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 Les Ailes de la Liberté

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MessageSujet: Les Ailes de la Liberté    Jeu 6 Nov - 13:00



    « Messieurs dames, si vous voulez bien prendre place. »

    Ah, les journalistes. Ils étaient jamais fatigués de s'agiter avec leurs micros et leurs caméras, y a pas à dire. Mais bon, c'est comme ça qu'on les aime. Même si pour l'heure, fallait encore attendre que certains veuillent bien baisser leurs appareils et fermer leurs gueules un peu le temps de s'asseoir. Ils avaient cette manie de jamais savoir quand il valait mieux se taire. Et sans vouloir paraître raciste, Calum ne pouvait s'empêcher de se dire que les journalistes japonais semblaient tous encore plus chiants que leurs confrères à l'international. Y avait bien quelques représentants pour des journaux d'affaires étrangères, quelques hommes et femmes qui étaient venus en ce jour pour faire passer la nouvelle chez eux et tout. Mais forcément, aux abords de Tokyo, les bridés faisaient majorité. Bah. Il vivait à Tokyo depuis déjà quelques mois, il avait l'habitude des jaunes depuis le temps. D'ailleurs, il allait devoir apprendre à les qualifier autrement que par des qualificatifs racistes et limite dégradants. C'était son connard irlandais qui s'agitait à l'intérieur, ça. Bon allez, la suite.

    Après quelques secondes supplémentaires pour laisser au public réduit de l'endroit le temps d'être bien assis, de sortir les calepins, les enregistreurs et tout le bordel, Calum s'éclaircit la gorge, rajustant une dernière fois sa cravate avant de prendre la parole depuis le podium où se trouvait le micro sur lequel il se pencha.

    « Tout d'abord, merci à tous d'être présents aujourd'hui. Nous tâcherons d'être brefs et de vous donner de quoi valoir ce verre en soirée payé par vos éditeurs. » Léger rire général. « Il y a maintenant trois mois, la région de Tokyo subissait l'un des pires cataclysmes qu'elle ait vue depuis plusieurs décennie. La ville de Karakura, ainsi que la plupart de leurs habitants, furent les victimes d'un désastre encore inexpliqué ayant frappé à l'échelle mondiale, laissant en l'espace de quelques heures le monde en émoi devant le compte des morts et des disparus. »

    Petite pause, histoire de les laisser écrire leur bazar, de prendre des airs désolés, concernés et tout le reste. Il n'en était pas à sa première entrevue avec un troupeau de journalistes affamés. Il ne s'agit pas que de leur donner la nouvelle. Faut faire la part des choses et leur donner le contexte, l'histoire, le drame. Sans quoi ils iront inventer eux-mêmes leurs propres conneries, au risque de dire un ramassis de fantaisies biaisées qui ne valent pas plus cher que le papier sur lequel elles sont imprimées. Non, en particulier pour cette histoire, il avait bien l'intention de faire en sorte qu'ils soient orientés dans la bonne direction.

    « Par la force du destin, j'étais moi-même sur les lieux lorsque Karakura fut secouée par la tragédie, pour voyage d'affaires. Et par la plus grande des chances... » Pause presque imperceptible, si ce n'est pour les rares initiés à l'ironie de ces mots. « ... j'ai également réussi à en réchapper. Une bénédiction que je ne cesserai jamais de remercier pour tout ce qu'elle m'a permis de faire depuis. Une telle épreuve fait prendre conscience de certaines choses face à notre propre vie. Et c'est avec l'apprentissage de ce moment atroce que je veux faire ressortir le meilleur. »

    Quelques murmures d'approbation, et l'irlandais de voir à quel point ils brûlaient tous de se jeter sur le stand pour l'assaillir de questions. C'était bien pour cette raison que l'évènement était stipulé sans interruptions. Ils diraient ce qu'ils avaient à dire, les journalistes noteraient ce qu'ils voudraient. Mais rien de plus. C'était un évènement qui se voulait prendre tout sauf l'éternité pour s'accomplir. Il n'avait toujours bien pas l'intention de se retrouver coincé à devoir répondre à chaque question posée pour l'heure et demie à venir. Et puis, ils avaient l'air de généralement apprécier la direction vers laquelle tout ça se dirigeait. Les journaux étaient toujours friands d'histoires de vécu affreux, d'adversité et tout le tralala. L'être humain qui se relève encore et toujours. Rien de tel que de vanter sa propre race en utilisant le plus beau lexique que la langue peut fournir.

    Mais ils attendaient maintenant la suite. À lui de la leur donner.

    « L'Institut Ellington sera, je l'espère, le plus brillant de ces accomplissements. Cet établissement sera dévoué à l'aide et au soin des victimes d'évènements tels que ceux qui ont secoué Karakura. Pour donner à ces personnes un nouveau logis, une nouvelle famille, et pour leur apprendre que l'espoir est encore permis pour eux. Peu importe ce qu'en disent les autres. Face à l'adversité, face à la catastrophe, nous nous relèverons, plus forts que jamais. »

    Un peu conte de fée, mais ça ferait amplement l'affaire. Une petite envolée poétique de ce genre, ça faisait des miracles.

    Tout en disant ces mots, l'irlandais s'était à moitié retourné vers le bâtiment, comme pour appuyer ses propos. Et avec raison. Y en avait eu du travail sur le coin. déblayage complet, vider l'endroit, nettoyer l'endroit. Assurer l'état de l'endroit, faire réparer l'endroit. Du jardin de l'entrée à la toute dernière tuile sur le sommet du toit, ils avaient tout refait. Et ils avaient pas été pingres sur le coup. Un peu plus de six semaines de travail acharné, jour après jour. Mais le résultat en valait bien la peine. L'endroit resplendissait maintenant d'une seconde vie. Un terrain privé tranquille, remis à neuf, avec une vue surplombant la banlieue de Tokyo. Des murs restaurés autour de la propriété et tout. Melody avait fait un coup de maître en découvrant cet endroit. Son plan plus secret pour le manoir lui-même aurait tôt fait de se mettre en branle, avec son aide et celle de plusieurs autres. Ils allaient carrément avoir un Q.G., quoi. Si c'est pas le signe qu'ils devenaient de plus en plus legit, hein. Une vraie organisation. La ligue des justiciers nouveau genre. Et avec une ouverture officielle, avec ruban et tout. Si c'est pas la classe.

    D'ailleurs, parlant de Melody. C'était en grande partie son initiative. Et le moment était bien choisi pour passer le micro.

    « Mais cette vision ne peut pas être celle d'une seule personne. Il faut plusieurs esprits pour former les meilleures idées, et c'est pourquoi il me fait grand plaisir de passer la parole à une personne sans qui ce projet n'aurait peut-être jamais vu le jour. Bien que nous nous soyons tous deux rencontrés dans de tragiques circonstances, je suis heureux de pouvoir compter sur l'amitié, le soutien et la vivacité d'esprit de cette personne. »

    Tout le monde retient son souffle. Tout le monde fixe le podium, cherchant des yeux qui s'avancera pour être à la réception de ces éloges. Et Calum de faire trois pas sur le côté en tendant le bras vers une personne en particulier parmi celles regroupées à l'arrière du stand. Une jeune blonde dans la petite vingtaine, aux yeux verts pétillants et à l'allure indéniable.

    « Mesdames et messieurs, Miss Melody Mackenzie. »

    Lui d'entamer un applaudissement, et l'assistance de vite suivre le mouvement dans une série de claps polis. Certains avec un air surpris, d'autres avec une expression fiévreuse au visage ou un air de légère incompréhension. En fait, Calum ignorait totalement jusqu'à quel point la présence de Melody à Tokyo était connue. Pour le coup, v'là quelque chose qui irait la remettre au devant de la scène, si jamais c'était à faire. Dans tous les cas, le micro était sien.

    À elle de faire naître la flamme.


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MessageSujet: Re: Les Ailes de la Liberté    Ven 7 Nov - 20:01


« Les Ailes de la Liberté »

Feat. Everyone

Dans l'ombre des coulisses, Melody attendait son heure. Heure qui ne saurait tarder. Calum se donnait aux spectateurs comme on donne leur repas aux carnassiers. Sous les airs civilisés, sous le fond de teint et les costards-cravates, les pardessus et les coupes de cheveux étudiées, ils étaient tous des animaux. Des bêtes affamées d'informations, prêtes à sortir les griffes et à se battre pour se tailler la part du roi. Et leur rôle à eux autres, grands de ce monde, était de leur donner de quoi festoyer, mais aussi de leur apprendre à se contenter des rations qu'ils avaient à leur donner. Ni plus, ni moins. Dompteurs de fauves : voilà ce qu'ils étaient en vérité, sans que la britannique y voie quoi que ce soit de péjoratif. N'avait-elle pas montré elle-même à plus d'une reprise qu'elle pouvait être une vraie tigresse ? Son visage s'éclaira à cette idée, si bien qu'elle regrettât presque de n'avoir point de rayures sur sa tenue pour appuyer cet état d'esprit.

Se perdant dans les ramifications de cette métaphore, elle laissa son regard errer sur la façade de la bâtisse. Fraîchement rénovée comme elle l'était, c'était tout juste si on ne sentait pas encore l'odeur de la peinture fraîche dans la légère brise qui soufflait ce jour-là. Déjà résonnaient dans l'immensité du domaine les flashs crépitants des objets et la rumeur de la marée humaine, mais ils n'étaient, ne seraient jamais qu'un bruit de fond face à la mélopée du vent. Il lui semblait qu'hier encore l'équipe de choc en charge des travaux s'affairait de part et d'autre, remplaçant ceci, restaurant cela. Ç'avait été un travail de titan : aussi bien conservée puisse-t-elle être, oubliée de tous, du temps lui-même, la propriété n'en était pas moins vétuste. Antique. La moderniser avait peut-être été la plus grande part du chantier – la plus dispendieuse aussi. Sans avoir perdu de son charme désuet, l'antre qu'ils s'étaient bâtie, plus qu'une cure de jouvence, avait reçu une nouvelle vie.

L'image lui plaisait, et pour cause : n'était-ce pas ce qu'ils se targuaient d'offrir à leurs protégés ? La chance d'un nouveau départ. Une place dans un monde qui, pour eux, n'en avait que trop peu. Ses yeux se fermèrent alors que ses mains se rejoignaient dans son dos, le discours de Calum n'arrivant à ses oreilles que par bribes. Pas parce qu'il n'était pas assez audible, mais parce que la musicienne se tournait déjà vers l'avenir. Le peu d'attention qu'elle avait à y consacrer n'était pas un manque de respect, mais au contraire une preuve de confiance. Sans le connaître depuis des années, la blonde savait à présent de quel bois il était fait, et il lui convenait tout à fait. Les mois passés à travailler de concert sur ce grand projet avait rassemblé les parfaits inconnus qu'ils étaient l'un pour l'autre sous le sigle d'une franche amitié. Les plus cancaniers auraient tôt fait de spéculer sur la nature de cette relation dont raffolait la presse à scandale.

Qu'ils ne s'en privent pas : elle n'en faisait que peu de cas. Elle doutait fort que son « partenaire en affaires » l'ait jamais envisagée sous cet angle. Déjà parce que même s'ils avaient, par la force des choses, dû passer ensemble bon nombre de leurs, ils avaient bien d'autres choses à faire – trop que pour laisser de la place à ce genre de pensée. Ensuite parce qu'elle devinait rien qu'à le regarder qu'il avait suffisamment et assez bien vécu pour savoir quand une fille est disponible et quand elle ne l'est pas. Et elle ne l'était pas. Son coeur était déjà pris et entre de bonnes mains. Mais peut-être valait-il mieux en effet que la presse ne sache pas lesquelles. Sa mine rieuse pivota vers le côté de la demeure où Sasha et les autres devaient prendre leur mal en patience jusqu'à ce qu'ils s'acquittent de ces ultimes formalités. Attendre de pouvoir rentrer chez eux. Une pensée qui, avant qu'elle ait pu s'en rendre compte, lui mit du baume au coeur.

Sa conscience revint à l'instant présent. Le discours fleuve de l'irlandais suivait son cours et, sans qu'ils aient convenu de quoi que ce soit à l'avance, elle sut qu'il touchait bientôt à sa fin. Que ç'allait être à elle de prendre le relai, avec le micro pour témoin. Une dernière fois, elle vérifia que sa robe n'altérait pas sa mobilité. En tout cas, pas plus qu'une robe n'est censée le faire... Au grand désarroi de son couturier, elle n'en avait jamais raffolé. Les tenues plus légères, plus proche du corps avaient toujours eu sa préférence. Comme elle s'en défendait elle-même, elle n'était pas une princesse. À ce titre, les jupes étaient ce qu'elle avait de plus féminin à son arsenal. Même les concerts où elle était apparue plus habillée se comptaient sur les doigts d'une main. Qu'elle n'avait pas été sa joie, quand elle lui avait passé commande de cette tenue d'apparat ! Soudain, son nom survola l'assemblée et ce fût à son tour d'entrer en scène.

Ses doutes initiaux se dissolurent quand elle gagna la scène d'un pas rapide sans que l'étoffe de jais qui ceignait ses jambes ne l'entrave ni ne l'enserre. Rien, pas même le sol n'arrêtait la pièce de soie noire dans laquelle on l'avait enroulée, interminable qu'elle était. Sans les reflets précieux du tissu, on aurait pu croire qu'un pot d'encre lui avait été renversé dessus, n'épargnant que ses bras nus que venaient à leur tour dérober à la vue de longs gants assortis, exception faite d'un ourlet doré. Même son cou n'était pas épargné, lui aussi prisonnier de cette obscurité dont seuls s'échappaient le doux minois de la chanteuse et l'or de ses boucles. Comme pour mieux rappeler, par sa brillance, comme tout le reste de son être était plongé dans le noir. Et encore ; entre ruban et serre-tête, une sombre ligne avait fait son nid, marée noire son nid au milieu de l'océan de miel de sa crinière, dégageant la vallée de jade de son regard des mèches qui en proclamaient la conquête. Légèrement déportée sur la gauche, il était une rose noire dont les pétales s'ouvraient au monde, se repaissant de la lumière ambiante sans jamais en renvoyer la moindre.
Merci. Merci à tous.
Le bruit de sa présence au Japon s'était largement répandu, surtout avec la récente catastrophe. La star de la pop n'avait rien fait pour endiguer cela. Pour une fois que la vérité avait valeur d'excuse, il aurait été stupide de tenter de l'étouffer. La savoir sauve et en bonne santé était tout ce qu'il fallait à ses admirateurs pour se sentir soulagé et comprendre qu'elle ne reparaisse pas sur le devant de la scène avant un moment – ne fût-ce que pour se remettre du choc. Mais aussi proche qu'elle soit de son public, ils n'avaient pas idée de combien elle était forte. Combien elle l'était devenue, à travers tout ce qu'elle avait vécu. Ce qui aurait pourtant pu leur mettre la puce à l'oreille était que la blonde n'ait jamais caché ne pas tenir en place. De fait, ils en avaient la preuve sous les yeux à présent : elle n'était pas restée inactive bien longtemps. Certains auraient certes pu regretter qu'elle n'ait pas mis ce temps à profit pour revenir ravir leurs tympans, mais tous étaient dans l'ensemble trop contents de la revoir pour s'en offusquer.
Excusez-moi de n'avoir pas de nouvelles plus tôt. J'ai été assez occupée, comme vous pouvez maintenant vous en douter. Léger rire auquel fait écho le gros du comité. Comprenez bien que nous n'avons pas voulu vous faire de cachotteries... Tu parles... ...Et que si nous avons gardé ça pour nous jusqu'à maintenant, c'est uniquement parce que nous voulions le terminer avant de vous le montrer. Tel qu'il doit être. Tel qu'on a voulu qu'il soit. Et je tiens avant tout à saluer mon estimé collègue, sans qui rien de tout ça n'aurait été possible.
Même si elle s'y était habituée, l'idole ne pouvait que s'étonner à chacune de ses apparitions de voir combien les gens l'aimaient. Même ici, où l'assistance était composée en très grande partie de pigistes et de présentateurs, l'ovation qu'elle avait reçue en marchant dans la lumière manqua de la faire sursauter. Après tant de temps passé à se cacher, il faisait bon de goûter de nouveau à un peu de clarté, même si c'était en gardant un pied dans le secret. Ce n'était pas qu'elle aime être le centre de l'attention, ressente le besoin impérieux qu'on s'intéresse à elle. Mais distraire les autres, donner un peu de joie de vivre à ceux qui en ont besoin, c'était aussi naturel pour elle que de marcher dans la rue. Qu'elle plaise et captive n'en était que le prolongement, la répercussion – aussi positif que ce soit. Elle avait certes un peu perdu ses repères le temps de réviser sa vision du monde – un monde bien plus vaste, sombre et mystérieux que tous ces gens n'auraient pu le savoir, même en passant le reste de leur vie à l'étudier – mais c'était terminé.
Vous savez... C'est dans des moments difficiles comme celui-là que l'on se rend compte qu'on est bien peu de choses. Qu'on soit au crépuscule de sa vie ou qu'on l'ait encore devant soi, qu'on soit riche ou pauvre, qu'on vienne d'ici ou d'ailleurs... Elle jeta un regard vers Calum, aussi allochtone qu'elle en ces terres. Tout ce qu'il reste quand le calme revient, ce sont des êtres humains. Des gens perdus, hagards. Et la seule conscience aiguë qu'il leur reste, c'est que les personnes qu'ils voient autour d'eux le sont tout autant. Et ils s'entraident. Parce qu'ils se sentent vivants, et qu'ils ont ça en commun. Que tombent les barrières et les frontières pour les rapprocher plus que jamais. Parce qu'ils sont encore là quand d'autres n'ont pas eu cette chance, et qu'ils cherchent à comprendre pourquoi. À y donner un sens. N'interprétez pas mal mes propos, mais je pense que nous ne devons pas oublier cette détresse. Pour tout ça et bien plus encore. Parce qu'elle donne un sens au mot « humanité » et nous pousse à aller de l'avant. Parce qu'après la nuit la plus noire vient le jour le plus brillant.
Les corps se levèrent, manquant de faire tomber quelques chaises dans leur précipitation, les yeux des uns et des autres brillant d'une lueur humide alors qu'un tonnerre d'applaudissements s'élevait dans les airs. Pour qui connaissait la vérité derrière cette création de leur part, ce discours pourrait paraître risible, mais il n'en était pas moins sincère. Non qu'elle s'imagine que son comparse l'avait été moins qu'elle : qu'y pouvaient-ils si seuls leur « espèce » avait survécu à la catastrophe ? C'était ainsi. Mais c'est bien parce qu'ils étaient encore là qu'elle pensait ne pas pouvoir en rester là – avoir quelque chose à faire. Apporter l'espoir. Faire risette aux caméras la connaissait, aussi n'y eut-elle aucun mal malgré la douce mélancolie dont ces dires avaient empli l'atmosphère. Ils n'en seraient que plus sensible à ce qu'il lui restait à dire, car elle était loin d'avoir fini.
Je n'aurai pas l'indécence de prétendre que je suis aussi démunie que ceux qui ont tout perdu ce jour-là. Mais j'ai partagé leur malheur et leur désarroi. Je suis fière de l'avoir fait, et je suis fière de pouvoir continuer à le faire à ma manière. Notre institut accueillera tous ceux qui voudront se sentir en sécurité quand le monde entier paraîtra leur en vouloir. Offrira un toit à ceux qui pensent qu'aucun endroit n'est fait pour eux. Donnera une éducation à ceux qui pensent devoir tout réapprendre, y compris à vivre. Et c'est à eux que je m'adresse aujourd'hui : aussi perdus et différents que vous vous sentiez après que ces bouleversement soient entrés dans votre vie... Vous n'êtes pas seuls.
Puissent certains entrevoir la bouteille à la mer que contenaient ces quelques mots, porteuse d'un message qu'eux seuls pourraient comprendre. Si elle avait pensé qu'ils ne pourraient la porter aux nues plus qu'ils ne l'avaient fait lors de sa précédente tirade, elle s'était trompée. Une invisible once de frayeur la prit aux tripes quand le sol sous elle fut arpenté d'un tremblement ô combien familier avant de se rendre compte qu'elle n'y était pour rien. Plantant là le micro – et avec lui son auditoire – avec un dernier signe de la main, elle s'éloigna d'un pas aérien pour rallier le portail en fer de son nouveau domicile. À elle et à tant d'autres, espérait-elle. Comme le veut la coutume, un large ruban écarlate n'attendait que d'être coupé, et on lui présenta sur un coussin assorti, quoique cousu d'or, la paire de ciseaux disproportionnée qui compléterait le rituel. On ne manque pas à la tradition, ça porte malheur – et aussi chanceux soit le cofondateur, autant ne pas tenter le Diable.

L'idée étant sienne au départ, Calum semblait vouloir lui laisser le privilège, se tenant en retrait quoiqu'aux premières loges. La starlette ne l'entendait pas de cette oreille, et l'enjoignit à venir d'une inclinaison de tête. Geste qu'elle avait rendu aussi ostentatoire que possible sans perdre sa grâce naturelle, pour être sûre qu'il ne saurait échapper au regard de la foule. Elle sut que c'était réussi quand cette dernière entreprit de scander en choeur et en cadence le nom de l'homme d'affaire, oubliant un instant leurs responsabilités respectives pour se prendre au jeu grâce à l'effervescence du moment. Laquelle n'atteignit cependant son pic que lorsque l'intéressé céda aux réclamations et se présenta à ses côtés pour s'emparer de la poignée opposée à celle qu'elle tenait déjà. Leurs mains se rejoignirent pour en finir symboliquement avec le cordon, officialisant la venue au monde de leur « progéniture ». Poids à la naissance : quelques milliers de tonnes de béton.

À ceux à qui elle appartiendraient vraiment de lui donner la vie, à présent.

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MessageSujet: Re: Les Ailes de la Liberté    Sam 8 Nov - 0:06

C'est dur vous savez, d'se tenir dans l'ombre. J'veux dire, on l'saisit pas avant d'en faire l'expérience, mais fermer s'gueule et rester en retrait quand d'autres sont sous l'feu d'projecteurs, ça fait chier. Alors, j'ai peut-être mal compris l'idée d'aujourd'hui, mais il m'semblait qu'c'tait un truc pour nous. Nous. Pas eux. Le friqué et Blondie. Ils font un beau coup tiens, maint'nant qu'j'y pense. Dans l'genre cliché, on tape dans l'haut du tableau, c'fort. Bref, l’événement. Inogrution... inogarution... Rah. Putain d'mot qui veut pas sortir. Montrer au monde entier la nouvelle baraque qu'ils ont r'tapé. C'est l'idée. Rameuter les caméras, les types qui écrivent des notes sur les papiers, et d'autres gens qui ont du fric.

Un truc important, où y'a moyen d'bien déconner et d'venir célèbre. Un p'tit discours à la caméra et c'est dans la boite. Alors j'suis allé m'chercher des fringues pour l'occasion, un truc qui donne d'style, d'chic s'lon l'vendeur. C'est c'qu'on porte pour les soirées, histoire d'pas passer pour un clochard, ou un type timbré pour mon cas. Complet qu'il disait. Quoi qui est complet qu'j'lui ai d'mandé, l'air sévère ? Costume qu'il a trouvé comme symonime. Ou un truc du genre. Comme j'y connais rien, j'lui ai dit d'trouver c'qui m'irait l'mieux. Il m'a sorti un tas de fringues avec d'couleurs de tarlouzes. J'lui ai fait comprendre qu'personne m'enfiler à moi. Il a trouvé les mêmes, mais en noir. Brave garçon effrayé.

Première épreuve d'rel'vée. Suivante, 'faut mettre l'machin, tout un bordel. Vingt minutes pour comprendre l'position d'chaque article et que tout soit à sa place. Avant d'partir, l'autre voulait m'filer une poche pour emporter mes achats qu'il a dit. J'ai répondu qu'c'tait pas la peine, j'allais pas m'casser l'cul à les enlever pour les r'mettre après, qu'c'était assez chiant comme ça une fois. J'voulais partir habillé comme ça. Il était contre. J'l'ai encastré dans une glace, ramassé un morceau brisé pour lui trouer l'gorge et l'faire taire. T'es gentil ducon, mais tu causes trop. Puis j'me suis tiré. Pas sans payer hein, j'ai r'tenu la l'çon avec Blondie ! J'ai déposé sur son cadavre quelques billets piqué dans l'caisse.

'Faut pas déconner, j'suis pas un monstre. Trois jours plus tard, m'v'là dans l'ombre, à devoir subir de longs discours dont j'en ai rien à branler. Que j'écoute pas d'ailleurs, j'me suis emporté d'quoi picoler un peu jusqu'à pouvoir rentrer dans c'tte nouvelle baraque. La gueule d'un palace. Les autres, ils discutent. De la catastrophe de Kuraruka, des morts, des ruines, que c'moche et qu'on pleure. Que l'espoir il est encore là, qu'on va s'tenir la main et chanter notre amour, et un tas d'conneries. La gerbe, j'te jure. Meilleur moment, couper l'ruban avec l'ciseau géant. Encore un truc que j'm'étais préparé à faire, mais que dalle. Reste tranquille et fous pas l'bordel qu'on m'a dit.

Tseuh. J'mire la chose, Muda qu'c'est s'nom, m'demande comment c'doit être d'vouloir bouffer tout l'monde ici sans en avoir l'droit. D'craindre si fort l'dérouillée qui va suivre, qu'on s'empêche d'aller coller un énorme coup d'dents dans l'cuisse bien grasse d'la pimbêche qui prend d'photos pas loin. L'pauvre doit s'sentir crever sur place. Et l'autre, machin. J'connais pas son prénom, ni son pouvoir, ni rien en fait. J'crois l'avoir d'jà croisé quelque part, sans vraiment savoir. S'tronche m'dit vaguement quelqu'un, mais qui. C'est une grande copine à Blondie, donc gaffe. 'Faudrait pas ramasser un coup d'guitare sismique juste pour lui avoir fait découvrir l'anatomie d'un mec burné.

L'maison d'fous ouvre ses portes, c'le moment d'faire son entrée. Démarche classe, r'gard ténébreux, on bazarde la bouteille au loin histoire d'être clean, et on avance.L'maison d'fous ouvre ses portes, c'le moment d'faire son entrée. Démarche classe, r'gard ténébreux, on bazarde la bouteille au loin histoire d'être clean, et on avance. Ou pas. C'est rapide, passe inaperçu pour l'simples guignols accrocs à leurs appareils, mais j'vois l'regard que me lance la blonde. Elle est pas contente, pour changer. D'ordinaire, elle s'rait direct'ment venue m'écraser l'tronche avec sa foutue guitare de mes couilles. Il s'trouve qu'elle est occupée là, c'qui l'empêche pas d'garder un œil sur moi. Elle m'a grillée à picoler, mais aussi à j'ter l'cadavre d'la bouteille dans l'herbe. 'Faut croire qu'elle est pas du genre à vouloir qu'son gazon soit crade dès l'premier jour.

J'cherche pas à m'opposer à elle, ça amèn'rait rien d'bon une fois les caméras et témoins envolés. Alors j'me bouge, en râlant, 'faut pas déconner. Mains dans l'poches, tête basse, chaud. J'me baisse pour saisir l'bouteille, une main est plus rapide. J'tire l'tronche, prêt à gueuler. Oh. Une gonzesse. Et une belle. Elle m'sourit, joues rougies, r'gard qui fuit. Genre, j'ai rien eu à faire qu'elle est d'jà sous mon charme ? C'tte fille est une perle rare qu'j'suis pas disposé à laisser filer. Brune, cheveux longs, somptueuse robe rouge moulant ses belles formes, un peu plus d'la vingtaine. J'vais pas l'inviter à entrer maint'nant, mais lui glisse à l'oreille d'rev'nir à l'nuit tombée, j'l'attendrais.

Et j'me retourne, m'éloigne et retrouve l'autres, déjà tout excité à l'idée d'la nuit qui m'attend.

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[22:55:15] * Kuragari Asuna embrasse Gan.


Dernière édition par Kichigai Ganryû le Jeu 13 Nov - 15:21, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les Ailes de la Liberté    Sam 8 Nov - 13:39

Placée à l'écart, en compagnie de Ganryu et Sasha. Comme tétanisée, le regard qui balaye avec difficulté les environs tant les informations à assimiler s'avéraient nombreuses. Avalée par elles. Pourtant, que ce ne soit pas faute d'avoir été prévenue à l'avance. Malgré tout, pouvait-on dire que la Muda s'était préparée à la hauteur de l'événement ? Une ouverture, celle de leur tant espéré chez-soi. Obnubilée par cette pensée, rendue insomniaque plusieurs nuits de suite. Un fantasme mûri des années, conceptualisée mille fois. En passe de trouver trace dans la réalité ? Inconcevable. Inimaginable. Impensable. À la fois excitée et angoissée. Cette fable trouverait-elle vraiment son application ? Celle-ci lui conviendrait-elle ? Succession d'échecs dans sa quête à arriver vers une situation stable, où la vie primerait sur la survie.

S'en retrouver les yeux encadrés de cernes plus profondes que d'ordinaire. Contraste avec un regard en panique. Du monde. Tout partout. Des gens, comme elle n'en avait jamais vu. Les yeux tous rivés vers eux. Un danger. Ses sens en alerte, peu importe qu'elle se convainc que tout se passerait pour le mieux. Garder à l'esprit ce qui avait été dit juste avant ce tintamarre. Ne bouger d'un cil. Se tenir à carreau. Ne tuer personne. Mais... cette foule... Ne s'empêcher de visualiser cette masse humaine s'abattre sur eux pour les déchiqueter sur place avec leurs appareils aveuglants. L'évidence que ces flashs n'aient d'autre fonction. Et ces boites qu'ils tenaient pour certains sur leurs épaules... Des armes à feu d'un autre type que ce qui lui avait été donné de voir dans sa prison d'antan ? Ces cris de toute part... Des intimidations ?

Définitivement, des plus crispée. S'en rendaient-ils compte ? Ne trahir à aucun moment sa faiblesse. Une règle élémentaire. Par là, encapuchonnée d'une veste large par-dessus une robe neutre, bon marché, comme elle avait l'habitude d'en porter. Sur son nez, des lunettes de soleil, les verres ronds. À côté de ça, se contenir du mieux qu'elle pouvait. Mordiller ses ongles. Des claquements frénétiques. Une posture bien différente de celle de Calum et Melody. Dans leur élément. Quel était leur secret ? En osmose avec cette diaspora de personnalités braillardes. Par quel miracle ? Notamment cette fille qui manipulait ce monde avec une facilité ainsi qu'une efficacité déconcertante. Mordille. Croque. Change d'ongle. Mordille rebelote.

Le sentiment oppressant d'être prise au piège. Se tourner vers ses autres semblables. Ressentaient-ils la même chose ? Seule dans son désarroi ? Avait-elle bien fait de venir, en fin de compte ? L'envie présente de s'éclipser. N'importe où mais ailleurs. Trembloter. Chercher repère. Rien dans ce qu'elle entendait et voyait qui lui évoque quoi que ce soit. Prendre sur elle. Une promesse de tenue. À tenir. Se concentrer sur un point précis, dans l'optique d'oublier le reste. Ce qu'elle disait. Que disait-elle ? Difficile. Oui que ça l'était. Des mots bien faibles à son goût. Mais quoi de difficile exactement ? Crépuscule, riche, pauvre, humain, sens, détresse. Humanité ? Ne pas simplement désigner l'ensemble des humains ? Donner l'impression que ce mot a priori bénigne supporte une signification plus complexe. Complètement lâchée la remarque suivante. Après la nuit, le jour ? Grimacer à cet instant. Achevée dans sa perdition. Ces personnes le découvraient ? Étaient-ils tous aveugles de l'environnement les enveloppant ? Fallait-il être de sa nature pour s'en rendre compte ? Quel sens attribuer à cela ?

Qu'elle se triture la cervelle, un autre discours vient à sa rescousse. Cette fois intelligible. Des outils de compréhension à sa disposition. Ramenée à une expérience. Une expérience profonde, viscérale. Celle d'être étrangère au monde, hostile à son existence. Incapable de s'adapter autrement qu'en entrant en conflit avec. Précarité constante, que cette construction derrière devait porter à terme. Vivre. Là un mot qui trouvait toute sa résonance dans son esprit. Assez pour lui faire oublier la torture de demeurer immobile devant une armée de prédateurs potentiels. Quitter la solitude. Ce pourquoi elle était venu. Non un simple bâtiment, un foyer. Ce pourquoi, dorénavant, elle se battrait.

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MessageSujet: Re: Les Ailes de la Liberté    Mar 11 Nov - 16:11

Le tonnerre des appareils qui crachent leur flashs à qui mieux-mieux, applaudissements sans valeur résonnant dans l'air ensoleillé. On pourrait regretter l'hypocrisie de ces gens que l'ignorance des faits passés rendaient pathétiques - mais c'eût été faire preuve de... pitié, pour les morts. Je n'en avais pas vraiment. Au moment des évènements de Karakura, une rage incontrôlable avait guidé mes actes jusqu'à la destruction des responsables de l'hécatombe, mais ma conduite n'avait jamais été guidée que par la haine des Ombres, plus monstrueuses même que les figures torturées de mes cauchemars. Je suis une belle horreur et j'aime chasser ce qui me ressemble, voilà tout.

Mon regard était morne tandis que je le promenais avec roideur sur la foule amassée des gratte-papiers entassés devant nous. Que voilà une belle assemblée, costards et serviettes, casquettes et caméras gigantesques. Ils me faisaient penser à une meute de hyène avides de récolter la sève des défunts, en vue d'en tirer un nectar dont ils abreuveraient une populace avide de réponses - même fausses. L'intention de Calum et Melody de rétablir un semblant de vérité acceptable était pourtant évidente. Je n'arrivais toutefois pas à saisir l'importance qu'on pouvait bien y attacher. A quoi bon ? Une guerre n'intéresse jamais que ceux qui y prennent part. Ceux-là ne verront jamais le vrai visage de la mort, quand bien même elle viendrait les faucher en pleine rue. Autant les laisser dans leur médiocre candeur !

Un éclat d'appareil-photo plus intense que les autres me fit plisser des paupières, avant que je ne jette un regard virulent au responsable. Melody m'avait quelque peu prise à part avant la cérémonie, pour me demander de me tenir tranquille. Je comprenais pleinement la mesure de ses précautions maintenant ; rester debout à parader en pleine lumière mettait mes nerfs et ma patience à rude épreuve. Je reportais mon attention vers l'artiste Britannique, qui s'était vêtue d'une façon troublante. Sa robe me fascinait réellement : soyeuse et d'une élégance dont je ne m'expliquais pas les critères, à la fois d'une exaspérante mondanité et pourtant, incroyablement désirable. J'éprouvais une pointe de jalousie à la voir pareillement vêtue, alors même que je boudais d'ordinaire le simple raffinement d'une jupe.

Une moue peu convaincue transparut sur mes traits tandis que je baissais les yeux sur mes propres habits.

En équilibre sur les talons d'une paire de bottines en cuir duveteux laqué d'ébène, me demandant bien comment on pouvait seulement envisager d'apprendre sur pareils sabots. Ces chaussures n'auraient pas démérité dans un salon de mode, mais je leur trouvais un caractère si inconfortable que j'étais toute disposée à les jeter à la mer sitôt la cérémonie achevée. De longs collants en satin marbrés de rouge et de noir ruisselaient de ma taille à mes chevilles, si fins que je craignais de les voir s'éventrer au moindre mouvement. La fameuse jupe s'étalait au-dessus de mes hanches et jusqu'à mes cuisses, pétales d'obsidienne bordés d'un froufrou dont la seule vue parvenait à m'irriter au-delà du raisonnable. Un corsage au coloris d'artère arrachée s'étalait sur mon corps, dans une dentelle ciselée en motifs floraux. Je m'étais permise un brin de fantaisie en arborant un lourd collier rappelant celui d'un mastiff, au bout duquel pendait une croix d'argent percée de minuscules rubis - il aurait fallu voir la tête du joaillier lorsque j'avais précautionneusement tripoté le métal dans tous les sens comme s'il s'était agi d'une vipère. J'avais ainsi pu ajouter l'or mercurien à l'ail sur la liste des absurdités du folklore vampirique... Une bonne chose de faite ! Des bijoux de même nature, anneaux et clous, avaient été enfoncés tout du long de mes oreilles en luisant doucement à la lumière du jour. Pour l'occasion, j'avais fait l'acquisition d'une paire de lentilles colorées - redoutant l'humeur changeante de mon regard plein de colère. Je n'avais pas réfléchi à leur teinte, mais une fois au magasin, celle-ci s'était imposée d'elle-même avec la clarté d'un éclat de cristal. Emeraude, bien sûr. Comme les iris de notre hôtesse.


Le tout facturé à l'adresse de Melody. Cette pensée amena un sourire sur mes lèvres, comme je sentais pouvoir prendre un malin plaisir à user de ses économies dans ce genre de futilités.

Allons, un peu de sérieux.

Suivant les deux organisateurs, dont les mains unies tranchèrent le seul obstacle qui allait encore me séparer de mon... de notre... foyer.
Quel singulier concept. J'avais toujours vécu dans le mouvement d'une errance au coeur des ténèbres. Marcher dans la nuit et danser avec les ombres ; boire à même les gorges, et repartir à l'aurore après avoir peint la ville d'une grande giclée écarlate. Voilà ce qu'avait été ma vie... J'avais découvert certains visages au Japon qui avaient fini par s'accrocher dans mon esprit ainsi que des tableaux aux murs d'un séjour. Construisant, petit à petit, un intérieur coquet et chaleureux dans un coin de mon âme... C'était déjà beaucoup, que découvrir le sens de l'amitié - et peut-être aussi, d'un peu plus que de l'amitié. Mais maintenant, une maison ? Une... une sorte de simili-famille...?

La niaiserie de cette réflexion fit monter le rouge de la contrariété à mes pommettes. Nulle chaîne pour entraver ma lib-...!
Je levais mes doigts tremblants au collier pesant à mon cou. Nulle chaîne, vraiment ? Je m'en ajoutais de plus en plus au fil des mois, me rendais-je compte. Des affections, de bons sentiments, des obligations envers d'autres personnes. Ces liens étaient parfois rassurants et parfois hautement énervants. J'ignorais si j'allais pouvoir concilier ma nature sauvage avec la vie en communauté. Il allait bien falloir, pourtant.
J'observais la bâtisse, immense et comme éternelle. Comme un... asile, entre le paradis et l'enfer. Et derrière ses jolies fenêtres, je discernais la légion de ses promesses sur l'avenir. Ce que j'y vis inscrivit un mélange de confiance et de trouble sur mes traits.

Peut-être allais-je enfin mettre la main sur les trésors de l'existence qu'on m'a tant vantés par le passé ? Qui savait quel bonheur on pouvait acheter avec ces richesses... Mes lèvres rougies s'étirèrent sur un mince sourire dénué de malversation, l'un de ceux que j'ai aussi rares que mon pardon. Or en cet instant j'aurais pu pardonner au monde entier, juste pour avoir la chance de passer le seuil de ce... foyer.
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