour en parler. Elle n'eut pas le temps de placer un mot de plus que déjà on l'arrachait à la mare nacarat où elle avait mis les pieds... Et les genoux dans la foulée. Et par « on », elle voulait dire la seule personne vivante au coeur de ce charnier, sa fatigue lui faisant douter d'en être elle-même rescapée.
Hey, lâche-moi, j'peux marcher toute s... HÉÉÉ !
Comme de bien entendu, la demoiselle aux yeux vairons avait clos ses oreilles à toute forme de protestation, et l'anémique Melody n'eut d'autre choix que de s'agripper à elle de toutes ses maigres forces dans un réflexe vaguement humain pour ne pas tomber. Si d'ordinaire il n'aurait fait aucun doute qu'elle puisse se rire d'une chute prétendument mortelle, elle n'était pas dans les bonnes dispositions pour prendre un pari risqué sur son temps de réaction. L'altitude ne lui faisait pas peur, mais la « conduite » de Sasha était à son image : brutale et sans fioritures. Sa sécurité n'était sans doute pas compromise, mais les virages en épingles et autres dérapages que lui faisait subir la vampire malgré elle lui donnait l'impression d'être assise sans ceinture à la place du mort d'elle ne savait quel bolide italien.

Une position à laquelle elle n'aurait pas dit non si elle avait été en aussi bonne condition qu'il y avait quelques heures de cela, mais elle avait en l'état l'impression qu'un vélo aurait suffi à lui donner le mal du transport. Sentir son coeur se soulever à chaque fois que leurs silhouettes en faisaient de même à l'insu du monde et de son peuple, s'affranchissant des lois de la gravité, lui gâchait quelque peu le voyage et la beauté des paysages. Elle était aussi vulnérable qu'un nouveau-né – ou du moins le ressentait comme tel – et le moins qu'on puisse dire était qu'elle n'aimait pas ça. Comment avait-elle fait pour s'en sortir à la première collecte ? Ses paupières se fermèrent d'elles-mêmes pour lui cacher ces décors défilants qu'elle ne saurait voir et elle fit de son mieux pour tempérer sa respiration.
Quoi, t'as décidé de virer gothique ? répondit-elle néanmoins entre deux frissons, facétieuse. Enfin, je devrais pas être surprise, je me suis toujours dit que tu devais bien aimer les cimetières.
Si le ton était clairement celui de la plaisanterie, ce n'était pas tout à fait faux puisqu'il lui était arrivé d'aller l'y chercher. On n'y trouvait certes pas de proies à son goût – à moins que ça la dérange pas de manger froid... – mais elle supposait que l'ambiance au moins devait être à sa convenance, espérant que les habituelles sottises qu'on raconte sur les créatures de la nuit n'influent pas sur son jugement. Quand Sasha la reposa finalement à terre - et qu'elle l'en eut remerciée de sa plus belle moue outrée pour lui montrer ce qu'elle pensait de ses manières -, il lui fallut plusieurs secondes pour oser tenter de mettre un pied devant l'autre tant elle avait la sensation de descendre des montagnes russes. On va pas se mentir, j'aurais pas fait mieux, et il aurait encore fallu que je me gaufre pas en chemin.

Occupée à remettre de l'ordre dans ses idées, la guitariste se massa les tempes - non sans se féliciter que ce geste couplé à la longueur de ses mèches dissimule habilement son visage. Elle n'était jamais contre une séance d'autographe à l'improviste, mais il y avait des moments pour être reconnues et d'autres pour faire profil bas. Le simple fait d'avoir presque plus de sang sur elle que dans les veines – surtout après la razzia vampirique qu'elle venait de subir – la faisait ici pencher vers la deuxième catégorie. Qu'on les ait non seulement laissées entrer mais qu'en plus on leur loue une chambre (et avec le sourire !) alors qu'elles avaient l'air de sortir tout droit d'un film d'horreur -ou d'une bassine de confiture, pour les plus imaginatifs - la fit se poser des questions sur les méthodes qui avaient mené à ce tour de force, mais n'être pas en état de se creuser la tête la fit se contenter du résultat.

Du moins jusqu'à ce que Sasha se rue dans la salle de bain pour s'y enfermer.
Hé ! C'est pas juste, toi tu aimes en avoir sur toi ! pesta-t-elle avec plus de décibels qu'elle n'aurait cru pouvoir en produire dans son état.
Car maintenant que sa tension – et le reste – se stabilisait, ses sens revenaient eux aussi à la normale, et le parfum cuivré, quoique bien moins intense que dans le sous-sol où elle avait été la chercher, n'en était pas moins enclin à lui donner la nausée. Soupirant d'un mécontentement qui lui passerait bien vite, elle entreprit par avance d'alléger sa tenue, jetant ses nippes sur le sol sans même les plier. Barbouillées comme elles l'étaient, les chances qu'elles prennent vie et se mettent à danser la carioca étaient plus élevées que celles de les sauver. Un concept qu'elle jugea préférable de ne pas développer, de crainte de voir apparaître dans un avenir proche un Fullbringer manipulant les textiles. Ainsi ne garda-t-elle sur elle que débardeur et lingerie, ses pensées encore décousues faisant surnager de leur bouillon le terme « soirée pyjama ».

Certainement peu à cheval sur la pudeur et autres normes sociétaires, elle osait supposer que Sasha ne lui en tiendrait pas rigueur. Poussant l'amas de tissus sanguinolents du bout du pied jusqu'à former un tas compact, elle se laissa ensuite tomber sur le lit, non sans s'être assurée au préalable qu'aucune goutte vermeille ne s'était infiltrée jusqu'à ce qu'elle portait encore. Sa position allongée ne dura guère puisqu'elle se releva presque aussitôt pour cette fois se mettre en tailleur, le retour progressif de ses forces la rendant aussi (hyper)active qu'elle l'était quand on ne s'en faisait pas un cocktail-maison. Prenant l'élastique sis à son poignet, elle s'en servait pour nouer ses cheveux en une élégante queue de cheval étincelante lorsque la voix de Sasha lui parvint depuis l'autre côté. Devoir monter le volume pour lui répondre était usant, et elle la maudit elle et la paranoïa qui avait voulu qu'elle se cloître à l'intérieur.
Quoi, tu croyais que j'y arriverais pas ? T'aurais peut-être préféré ? Elle l'avait envisagé, mais préférait en rire... Pour mieux obtenir des réponses. Tu me sous-estimes, ma chère ! Tu devrais pourtant savoir que je suis têtue. Je finis toujours par avoir ce que je veux, même si ça prend du temps ! Elle laissa flotter un silence gêné, son sourire triomphal s'étiolant, pour ensuite reprendre d'une voix bien plus neutre. J'ai cherché. Longtemps. Et... Pouf, me voilà.
La rockstar avait eu quantité de choses à faire depuis que Karakura avait disparu de la surface du globe, à commencer par le fameux projet auquel elle voulait voir Sasha prendre part. Ça, et tout le reste. Le temps lui avait paru sembler à une vitesse incroyable tant elle avait eu peu de temps pour elle, pour être désoeuvrée. Même si elle les passait sous un plafond inconnu, ces quelques minutes de quiétude – ce temps passé avec elle – lui semblait d'autant plus précieux. Mais si chargé qu'ait été son emploi du temps, elle n'avait jamais vraiment cessé de penser à elle, de jeter un oeil dans l'un ou l'autre endroit - l'un ou l'autre coin d'ombre - pour vérifier qu'elle ne s'y terrait pas pour lui flanquer la peur de sa vie. Elle avait longtemps craint qu'elle ne soit blessée et se cache quelque part pour lécher ses plaies. Aussi était-elle soulagée de la trouver en bon état (...on va dire), sans que cela lui paraisse atténuer le poids de sa faute. Culpabilité qu'elle se sentit obligée de formuler à voix haute, avec une fausse légèreté.
Pardon pour le retard.

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Destruction leads to a very rough road
But it also breeds creation
And earthquakes are to a girl's guitar
They're just another good vibration
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MessageSujet: Re: Au diapason de ton coeur (PV Melow)   Mer 3 Sep - 2:30

L'eau coulait sur ma chair, rivière limpide sur plaine pâle, emportant les ruines carmines marquant mon corps. En disparaissant à mes pieds, le sang laissait la place aux stigmates et aux plaies à moitié refermées qui témoignaient de mes affrontements passés, anciens ou non. Ma peau était une toile sans cesse renouvelée ; je pourrais en être à me demander si j'étais vraiment moi-même, aujourd'hui, tant je m'étais régénérée au fil des ans, tant j'avais effacée et réécrite celle que j'étais. Si je n'avais cessé de renaître, c'est bien parce que je n'avais cessé de mourir... mourir un peu. Les évènements d'aujourd'hui m'avaient apprise une chose : trop de Hollows franchissaient le voile séparant notre monde du leur. Trop, même pour moi qui appréciait de les dévorer. Les évènements d'il y a deux ans en étaient-ils responsables ? Il aurait fallu être aveugle ou crétin pour ne pas l'accepter. Mais comment ? Pourquoi ? Et si toutes ces choses allaient encore s'aggraver...?
La Terre était en train de changer. Peut-être le faisait-elle irrémédiablement, sans espoir de retour. Peut-être pour la première fois de mon existence, j'éprouvais une sorte de... peur, pour l'avenir. Le futur n'avait pourtant jamais fait partie de mes préoccupations, car je me contentais généralement de vivre au jour le jour, baigner dans l'intensité du moment présent.

Etrange qu'il me faille être avec Melody pour tourner mes pensées vers plus loin que le lendemain. Etrange, et ô combien agaçant.

Mes orteils effleurèrent le carrelage froid de la salle de bain à l'instant précis où cette réflexion amenait un sourire désabusé sur mes lèvres. Ils y laissèrent une empreinte quasiment imperceptible, étincelante quoique éphémère. Était-ce l'impression que j'avais laissée à cette Britannique ? Quelque chose de brillant mais de passager ? Ce n'est pas comme si je lui avais donné matière à croire le contraire. Cette interrogation me hantait. Je m'en voulais, aujourd'hui, de n'avoir été que cet éclair dans le brouillard ; mais plutôt crever que le lui avouer ! Plutôt brûler qu'admettre combien la solitude pouvait m'avoir tourmentée...
Ma tristesse n'appartenait qu'à moi ! Celui qui voudrait y jeter un œil risquait bien d'y perdre les deux... Je refusais qu'on fasse de la lumière dessus, comme on peut refuser de révéler une cicatrice humiliante. Alors je m'emparai de mon masque au sourire railleur, le plaquai sur mes traits, m'enveloppai d'une serviette blanche et, après avoir rassemblé sur une épaule la masse luisante de mes cheveux mouillés, déverrouillai la porte avant de l'ouvrir.

Elle m'apparut dans toute sa fraîcheur insolente... et bien entendu, aussitôt, mon déguisement se craquela. Un frémissement agita mes lèvres, mes pommettes pâlirent, ma gorge se noua. Je me forçais à avancer, à faire un pas pénible après l'autre, mes yeux gavés d'une lueur fiévreuse se rivant aux siens pour ne plus s'en dégager. Sous-vêtements, débardeur et queue-de-cheval ; jamais encore elle ne m'était apparue si naturelle, si dégagée des codes méprisables de sa société encore plus pathétique. Celui de l'école, ou de la scène, ou du simple quotidien... qu'importait lequel c'était, elle avait toujours arboré un uniforme ! Pour ma part, j'avais souvent la même sempiternelle tenue solide et sombre, d'ordre pratique, n'ayant rien à voir avec une quelconque préférence vestimentaire. Bien des goûts me manquaient pour la simple et bonne raison qu'on ne m'avait jamais laissée les expérimenter, les découvrir. Je me surpris à songer à ce que j'aimerais porter, là, en ce moment... et rien ne me vint. Rien du tout.
J'en éprouvais un pincement au cœur que je ne m'expliquais pas. Quelque part, sentais-je, j'aurais dû être capable de répondre à une question aussi simple.

Ton retard.

Je vins m'asseoir lourdement à côté d'elle, sur le même lit. La moindre courbe de ma posture exprimait la résignation. La première fois que nous nous étions vues elle s'était affalée de même, sur ma propre couche. Mettant mes sens à la torture, comme à présent... C'était comme se tenir à côté d'une cascade d'eau claire et douce pour un assoiffé. Se retenir de tourner la tête, pencher le cou, ouvrir les lèvres et... boire, de tout mon soûl, jusqu'à me damner...!
Mes doigts se crispèrent sur la couverture alors même que je parvenais enfin à réprimer toute autre trace de mon émoi. Quand il s'agissait de maîtrise de soi, les victoires s'accompagnaient toujours de défaites.

Je suppose que je devrais m'estimer heureuse. Je ne suis pas facile à trouver.


Il y avait de l'injustice dans mes paroles comme je lui faisais ce reproche implicite, mais le jour où mon monde serait juste... Un son de déchirure retentit. Mes griffes avaient lentement percé la couverture et mordaient déjà dans la mousse du matelas. Mes épaules se raidirent sous l'effet d'une tension qui me donna le sentiment de devoir supporter une montagne.

J'ai essayé de pas faire de victimes, tu sais. De victimes humaines. Combien de fois ai-je été tentée, combien de fois ai-je dû fuir leur compagnie...

Je m'interrompis lorsque mes mâchoires se serrèrent comme celles d'un piège. Leurs muscles saillirent tandis que je me faisais violence pour les rouvrir, laissant s'échapper une voix sourde d'émotion contenue.

Je n'ai pas totalement réussi. Je m'en suis prise à une... comme toi, une Fullbringer, et une Shinigami. Elles ne sont pas mortes. En fait, pour tout t'avouer, elles m'ont botté le derrière.


Je me fendis d'un rire sans joie. J'étais bien trop près d'elle, bien trop nerveuse, bien trop consciente des battements de son coeur. Ce son, haïssable car provoquant, intenable car lancinant, me donnait une telle envie de saisir sa poitrine et d'y frapper en plein pour l'ouvrir...

Je t'ai attendue. Tu n'me crois pas, hein ? Mais c'est vrai. Ouais, j'ai vagabondé. J'ai erré sur les routes du Japon.


Ma voix pouvait prendre bien des tonalités. Suave, envoûtante, charmante, polie, glacée, dédaigneuse, enragée. Devant cette starlette au regard de jade, elle était en train de se briser, tel un carreau de gel devant le soleil.

Pourtant, si vraiment je ne t'avais pas attendue, l'une de nous deux ne serait plus en vie aujourd'hui.

C'aurait été moi, bien sûr. J'avais suffisamment goûté aux richesses que charriaient sans retenue ses veines pour mesurer la pleine étendue de son pouvoir. Jamais encore je n'avais découvert son égale. Peut-être de tels êtres existaient-ils... C'était probablement une chance, alors, de ne pas les avoir rencontrés. Je ramenais les genoux sous mon menton et refermais les bras sur mes jambes, dans une posture de rejet.

Si seulement tu pouvais voir par mes yeux... si seulement tu pouvais entendre les voix de mon instinct, discerner les ténèbres, et la seule véritable lumière... rouge, chaude, libre. Tu ne douterais pas que je t'aie attendue, en écoutant autant les mots que tu as prononcé devant moi il y a deux ans... que les leurs. Et pendant tout ce temps où, sourde et aveugle, tu étais loin de moi... j'ai vu que notre monde changeait.

Je reniflai, comme pour chasser des larmes qui ne m'étaient pas venues. Je ne me sentais pas bien. D'étranges choses se passaient juste là, dans ma poitrine, et j'ignorais ce que c'était. Un serpent sous mes seins, se livrant à d'incompréhensibles ondulations. Ces mouvements... ces fourmillements...

Les Hollows sont plus nombreux qu'ils ne l'ont jamais été. Ils hantent les villes comme les déserts, chassent en meutes, rôdent de nuit et de jour. Les humains ne les voient pas... pas tous. Les âmes sont dévorées par centaines. Qu'est-ce qu'un Hollow, Melody ? Comment naissent-ils ? S'ils se nourrissent de ce qui fait nos esprits, alors, à bien y penser, je ne suis pas vraiment différente d'eux. Sauf que je suis bien plus jolie, évidemment, ajoutai-je sur un ton songeur. Cette remarque s'accompagna d'un sourire moqueur dédié à mon interlocutrice. Notre monde et le leur sont entrés en guerre. Tout comme mon monde, et le tien.

Mon monde de ténèbres.

Ma main s'envola, délaissant le lit pour venir se refermer sur sa gorge. Un étau d'acier qui se garda bien de gêner sa respiration ou sa déglutition. Juste... présent. Tremblant. Un piège aux mâchoires métalliques mal retenues. Et toujours l'immonde reptile dans mon cœur, qui se fraie un chemin, qui mord, déverse son venin. Je me sens mal. Les couleurs oscillent, le réseau palpitant de ses veines m'apparaît en filigrane, par intermittence. Il n'y a pas que le manque, il y a autre chose. J'ai mal. Je crois que c'est de la douleur, du moins.

Des sensations inconnues au bout des doigts et à la poitrine. Je ne peux plus les ignorer, et le regard que je lui jette, à cet instant, est vibrant de fureur et de passion. Je lui hurle un : Pourquoi ?! silencieux avec les yeux. Qu'est-ce que tu m'as fait ?! C'est moi qui envoûte les humains ! Jamais l'inverse !

Jamais l'inverse !
grondai-je entre mes dents.

La pièce a paru se réduire, disparaître, ne laissant que Melody. Je ne peux pas échapper à sa présence. Mon Reiatsu fluctue, s'agite, se rétracte et se débat. Lentement, avec une infinie précaution, je desserre le rempart de mes doigts et range ma main meurtrière.

Les guerres, je les gagne, murmurai-je alors.
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MessageSujet: Re: Au diapason de ton coeur (PV Melow)   Jeu 25 Sep - 4:12


« Au diapason de ton coeur »

Feat. Sasha


Toute occupée qu'elle soit à prendre ses aises, Melody tourna la tête vers la porte quand l'eau cessa de couler. Un sourire machinal vint égayer ses lèvres, le soulagement aidant. Avoir pu remettre la main sur Sasha était un baume au coeur. À elle seule, elle faisait office de preuve que tout ce qu'elle avait pu faire depuis le jour où elle l'avait vue pour la dernière fois n'était pas qu'une fuite en avant. Qu'elle allait pouvoir les aider, elle et tous les autres – à condition que la vampire mette sa fierté de côté. Ce n'était pas gagné. Mais avant cela, il y avait un autre point à élucider. À y songer, les doigts de la musicienne se crispèrent sur les draps.

Oui, elle s'était réjouie de la savoir si bien portante... Peut-être un peu trop vite, d'ailleurs. Elle était bien placée pour savoir que son ancienne camarade de classe avait la peau dure. Qu'elle paraisse bien portante n'était en rien révélateur de son état – encore moins de ce qu'elle avait pu endurer. Quelles cicatrices invisibles cachait cette peau immaculée ? Par avance, elle sentait le sujet sensible, palpitant douloureusement comme les nuages avant que n'éclate l'orage. Sasha n'était peut-être pas la personne la plus expressive qui soit, mais la guitariste connaissait assez les gens pour, sans même avoir à le demander, sentir l'électricité statique lui frôler la peau.

Même la joie de la revoir n'aurait pu lui faire ignorer le frisson d'appréhension qui lui rampa le long du dos quand elle entendit le verrou tourner. Ses tripes se muèrent en un inextricable sac de noeuds, peut-être plus encore qu'elles ne l'auraient fait si elle avait été pleinement consciente en entrant dans la mare de sang. Elle ne cilla pas pourtant. Y'a pas de raison d'avoir peur, pas vrai ? L'angoisse – surtout infondée – était quelque chose qu'elle et son tempérament ne connaissaient presque qu'en théorie. Délicat comme il l'était, le cas de Sasha lui avait très tôt valu une attention toute spécifique de sa part, mais ce surplus de sensibilité était bien une première.

Bien qu'elle sache qu'elle allait sortir d'une seconde à l'autre – avoir gardé les yeux rivés sur la porte aidant -, la vedette tressaillit quand sa colocataire d'un jour fit un pas hors de la salle de bain. Ne pas savoir d'où venait cette nervosité ne la privait pas d'avoir un avis tranché à son égard : elle détestait ça. C'était bien parce que le doute et l'incertitude la mettaient dans tous ses états qu'elle avait veillé à faire le plein d'assurance dès ses premiers pas sur scène. Mais là, elle se sentait comme si une balle perdue avait percé le réservoir et qu'elle confinait dangereusement à la panne sèche. D'impossible à faire taire quand elle le voulait, Melody était devenue muette.

Tant mieux ; sa compagne de chambre parla pour deux. D'un ton de reproche dont chaque point était un coup de couteau dans la poitrine – ou un éclair striant le ciel de ses lumières. Ses paroles avaient beau admettre un tort, relativiser, elle aurait eu bien du mal à croire à ses intonations qu'il y avait là-dedans le moindre pardon. Non, sous couvert d'armistice, Sasha pourvoyait elle-même à ses besoins en munitions, se préparait à monter au front. Une métaphore qui s'était imposée d'elle-même, mais que Melody refusait de toutes les fibres de son être : elle n'était pas son ennemie ! Pas plus que le lit où elle l'avait rejointe n'était le champ d'un quelconque honneur.
Sasha... appela-t-elle d'un ton suppliant, moins pour répondre que pour la tempérer.
Cela n'amènerait rien de bon, et elle l'avait compris très vite. Elle ne comprenait pas le pourquoi de toute cette animosité. L'accusait-elle de l'avoir abandonnée ? Mais n'était-ce pas elle qui était partie, plutôt ? Et quand bien même... N'était-ce pas elle qui se réclamait d'être très bien toute seule depuis le premier jour ? L'idole aurait eu mille et une choses à lui dire mais résista à leur appel, à son envie de la raisonner. Aussi dur que ce soit, elle devait la laisser crever l'abcès – aller jusqu'au bout de ses mots, de ce que son coeur lui disait. Elle plus que quiconque, qui disait le sien depuis toujours aussi sourd que muet. Plus que tout ce qu'elle pourrait dire, c'étaient les gestes qui comptaient.

Alors, elle déposa une main caressante sur la sienne et l'y enferma avec douceur mais fermeté.

Non pour préserver un drap que rien ne pourrait plus sauver mais pour lui rappeler qu'aucune peur ne viendrait se mettre entre elles, même si elle se prenait pour une engeance de la nuit. Sasha n'était pas le premier monstre qu'elle rencontrait, et certainement pas le plus laid – tout l'inverse, en fait. Mais elle n'en dirait jamais rien, doutant que les sombres engeances comme elle fassent grand cas des questions de beauté. N'ayant pas sa force, physiquement du moins, elle n'aurait pu l'empêcher de déchiqueter quoi que ce soit à celle de ses bras même si elle l'avait voulu. Elle avait son toucher apaisant pour unique armement. C'était bien suffisant.
Merci, dit-elle, souriant pauvrement. D'avoir essayé. Ça me fait plaisir, tu sais.
L'étau de sa poigne se fit plus tendre, comme pour l'en récompenser. Que la prédatrice nocturne ait essayé pouvait sembler dérisoire pour qui n'en prenait pas la mesure, mais Melody, elle, savait ce qu'il lui en coûtait. L'effort la touchait d'autant plus qu'il n'y avait rien pour l'y forcer, comme elle le lui avait elle-même obligeamment rappelé au moment des faits. Mais alors pour quelle raison s'en était-elle donné la peine ? Encore une fois, la rhapsode s'intima le silence, mais elle n'en pensait pas moins. Plus le réquisitoire avançait et moins elle comprenait où cela les mènerait. Sasha n'aurait vu que des questions dans son regard si elle avait été en état d'y lire quoi que ce soit. Du moins jusqu'à ce qu'une inquiétude sincère y fasse son nid, cela va de soi.
Et... Qu'est-ce qu'elles t'ont fait ? Tu n'as rien ?
Question stupide. La rencontre pouvait très bien remonter à des semaines, si pas des mois. En fait, le plus probable était que ça se soit passé après le combat qu'elles avaient mené. Et la sollicitude de Melody était d'autant plus justifiée qu'elle savait qui s'y trouvait. Savoir que des Shinigamis étaient impliqués n'était pas sans galvaniser le mouron qu'elle pouvait se faire à ce sujet, mais elle devait aussi et surtout son affolement à ce que ce soit Sasha qui en ait fait l'objet. Cela ne faisait que lui donner raison dans sa théorie selon laquelle qu'elle soit sauve en extérieur ne garantissait rien à l'intérieur. Mais non, se raisonna-t-elle, ou elle ne serait plus là pour en parler. Réécouter mentalement les mots de son propre bourreau lui interdisait d'en douter.

Malgré tout, l'idée de ce qui avait pu lui arriver avait dû faire chuter son sang de quelques degrés – mais ça, la nouvelle brune était mieux placée qu'elle pour le vérifier. La célébrité s'aperçut que, sous l'effet de l'effarement, elle lui avait posé la main sur le bras. À vrai dire, elle aurait aimé pouvoir l'y garder, mais la demoiselle des pays de l'est n'avait pas l'air d'y être d'humeur – ni à ça, ni à rien. Elle l'en retira donc sans délai, quoiqu'à regret. C'était nécessaire si elle voulait connaître la suite du récit sans provoquer malgré elle de réaction aussi vive que malheureuse. Pour une fois qu'elle était portée sur les confidences, Melody n'allait pas lui fermer la porte au nez, même si le pavillon de son oreille était le seul sur lequel elle se tenait. Son regard devait alors se planter dans le sien pour ne plus le lâcher.
Je te crois. réfuta-t-elle, d'une voix satinée mais péremptoire, comme si c'était couru d'avance. Tu as fait de ton mieux.
Qu'elle se méfiât de tout et tout le monde n'était pas un fait nouveau, mais la britannique n'était que trop volontaire pour changer cela. Elle ne voyait pas pourquoi elle lui mentirait à ce sujet, pourquoi elle irait s'inventer des excuses. Ne lui avait-elle pas prouvé, plus que quiconque, qu'elle l'acceptait comme elle était ? Bon, moyennant quelques retouches à son régime alimentaire, mais c'était bien là la seule concession qu'elle ait pu exiger. Et pour s'être elle-même proposée de l'alimenter – ou de la désaltérer, elle ne savait pas trop – avec ce que son interlocutrice avait l'air de considérer comme un met cinq étoiles, elle estimait n'avoir pas été trop pingre sur les termes du contrat.

La Shinigami qu'elle avait évoquée l'avait-elle chassée hors de la ville, l'empêchant de revenir à son côté ? Lui en voulait-elle de n'être pas venue l'aider ? L'ombre de cette perspective s'étendait sur ses pensées comme un voile funeste. Elle ne pouvait pas ne pas y penser. La voix de Sasha était étrange et elle ne savait qu'en penser. L'oreille musicale de Melody était entraînée à détecter les plus petites variations, et la « musique vocale » de sa vis-à-vis sautait continuellement d'une gamme à une autre, lui inspirant l'image grotesque d'un chat sur un piano. Comme si elle était en train de se perdre elle-même et que ses mots ne lui appartenaient plus.

Sasha lui arracha la main qu'elle tenait – avait-elle seulement remarqué ? - pour se rouler en boule, se recroqueviller sur elle-même, se protéger du monde. Melody en resta circonspecte, abasourdie. Elle ne l'avait jamais vue comme ça, et aurait dit en être gênée plus qu'autre chose, sans pouvoir en être tout à fait sûre. C'était indubitablement une partie d'elle-même qu'elle n'avait jamais dû montrer à qui que ce soit, ou seulement à une personne chère – et elle n'avait pas l'air d'en avoir eu légion. Il fallut un moment à la soliste pour s'y faire, pour se faire à l'idée que c'était bel et bien la Sasha fière et narquoise qu'elle connaissait qui était ainsi prostrée, mais elle comprit.

Oui, elle ne comprit jamais autant qu'à ce moment, dans cette chambre d'hôtel, ce qu'il lui en coûtait de les prononcer. Ce qui lui valait la satisfaction toute relative, car marbrée d'embarras et d'anxiété, d'avoir vu juste. Elle ne mentait pas, car elle ne pouvait pas. Pas à elle.

Pourquoi ?

Je... Elle chercha ses mots, déglutit, chassa les trémolos dans sa voix. Je ne vais pas te dire que je sais ce que c'est, parce que c'est pas vrai. Je crois que j'aimerais savoir ce que ça fait, même rien qu'une fois. Pouvoir te comprendre un peu mieux que ça, mais j'ai l'impression que tu ne me le souhaiterais pas. Ce que je sais... Ce que je peux te dire, c'est que je suis désolée de n'avoir pas été là. Ça te fait une belle jambe, pas vrai ?
Elle se força à rire mais le coeur, la joie n'y était pas. La fébrilité, la morosité de Sasha la rongeaient à son tour, infectieuses, insidieuses. C'était pourtant vrai, et de ça, la seule convive au buffet de ses artères n'irait pas douter. Elle n'en avait pas le droit parce qu'elle le lui refusait tout net. L'artiste ne voulait pas, n'osait pas imaginer qu'elle puisse ne pas la croire. Peut-être n'irait-elle pas jusqu'à dire qu'elle n'avait fait que ça, mais il ne se passait pas un jour sans qu'elle regarde derrière elle, en passant dans un coin d'ombre. Sans qu'elle s'attende à sentir un souffle sur sa nuque qui depuis avait disparu sous les boucles blondes, faussement menaçant et terriblement familier.

Quelle était cette lumière dont elle parlait ? La coryphée comprenait de moins en moins ce qu'elle essayait de lui dire. Peut-être parce qu'elle ne voulait pas comprendre, n'arrivait pas à croire ce qu'elle tentait d'insinuer. D'ordinaire réceptive aux sous-entendus même les plus subtils, Melody s'y était ici fermée a double-tour. C'était invraisemblable – et avoir pris part aux répétitions de la fin du monde en qualité d'actrice ne la blindait pas contre tout ce que ce thème pouvait englober. Il y avait bien des choses que son esprit pouvait admettre, mais celle-ci n'avait, à ce qu'il semblait, pas le droit de cité. Qu'aurait-elle pu avoir de si singulier ? Elle n'était pas mieux lotie.

Elle aussi, au fond, n'était qu'une petite fille perdue dans la nuit.
Je sais, soupira-t-elle, soudain rendue plus à l'aise par ce qu'elle apparentait à un changement de sujet. Une bouée de sauvetage, même temporaire, était ce qu'elle pouvait rêver de mieux, là, maintenant. Tu penses bien que tu n'es pas la seule à avoir voulu me ronger. On se bat pour manger à ma table, tu sais ? Enfin, pour m'avoir dans son assiette. plaisanta-t-elle, un brin ragaillardie. Elle reprit bien vite tout son sérieux – peut-être un peu trop vite. Tu n'es pas comme eux. Si c'était le cas, tu serais pas là à me parler de tout ça. Et puis... On se bat contre eux parce qu'on est bien obligés, mais la plupart ne sont que des bêtes. Ils ne savent pas ce qu'ils font. Ils se contentent de survivre... Je n'appelle pas ça une guerre. On ne fait pas la guerre contre des animaux.
C'était bien sûr un peu plus compliqué que ça, mais après tout ça, elle pensait préférable d'utiliser des mots simples, des lieux communs. Être confrontée à des Dieux de la Mort avant d'avoir pu paraître appétissante à quelque Hollow que ce fût influençait probablement son jugement, mais elle n'arrivait pas à leur en vouloir – pas « comme ça ». Pour peu qu'ils évoluent en créatures conscientes, c'était alors une toute histoire, mais ils n'avaient alors plus besoin de manger. S'ils continuaient à se repaître de chair humaine passé ce délai, il n'y avait plus de pitié à avoir. Ce qui ne changeait rien à la détermination qu'elle mettait à les renvoyer d'où ils venaient. Quand ses griffes se refermèrent sur sa gorge, elle ne fit rien pour les repousser. Si agressive, si menaçante soit la posture, elle ne se sentait pas en danger. Au lieu de ça, Melody tendit les bras et les les passa autour de son cou, menant son visage au creux du sien sans hésiter. Elle souriait, cette fois sincère comme jamais.
Tu n'es pas un monstre. chuchota-t-elle à son oreille. Et je n'y suis pour rien. Tu es pareille à eux, oui, mais en ça que tu n'y peux rien. Déjà à l'époque, tu essayais de faire le moins de dégâts possible. Tu n'allais... Disons, « grignoter », que quand tu ne pouvais plus faire autrement. Tu ne m'as pas demandé de te nourrir, c'est moi qui te l'ai proposé, et même comme ça tu as tenu à me mettre en garde. Tu m'as aussi sauvé la vie, et je ne suis sans doute pas la première. Tu n'es pas un monstre, Sasha. Et je ne suis pas ton ennemie.
Son étreinte se fit plus forte. Le geste n'étant pas sans rappeler celui qu'elle avait commis tout aussi délibérément quelques heures auparavant pour lui « donner la clé du garde-manger ». Cependant, ce n'était pas pour lui offrir un en-cas qu'elle le faisait cette fois, mais tout simplement pour lui donner un peu de cette tendresse, de ce réconfort qui lui avait tant manqué sans qu'elle n'ose se l'avouer. Ce n'était pas grand chose, vraiment, mais Melody savait d'expérience que les petits riens valent parfois plus que tout l'or du monde. Un jour, la russe lui avait promis qu'elle finirait par la défier, mais si ce jour venait, la fille impossible savait qu'elle ferait exactement le même geste. Elle la laisser venir à elle et la serrerait dans ses bras. Parce qu'elle ne croyait, pas, plus, si c'avait jamais été le cas, qu'elle puisse un jour la menacer. Le silence céda une nouvelle fois sous le poids des murmures.
Tu as dû te sentir très seule, pas vrai ?

_________________


Destruction leads to a very rough road
But it also breeds creation
And earthquakes are to a girl's guitar
They're just another good vibration


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MessageSujet: Re: Au diapason de ton coeur (PV Melow)   Lun 20 Oct - 15:50

Mais n'allait-elle jamais se taire ?!

C'était ce que hurlait une partie de mon âme, ce qu'elle vociférait sans relâche ni concession contre les parois sourdes de mon être. Tais-toi, musicienne ! Oublie-moi ! Il n'était pas question de mots. Il n'était pas question de ces paroles simples et réductrices qui ne sont jamais que l'expression souvent maladroite d'une pensée mal énoncée... il s'agissait de ce qu'elle... faisait plutôt que de ce qu'elle disait.
Ses regards éloquents, ses sourires si chaleureux, ses caresses sur ma main et son étreinte finale. Je ne pouvais être sourde au langage de son corps, ô combien expressif. La sirène d'Angleterre n'avait pas que sa voix pour parler, et je m'étonnais sans interruption de constater à quel point elle était douée pour discourir par le geste. Comment me préserver de ça sans m'arracher les yeux ?

Ou peut-être... la rendre muette de ses mains en la mettant en pièces... Les muscles de ma mâchoire saillirent, mon regard revêtit un éclat fiévreux. Le pourpre et l'or se mélangèrent, la mer agitée de mes iris renvoyant ces reflets de tisons ardents et de sang qui étaient, chez moi, signes de violence. J'ouvris la bouche pour parler, et aussitôt, l'air me parut aride - asséchant mon palais et ma gorge dans l'instant. Mes crocs me démangèrent et jaillirent sans crier gare, m'arrachant un sursaut. D'ordinaire, j'aurais eu honte d'une telle réaction et me serait dissimulée la bouche d'une main affolée... mais pas maintenant.

J'en ai assez de t'entendre.

Assez, comme un ivrogne en a assez de sentir le vin couler devant lui. Je m'arrachai brutalement à son étreinte, quittant ce lit traître, pour moi qui avais l'habitude de paillasses en guise de couche... Et alors, j'entendis... les heurts, tambours de guerre dont j'ignorais comment j'avais pu ne pas les entendre rugir jusqu'à maintenant. Un fracas terrible à mes oreilles. Le fracas d'un coeur débridé. Un mince sourire cruel étira mes lèvres rougies de vitalité.

Allons, Melody... ton émoi est-il si grand qu'il m'assourdisse ?

Mon rictus se figea, avant de disparaître. Une déglutition pénible plus tard, et... je compris. Je compris que pour la première fois de toute ma putain d'existence, j'entendais les battements déchaînés de mon propre coeur et non celui des autres.
Comme si, d'une certaine façon, une part de mon être se séparait de la chasseresse que j'étais. Comme si je devenais une proie à mes propres yeux, à mes propres oreilles, à mes propres sens affûtés de prédatrice. Comme si, en la compagnie de Melody... je m'humanisais, quelque part.
Sensation atroce et déroutante. Je porte une main griffue à ma poitrine, lacérant par ce geste serviette et chair sans distinction. Le sang qui coule sur mon sein, m'arrache un hoquet de stupéfaction. Mon coeur. Je... je peux l'entendre, si distinctement... avec tant de netteté... ce n'était encore jamais arrivé.

Je ne l'entends pas à la façon dont un humain perçoit son rythme cardiaque. Je l'entends dans toute sa plénitude, dans la moindre de ses succions de ma circulation sanguine, dans le plus petit frémissement de ses muscles. Je l'entends, avec tous ses détails - je l'entends comme on peut contempler le tableau unique d'un maître de la Renaissance. Je l'entends, avec la plus discrète note de nervosité, de doute, de passion, de douleur. Je crois vivre un rêve ou un cauchemar.

Le sang de mon coeur est le seul dont j'ignore encore la saveur... de même dont j'ignorais sa tonalité. Jusque là. Grâce à Melody. Souffle rauque qui soulève ma poitrine, j'avance la main rougie vers le visage de la musicienne, l'autre maintenant en place le bord du linge de la salle de bains. J'aventure un index ensanglanté sur le bord de ses lèvres, sans demander de permission, les barbouillant de rouge.

Mon coeur... murmurai-je avec une pointe de révérence, sans me soucier des ambiguïtés de la formule.

Cette fascination morbide que j'y attachais pouvait paraître étrange. Mais dans mon univers de ténèbres et de rivières rubescentes, les coeurs sont la signature de tout un chacun, et le sang leur essence. C'est ce qui fait l'unicité de tous les êtres de tous les mondes, et dans le même temps, les lie d'un même cordon. J'allais me redécouvrir, en goûtant cette estampille. Je devais savoir...
Alors, j'embrassais la Britannique en aventurant ma langue sur le scintillement sombre de mon propre liquide carmin.

Lorsque j'avais mordu Melody pour la toute première fois, j'avais ingéré son sang et découvert sa puissance. En avalant le mien... je me vis à la lumière de mon regard de prédateur.
Je vis la nuit qui m'habitait et que je lâchais autour de moi comme une meute de chiens lorsque l'envie m'en prenait. Je vis la sauvagerie d'une créature qui n'a pas trouvé de meilleure réponse au monde qu'une grande giclée de violence, afin d'en peinturlurer les murs d'un coloris familier. Je vis l'espérance morte-vivante d'une vampire qui rêvait d'humanité et la méprisait dans le même temps. Après tout, si on dédaigne ce qu'on désire, on ne souffre plus - ou moins - de la certitude qu'on ne l'obtiendra jamais...

Et la vision s'effaça. Elle s'élima, emportée au fond de moi, sans que je ne rompe le baiser. Mes yeux qui s'étaient fermés se rouvrirent lentement afin que je puisse l'observer. Sa blondeur de lin qui m'avait toujours parue plus chaude et dorée que la mienne, le jade éclatant de ses iris, la hauteur amusante de ses pommettes et la joliesse de la finesse de ses traits. Je ne m'étais jamais posée la question de mes attirances - c'était là un sujet inutile. La trouvai-je attirante après cette embrassade ? Je l'ignorais.
Mais elle était Melody. L'humaine extraordinaire qui me tirait hors de mes ténèbres, et dont le sourire dissimulait un soleil dont j'appréciais davantage la chaleur que celle d'un ciel d'été. Mon corps était brûlant, mais la solitude que j'avais toujours recherchée m'avait rendue froide. Une froideur que la starlette chassait, à sa manière.

Je réalisais que le sang n'était pas le seul besoin qui existât en mon for intérieur. C'en était immensément... bouleversant.
Mes mains montèrent à ses joues alors même que j'enfouissais mon visage au creux de son cou, un soupir chaud m'échappant contre sa peau. Les larmes de ma plaie coulaient toujours en un mince filet que la serviette absorbait, sans que je n'y attache la moindre importance.

Tu m'effraies, sais-tu ? Tu me rends plus... humaine. J'ignore comment et pourquoi. Ces choses que je sens dans mon coeur sont nouvelles, et tellement dures à comprendre... ça fait mal, un peu. Qu'est-ce que c'est ?
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MessageSujet: Re: Au diapason de ton coeur (PV Melow)   Sam 1 Nov - 6:01


« Au diapason de ton coeur »

Feat. Sasha

When you're a kid, they tell you it's all... Grow up.
Get a job. Get married. Get a house. Have a kid, and that's it.
But the truth is, the world is so much stranger than that.
It's so much darker. And so much madder. And so much better.

Melody parlait beaucoup, oui, c'est vrai. Parfois même pour ne rien dire, elle devait bien l'admettre. Mais c'était pour une raison, et cette raison était que le silence lui rappelait trop la solitude. Et pour l'avoir eue pour seule compagne pendant des mois, elle savait que celle-ci n'était pas faite pour elle. L'était-elle seulement pour personne ? Pour certains plus que pour d'autres, peut-être, mais la musicienne avait dans l'idée que nul n'était fait pour passer sa vie entière à ses côtés. N'en avait-elle pas la preuve entre ses bras ? Ce n'était pas qu'elle aimait spécialement le son de sa propre voix ; c'était juste que tant qu'elle pouvait s'entendre parler, tant qu'il y avait du son, du bruit, c'était qu'il y avait encore de la vie. À bien y réfléchir, c'était peut-être en partie ce qui l'avait mise sur la voix des accords magiques et des solos endiablés. Ces silences sans fin qu'elle n'avait jamais supporté.

Pour autant, celui retombé après sa tirade ne lui était pas déplaisant. Pesant, certes, voire de plomb, mais il n'aurait pas pu ne pas l'être et cela lui était indifférent. L'important était que la slave n'en ait rien perdu. Que ce soit ou non en ces termes exacts, qu'elle n'ignore rien de ces vérités qu'elle venait de lui asséner. Qu'elle n'avait pas perdu sa nature humaine, quand bien même elle s'évertuait à la fuir. Mais n'était-ce pas justement typiquement humain ? Car si elle ne l'avait pas été, qu'aurait-elle eu à fuir ? Lutter contre, c'était déjà y succomber. Même si la vampire ne l'entendait pas de cette oreille, c'était pourtant la vérité. Sa vérité, rien qu'à elle. Et, ne lui en déplaise, elle pourrait compter sur la britannique pour la lui rappeler. Lui remettre en mémoire chaque fois qu'elle voudrait l'abandonner à l'oubli.

Car certaines choses ne sont pas faites pour être oubliées, et que la métisse se plaisait à croire que celle-ci en faisait partie. La douleur et la peine étaient par contre de celles qu'elle l'aiderait volontiers à s'ôter de l'esprit, mais pas au prix des battements de ce coeur qu'elle avait depuis trop longtemps engourdi. Bien sûr, encore fallait-elle qu'elle accepte d'être aidée. Et pour saisir la main tendue, tout commence bien souvent par admettre l'existence d'un problème. Que l'on ne peut pas toujours tout régler par soi-même. Il n'y avait aucune honte, aucun mal à cela. La métisse le savait pour ne l'avoir appris elle-même que tardivement, après avoir trop longtemps erré. Une leçon d'humanité. Une de celles auxquelles Sasha aurait aimé demeurer sourde, des oreilles comme de l'âme, comme le corps se débat contre la maladie qui le ronge.

Laisse-moi te sauver, disait son regard, et tout ce qu'il communiquait se résumait à cette seule et véritable pensée. Elle ne faisait pas cela pour se donner bonne conscience comme cela avait pu être le cas par le passé ; non que ce soit un mal – y'en a-t-il jamais vraiment à vouloir bien faire ? – mais c'était bien plus que cela cette fois. Qu'elle se retrouvât à travers elle n'était pas non plus nécessairement hors de cause – comme un écho déformé, un souffle du passé. Le mot le plus juste lui semblait être une harmonique. Mais ce n'était pas ça non plus. Car la seule vraie raison, la seule dont elle ait besoin, c'était qu'elle ne voulait pas la perdre. Et c'était la seule qu'elle lui fallait. Elle était ce pourquoi elle aurait retourné le monde pour la retrouver s'il le fallait – et avec ce qu'elle savait faire, le choix de mots n'était pas à prendre à la légère.

La sauver de l'obscurité. Parce que même si elle était née parmi les ombres, nul n'est fait pour y rester toujours. Pas même elle. Surtout pas elle, en fait. Car à quoi bon le goût du sang si ce n'est pour y éprouver la chaleur, les palpitations de la vie ? Pour vivre au travers des autres, s'enivrer de ce qu'elle pouvait ressentir. Non, Melody ne la laisserait pas s'enfoncer plus loin dans ses fausses idées – dans les ténèbres qu'elle s'était elle-même fabriquées. Dusse-t-elle en faire les frais. C'était toujours mieux que d'avoir des regrets. Que ce soient ses yeux, sa tête ou son pavillon, elle ne baissa rien de ce qui pouvait l'être, parce qu'elle n'avait pas peur ; on ne craint pas ses amis. Pas elle en tout cas, mais vous faites de que vous voulez de votre vie. Elle savait ce qu'elle faisait : tout ce qui en découlerait à partir de maintenant serait de son propre fait.
Ne te fais pas de mal, je t'en prie. gémit-elle presque en la voyant se lacérer.
D'un même mouvement, ses deux mains se portèrent à son poignet, retenant celle, coupable, qui de ses griffes l'avait écorchée. Si Melody devait être punie pour ce qu'elle avait osé dire, qu'il en soit ainsi, mais elle refusait de la voir souffrir. Pas encore. Ne l'avait-elle pas déjà bien assez fait ? Il y avait moins de force dans ses bras réunis que dans un seul des doigts de Sasha, mais c'était le geste qui comptait. Elle n'avait pas peur d'être blessée, parce que nul ne s'en était jamais inquiété pour elle. Il faut un début à tout, et l'adolescente était, sans même le vouloir, en train de lui donner. Ce n'était pas comme si elle y avait été forcée, et probablement aurait-elle fait le même choix si on l'avait laissée décider. Cependant, cela ne dépendait pas de sa volonté – ça n'avait jamais été le cas. Qui peut se vanter de contrôler le mouron qu'il se fait pour ceux que son coeur ne saurait renier ?

Oui, son ancienne camarade de classe n'avait déjà que trop pâti de cette triste vie. Elle pouvait le voir dans ses yeux dissemblables, elle apprenait lentement mais sûrement cette réalité. Elle avait toujours fréquenté la souffrance, mais sans jamais en prendre la mesure – comme si elle n'avait fait que la regarder de loin, sans se sentir concernée. Cette souffrance, elle ne l'avait jamais vécue. Elle l'avait accueillie en elle, l'avait amassée comme on amoncelle les souvenirs, sans en ressentir le poids – ou prétendant n'en rien savoir. Car vouloir savoir, c'était mettre les doigts dans la plaie. C'était entrebâiller les lèvres d'une blessure dont on aimerait croire qu'elle n'a jamais existé pour goûter à son baiser sanglant. Les choses changent, et continuaient de le faire en ce moment même. Quiconque a un jour porté des points de suture sait qu'il suffit d'un rien, d'un geste un peu vif pour les arracher. Et les battements qui tonitruaient dans sa poitrine venaient de faire céder ceux de son coeur blessé.

Une hémorragie de sentiments.
Personne n'aime avoir mal, tu sais.
Elle se força à sourire, se contenta de fermer les yeux au contact de ses doigts. Il lui fallait du réconfort, et qui mieux qu'elle pouvait le lui donner ? La coquille dans laquelle elle était restée enfermée pendant tant d'années était peut-être en train de se rompre, mais cela ne voulait pas dire que n'importe qui avait le droit d'y toucher. Et, à la vérité, Melody était fière de faire partie de ces privilégiés. Elle n'avait rien fait de spécial... Sinon rester elle-même. Et c'était bien là le plus important. Plus que de briller au panthéon du firmament. Aider les gens à mieux se porter sans rien avoir à faire d'autre que de vivre comme on l'entend, n'était-ce pas ce qu'il pouvait y avoir de plus merveilleux ? Le parfum ferreux du sang sur ses lèvres l'enivrait à sa manière, lui faisait tourner la tête. Ce n'était pas désagréable. Ce n'était pas agréable non plus. La curieuse forme d'intimité qui en émanait, en revanche, la fit frémir de ravissement.

Ce qui compte, c'est d'avoir quelqu'un qui t'aide à le supporter... se souvint-elle avoir voulu finir, sans certitude d'y être arrivée.

Ce n'est que là qu'elle le réalisa : la manière qu'avait Sasha de la regarder avait changé. Il ne restait plus rien de sa gourmandise, remplacée par une autre forme de convoitise. Melody eut soudain le sentiment étrange, vertigineux et en même temps vague oppressant d'être devenue le centre de l'univers, la planète la plus brillante d'une constellation. Un spectaculaire afflux de sang au visage récompensa formule. Elle lui aurait semblé terriblement prétentieuse en temps normal. Mais là, c'était la seule qu'elle trouvât à la hauteur. Était-ce de n'avoir pas encore tout à fait récupéré de leur escapade ? La rationalité ennuyeuse de cette explication la lui fit écarter sans réfléchir. Et puis quoi, encore ? C'est bien plus que ça. Quand la vampire avait tenté de lui flanquer la frousse, elle n'avait pas cillé, mais là... Cette assurance, cette ardeur dans le regard... Oui, peut-être qu'elle avait un peu peur.

Son regard se voila et ses yeux se fermèrent. Melody crut qu'elle allait défaillir, mais il n'en fut rien. Un feu d'artifice de sensations crépita derrière ses paupières, sans que son corps puisse le retranscrire de meilleure manière qu'en lui donnant la chair de poule. Se sentant tomber, bien qu'elle sache que ce n'était pas vrai, elle se cramponna à elle de toutes ses forces – sans doute bien dérisoires à ses yeux. Et même si c'avait été le cas, elle lui aurait fait toute confiance pour la rattraper. Ou peut-être était-ce justement un moyen de la retenir ? Melody n'aurait su le dire car Melody avait cessé de penser. Et c'était bon, parfois. Quand elle recouvra les esprits qui lui avaient fait faux bond, elle relâcha la langue de Sasha que ses lèvres avaient malgré elle prise au piège, mais n'ôta pas la main sur sa nuque qui prolongeait le contact.

Son coeur affolé – non, tout son être – pulsait à un rythme plus effréné que ses doigts n'en produiraient jamais, quoi qu'on lui mette entre les doigts. Car il n'y a de plus bel instrument que l'âme humaine, de son plus mélodieux que celui des sentiments. Elle battit des cils sans se convaincre de rouvrir les yeux en grand de peur de dissiper ce qu'elle mettait sur le compte de l'onirique, d'un rêve évanescent. Était-il déjà temps de se réveiller ? Le goût cuivré du baiser, peu naturel au corps humain malgré tout, lui noua juste assez la gorge pour lui signifier qu'elle n'avait rien imaginé. Comment l'aurait-elle pu, d'ailleurs ? L'unique bénéficiaire de ses dons de sang avait-elle jamais fait ça auparavant ? Malgré les airs aguicheurs qu'elle se donnait parfois, pour mieux attirer sa proie dans ses filets, l'adolescente n'en était pas persuadée.

Elle voulut ouvrir la bouche pour parler, mais le souffle lui manquait tant qu'elle aurait été bien incapable d'y puiser plus d'une syllabe. Combien de temps sa conscience s'était-elle éclipsée ? La dernière lueur incrédule qui donnait à ses iris une nuance plus claire s'effaça pour faire de la place à une tendresse infinie. Un sourire ému, un rien tremblant étira ses lèvres quand enfin sa respiration cessa de se rebeller. Dans l'intervalle, ses doigts s'étaient mis à fureter au milieu de ses mèches sombres sans qu'elle en ait conscience, ne pouvant que lui faire constater combien elles étaient abîmées. Elle repensa aux haillons rouges vifs qui jonchaient à présent le sol de la salle de bain, répandant sur son carrelage leur surplus carmin. Même pour qui peut gommer la cicatrice, l'empreinte du martyre ne disparaît pas. Sans hâte superflue, elle lissa l'anthracite de sa crinière jusqu'à la muer en chevelure. Jusqu'à ce que le fauve redevienne femme...
Je ne sais pas. En fait, je crois que personne ne le sait vraiment.
Malgré la nature évasive de sa réponse, sa voix restait légère, empreinte d'un amusement tout sauf offensant. Presque enfantin. N'avait-elle pas elle aussi été libérée d'un poids ? La fatigue qui la tiraillait avait disparu, ou du moins l'avait-elle mis suffisamment en veilleuse pour n'avoir pas à s'en soucier. La dame noire qui avait fait naufrage au creux de ses bras n'aurait guère pu le lui reprocher : c'était elle qui, en partie, l'avait vidé de ses forces au sens propres. Mais, plus que ça, ce n'était pas le moment de dormir. Pas avant longtemps. Tournant juste assez la tête pour sonder les millions d'astres qui peuplaient dans la galaxie de ses pupilles, la guitariste se pencha pour effleurer ses lèvres des siennes. Avec une douceur parfaite, elle porta la main à la serviette qui ceignait son corps. Laquelle, sans sa corruption vermeille, aurait pu se confondre avec sa peau si pâle. Sans gêne ni pudeur, elle s'appliqua à éponger la plaie d'une main adroite et prudente – à refermer la blessure. Elle joignit son front au sien, et sa voix ne fut plus qu'un mignon murmure.
Mais si tu veux, je peux t'apprendre ce que je sais.

_________________


Destruction leads to a very rough road
But it also breeds creation
And earthquakes are to a girl's guitar
They're just another good vibration
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MessageSujet: Re: Au diapason de ton coeur (PV Melow)   Jeu 6 Nov - 1:47



Je l'observais non sans méfiance tandis qu'elle lissait mes mèches obscures de ses doigts de scalde des temps modernes. Un geste dont je ne comprenais pas tout à fait la douceur tant elle m’était peu familière, la percevant davantage dans l’expression de son visage que je ne la saisissais dans son geste. Je mettais là le pied sur un terrain inconnu... Un terrain sur lequel je n'étais pas à l'aise d’ailleurs : sa main sur mon coeur allumait au fond de mon âme toutes les alarmes hurlantes de mon instinct, qui m'ordonnait de briser ce bras bien trop près de moi et mordre en plein dans sa gorge. J'étouffais sauvagement ces velléités intérieures, et peut-être pour la première fois de mon existence je commençai à considérer l'animal en moi ainsi qu’un ennemi. Une sorte d'adversaire me barrant la route vers quelque chose de meilleur, une sorte de conscience plus éclairée et plus paisible que celle dont je disposais jusqu'à maintenant – et dont les promesses de plaisir... non, de bonheur… m’alléchaient comme rien n’avaient pu m’allécher avant aujourd’hui.

Je connaissais la satisfaction du meurtre, la jouissance qui s’échappe de la brisure de l’existence de l’autre… l’assouvissement de la passion déchaînée dont j’étais la joyeuse victime. Mais le bonheur ? Non, le bonheur n’avait toujours été qu’un point sur un horizon bien trop lointain pour que je m’y intéresse. Tout ce qui n’avait pas appartenu à l’instant présent ou à celui juste après avait systématiquement été chassé de mon esprit. Et elle…

Elle. Comme ce si petit mot revêtait de singulières significations à présent. Je n’étais pas tout à fait sûre de les apprécier dans leur entièreté par ailleurs. J’avais embrassé ses lèvres pleines de sang afin d’y goûter ; elle m’avait embrassée en retour. Pour quelle raison ? Les humains n’étaient pas d’ordinaire attirés par leur sexe opposé ? La question de mes préférences dans ce domaine ne s’était jamais seulement posée. Le flot écarlate qui coule dans les veines d’un homme ou d’une femme demeure le même… Seule la force de l’âme comptait à mes yeux. Et maintenant, je devais composer avec une autre sorte de valeur.

Laisse-moi…

Ambiguïté de la phrase. La finir, vite, ou perdre quelque chose de précieux. Sa compagnie, que je refuse de voir filer entre mes doigts après cette séparation qui a pris fin il y a si peu de temps. Pourquoi les minutes semblent-elles s’être écoulées à la vitesse de l’éclair ?


Laisse-moi te mordre…

Je me penche sur elle tout en parlant, avec la grâce lente et fluide d’un serpent devant une proie. J’ai pourtant la désagréable impression qu’à ce jeu-là, Melody est en passe de devenir le prédateur tout autant que la cible. Et être la cible, c’est pas mon truc…
Souffle chaud comme la braise qui s’échappe de mes lèvres, exhalaison vampirique caressant son cou. Bouche entrouverte qui s’approche, dévoilant une double rangée de crocs. La mordre, encore une fois. Je sais que c’est risqué. J’ai déjà bu son sang aujourd’hui et nul humain, fut-il Fullbringer d’exception, n’est à l’abri de mes ponctions pour trop longtemps – quand bien même elles s’avéreraient modérées.

Et plonger en toi, rien qu’une fois de plus.

Sans plus attendre je perçais sa peau, sa chair et les muscles qui gainaient sa gorge. Mes mains s’envolèrent sur ses épaules, en caresses désolées se refermant avec la fermeté d’un étau d’acier forgé. Je voulais devenir sa prison.
Et alors même que je me disais cela… Les richesses carmines qu’elle abritait ruisselèrent sur ma langue.

Je vis d’étranges arias tinter dans les airs. Résonner au fond d’un bar, fumée et vapeurs d’alcool entremêlées. Je l’entendis, elle, juvénile avec le rythme si dansant de son cœur qui battait à se rompre tandis que ses doigts volaient, graciles écureuils le long des cordes de son instrument, venant estampiller l’endroit de sa musique.
Une goutte rubescente plus loin, et je reçois de plein fouet l’écho. Le grondement. Le roulement tapageur de la foule, sa clameur, son excitation exacerbée et le fracas de plus de mille pieds qui heurtent le sol. Assemblée grandiose, réunie pour goûter à ses notes.
Et l’invité surprise. Imprévu, indésirable et inopportun. Ce qui passera pour un accident, a laissé ce qui était peut-être la première cicatrice de Melody.


Je déglutis, avec plus de difficultés que je ne m’y serais attendue. Toute la puissance spirituelle de la Britannique se retrouvait condensée dans ce nectar rouge que charriaient ses veines, et l’absorber revenait à plonger tête la première dans un océan de délices impies. Tout mon être m’enjoignait fébrilement de prolonger la morsure, de la faire perdurer jusqu’à ce que j’assimile la dernière perle amarante ! Et cette fébrilité se ressentait dans le tremblement plein de force retenue de mes doigts, dans la tension de mes épaules et les muscles de ma mâchoire, contractés à l’extrême pour m’empêcher de refermer plus puissamment mes dents en elle.

Après un instant qui me sembla durer une froide éternité, je me forçais à desserrer le piège constitué par l’ivoire de mes canines. Une décision rude à prendre... Un infime filet de sang se déversait de la plaie, chatoyante rivière sur plaine blême. Je m’en voulus brièvement de mon acte – comme si je risquais d’abîmer la musicienne, et la perdre à l’usage. Mes morsures n’avaient jamais eu vocation qu’à tuer… Mais ici, je dérobais l’essence de son existence selon un accord mutuel. Une sorte de pacte étrange, duquel aucune de nous deux ne semblait sortir gagnante. Pourquoi vendre ainsi le souffle de sa vitalité ? Pourquoi, pour ma part, me contenter de si peu lorsque je rêvais de me noyer dans les flots vermillons ?!

Et pourtant…

Je te hais susurrai-je à son oreille.

Oh, comme je te hais. Toi et tes sourires parfaits, ton envie de sauver le monde. Pourquoi ne le laisserais-tu pas sombrer ? Ce n’est jamais que ce qu’il mérite.
Vraiment ? J’avais vu par ses yeux une bribe de son passé. Il n’y avait, du moins était-ce là ma ferme conviction, que de l’amour pour le monde dans le regard de Melody. Sous diverses formes. Et il y en avait aussi pour moi.

Je glissais une griffe entre le bord duveteux de la serviette recouvrant mon corps et ma peau nacrée étalée de rouge. Elle avait dit vouloir m’enseigner ; moi je voulais apprendre. Je tirais légèrement et l’étreinte du linge de bain se dénoua avec la légèreté d’un courant d’air, me délaissant au profit du sol. Mon Reiatsu s’enfla d’une façon rigoureusement spontanée, à la limite de l’involontaire. Prenant une allure sauvage et brutale, fauve tapi dans l’ombre qui soudain tire sur sa chaîne.

Je te hais pour les nouvelles couleurs que tu apportes à cette vie… Ah, comme elle était pratique, toute de rouge et de noir vêtue…

Je m’avançais contre elle, sur elle. Sans pudeur. Mon corps avait toujours été une arme et rien d’autre, sinon le réceptacle de l’envie et de la fureur. Je devais découvrir par la suite qu’il était à même d’abriter un tout autre genre de sensation, et à partir d’elle allait survenir une soudaine pudibonderie. Ce qui aurait pu passer pour une insolente audace n’était en réalité que de l’ignorance.

Regarde-moi.

Je plongeais mon regard dépareillé au fond de la lande émeraude, comme on peut plonger un poignard dans un cœur. Elle était assise au bord du lit et moi appuyée sur les genoux et la paume des mains, les pieds dans le vide, le nez à quelques centimètres du sien. Succube improvisée, pleine de défi. Si seulement j’avais su… Su, combien le domaine de l’amour recélait de pièges auxquels je n’étais pas préparée.

Il y a un battement dans ma poitrine, que je n’avais jamais perçu jusqu’à... aujourd’hui. Il s’est accordé ainsi qu’un accorde un instrument, vois-tu ? Et cette chose… elle bat au diapason de ton cœur. Me laisserais-tu l'arracher...?

Je portais des doigts tremblants à son sein, l'effleurant. Tremblants, de peur de céder. De peur de me laisser aller et d'ouvrir sa chair pour en retirer le joyau. Mordre à pleines dents dans son palpitant. Comme cela serait bon... d'ouvrir un tel chemin...
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Au diapason de ton coeur (PV Melow)

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