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 Mascarade [PV : Dark]

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MessageSujet: Mascarade [PV : Dark]   Sam 23 Fév - 13:48

Mascarade

The Theater by Bruno Coulais on Grooveshark
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Un rayon de soleil éclairant brutalement les toits voisins souleva l'attention de Snö, occupée à rêvasser dans un des fauteuils du salon. Elle se leva nonchalamment pour se diriger, sans conviction, vers la fenêtre. Elle colla le nez contre la froideur de la vitre. Le ciel était gris mais là, juste en face, la lumière solaire perçait le voile nuageux pour irradier les bâtiments d'une clarté safranée.

- Tu devrais sortir, ça fait presque une semaine que tu restes enfermée à ne rien faire, soupira sa mère d'une voix acide, je sais que tu es en vacances mais ce n'est pas bon de te cloîtrer.

L'adolescente grimaça avant de reculer le minois, abandonnant son état contemplatif à contre cœur. L'ambiance à la maison était sinistre, presque malsaine. La relation qu'elle entretenait avec sa mère se dégradait de jour en jour et ni l'une ni l'autre ne semblait disposée à faire quoi que ce soit pour entraver ce mouvement. Elle contourna la femme sans lui adresser un regard. Arrivée à la porte d'entrée, elle s'empara de sa veste et l'enfila avec hâte.

- Je sors, annonça-t-elle simplement.

Et elle sortit. C'était la fin du printemps et si le ciel était maussade la chaleur n'en était pas moins au rendez-vous, sans être pour autant excessive ni étouffante. Elle ne portait d'ailleurs sous son manteau qu'une petite robe de coton blanc, précieusement ornée de dentelle et de broderies. Elle s'élança à travers les rues du quartier résidentiel, la semelle de ses ballerines ivoirines claquant sur le sol à chacun de ses pas. Le coin était désert en ce milieu de matinée et finalement elle était plutôt contente de s'aérer. Mais elle n'allait pas tarder à le regretter amèrement...

- Snö ! Hey, Snö !

Ikeda Daiki. Implorante, elle leva les yeux au ciel ; qu'avait-elle fait pour mériter ça ? Elle s'arrêta net, l'entendant courir derrière pour la rattraper. Il était vain de fuir. Elle se retourna très lentement, n'étant en rien pressée de le voir mais totalement consciente qu'elle ne pouvait se dérober. Il s'immobilisa face à elle, déjà haletant. Elle le dévisagea machinalement, sans le moindre intérêt à son égard. Voisin et camarade de classe de Snö, Daiki était profondément épris d'elle depuis leur plus tendre enfance. Elle n'éprouvait pour lui qu'un puissant dégoût et elle avait beau lui avoir fait ressentir maintes fois celui-ci, elle n'était pas encore parvenue à se débarrasser de lui. Elle le salua d'un ton las, exaspérée. Lui était tout sourire. Il commença à la harceler de questions, d'invitations, de propositions ; déblatérant sa vie à coup de grands récits dont elle n'avait que faire. Désespérée, elle chercha une échappatoire, baladant le regard sur la rue vide.

Une silhouette égarée attira ses prunelles vert de mer, un jeune homme à l'allure fort singulière qui venait justement de s'engager dans l'allée. Un scénario insolent naquit aussitôt dans l'esprit irrité de Snö. Ses lèvres nacrées s'arrondirent pour pousser un petit cri de surprise :

- Oh !

Daiki s'interrompit, abasourdi. Un sourire faux ornait à présent le visage de l'adolescente. Elle se décala d'un pas vers la droite avant de se précipiter sur l'inconnu avec fougue. Elle le salua d'une voix assez élevée pour que l'autre, derrière, puisse l'entendre distinctement - car c'était le but, après tout :

- Te voilà enfin ! Tu es en retard, tu sais ! Ce n'est pas très gentil de me faire attendre comme ça...

Et sans hésiter une seconde, elle glissa les bras autour de son cou. Ce ne fut qu'après cet enlacement inconsidéré, alors que leurs corps étaient déjà en contact et que leurs parfums se mêlaient quasiment que la jeune fille daigna plonger ses iris dans les siens. Il avait des yeux d'une couleur bien inhabituelle, habités par un regard qui la fit tressaillir. Elle prit un air suppliant que lui seul pouvait voir, l'implorant silencieusement de prendre part à cette mascarade.

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Snö

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MessageSujet: Re: Mascarade [PV : Dark]   Mer 27 Fév - 20:55

Karakura. Un lieu qui aurait pu être riche en souvenirs pour lui s'il n'avait pas entièrement perdu la mémoire au cours des expériences qui avaient fait de lui un Quincy. Même de cela il ne gardait plus qu'une vision confuse, limitée aux dernières années passées en laboratoire. Tout ce qui s'était passé avant n'avait plus d'importance. C'était comme si cela n'avait jamais existé, sans aucun espoir d'un jour pouvoir les récupérer. Du moins était-ce ce qu'il préférait penser. Ainsi il ne serait pas déçu s'il devait apprendre que c'était bel et bien le cas. Ce n'était toutefois pas ce qui le préoccupait le plus à cet instant, cet honneur revenant à l'impudence dont Fou-Lu avait fait preuve à son égard. Envoyer son acolyte dans le monde des humains par la force n'était en effet pas la meilleure manière pour le mettre de bonne humeur et Dark entendait le lui faire regretter.

Le but de l'exercice était soi-disant de lui apprendre à générer un Garganta mais il n'en croyait pas un mot, doutant même que ceux de son « espèce » en soient capables. Aussi avait-il toutes les raisons de penser que cela n'avait d'autre raison que de se divertir en le mettant dans l'embarras – auquel cas le Shén Di aurait tout intérêt à être prêt à le recevoir quand il aurait enfin trouvé le chemin du retour. Qu'il n'égale pas encore son niveau ne voulait pas dire qu'il était dans l'incapacité de lui causer quelques frayeurs, et cet état de fureur que le futur Primera avait déclenché chez lui serait largement mis à profit. Non, un tel geste ne pouvait rester impuni. À défaut de lui apporter l'enseignement prévu au départ, cela s'était tout du moins révélé être un excellent exercice de contrôle de soi : jamais il n'avait eu tant de mal à tenir en laisse ses émissions de reiatsu.

Il pouvait laisser sa rage s'exprimer dans l'immensité du Hueco Mundo, mais ce n'était pas le cas ici. Le moindre débordement pouvait entraîner l'apparition d'une armée de Shinigami, et lui qui n'en avait jamais rencontré ne tenait nullement à ce que son premier contact se déroule dans ces conditions. Bien qu'il sache qu'il ne pouvait se permettre aucune erreur, il n'en avait pas pour autant plus de facilité à refréner les pulsions sanguinaires grâce auxquelles il était parvenu à semer la peur parmi les Hollows. Sortir enfin de l'ombre de Fou-Lu lui avait demandé nombre d'efforts, et ne plus pouvoir y laisser libre cours était extrêmement frustrant. À la vérité, il s'était rarement senti aussi instable, si bien qu'il en vint à se demander s'il n'avait pas développé une forme d'addiction à cet afflux d'énergie.

Déterminé à ne pas commettre d'impair et à réserver cette pression spirituelle superflue au Shén Di lorsqu'il serait en mesure de rentrer au bercail, il se fit violence pour la réduire au niveau minimal. Toutefois, il ne s'était, à son souvenir – dont la portée était relativement courte, il est vrai – jamais senti aussi instable. L'impression d'être une bombe à retardement que la moindre pichenette aurait pu faire exploser était horriblement persistante, et il ne s'imaginait pas s'en défaire sans faire appel à une autre de ses mauvaises manies. Aussi, c'est d'une main tremblante qu'il porta une cigarette à ses lèvres et fit crépiter entre ses doigts une étincelle de reiatsu avec la ferme intention de l'allumer. C'était néanmoins sans compter avec la parfaite inconnue qui choisit ce moment précis pour aller à sa rencontre.

La stupeur se lut dans son regard mais n'y demeura qu'un bref instant, vite remplacée par la crainte que tout explose autour de lui. Fort heureusement, il réussit à tempérer le flot de puissance, mais il s'en était fallu d'un cheveu que les immeubles environnants soient réduits en confettis. Raidi par la frayeur que venait de lui faire cette jeune femme, il s'efforça de se calmer malgré les sueurs froides qu'avait provoqué chez lui ce contact inopiné. En faisant abstraction du fait qu'elle avait manqué de causer la mort d'une bonne partie de la population, il devait bien avouer qu'elle était plutôt jolie et bien faite de sa personne. Si ce n'avait pas été le cas, sans doute aurait-il été moins enclin à excuser son geste et ce malgré les explications que sa mine contrite suffit à lui fournir. Avant qu'il n'ait pu la refouler, son regard fut attiré par la présence d'une entité spirituelle au sommet d'un bâtiment, non loin de là.

La probabilité que ce soit un Shinigami s'imposa immédiatement à son esprit, si bien que ses yeux se rivèrent sur l'adolescente plutôt que de partir à sa recherche. S'il se mettait à le fixer, l'émissaire de Soul Society saurait instantanément qu'il pouvait sentir les esprits. Et même si cela ne faisait pas nécessairement de lui le coupable de cette montée en flèche du reiatsu ambiant, il était fort possible que cela l'encourage à venir lui poser quelques questions. Ce qui ne manquerait pas d'entraîner une situation où commettre un faux pas ne lui serait que trop facile, surtout dans son état. Ainsi, il fit le nécessaire pour réduire son aura à néant et se concentra pleinement sur la jouvencelle qui semblait implorer son aide – sans doute pour se défaire d'un admirateur un peu trop collant en la personne du jeune homme d'à peu près son âge qui la suivait de près. À bien y réfléchir, c'était une occasion telle qu'il n'aurait pu en espérer.

Cela lui donnerait l'occasion de se fondre dans la masse sans qu'il éveille le moindre soupçon. Et puis, elle était tout sauf désagréable à regarder, sans compter le fait qu'il serait fou de se plaindre alors que la seule compagnie qu'il ait eue jusque là en restant auprès de Fou-Lu était exclusivement masculine ou peu s'en faut. Fréquenter une femme ne pouvait pas lui faire de mal, bien au contraire, et plus encore si elle pensait lui être redevable. De plus, cette nouvelle rencontre pouvait être pour lui l'opportunité de se calmer les nerfs, et ce serait lui rendre un fier service. Ce raisonnement qui lui avait traversé l'esprit à la vitesse de l'éclair acheva de le convaincre, si bien qu'il ne se priva pas de passer le bras de passer le bras autour de sa taille pour l'enlacer plus étroitement, feignant une nature possessive. Étrange expérience envers une personne qu'il n'avait jamais vue de sa vie. Mais c'est pour la bonne cause, ironisa-t-il en son for intérieur.
— Tu me connais, être à l'heure c'est pas mon truc mais je sais me faire pardonner. T'attends pas depuis trop longtemps j'espère ?
Si elle avait été un peu plus attentive, la demoiselle aurait pu s'apercevoir que le sol s'était craquelé sous ses pieds au moment où elle s'était jetée à son cou. Mais l'asphalte des environs était déjà en piteux état, qui se soucierait donc qu'elle soit mal entretenue à cet endroit précis ? Pour un individu non-initié, cela ne ressemblait à rien de plus qu'à de l'usure où à ce que pouvaient produire sans mal les lois de la nature. Comment aurait-elle pu imaginer que c'était de sa faute si la terre avait manqué de se dérober sous leurs pieds, ce dont elle n'avait même pas idée ? Ses pupilles violacées s'attardèrent sur le garçon qui l'avait accompagnée, lequel semblait ne savoir comment réagir. Cela ne fit que confirmer son hypothèse, aussi ne le lâcha-t-il pas des yeux alors qu'il posait la main sur la hanche de celle qu'il imaginait être sa petite amie pour la durée de cette comédie. À cette pensée, le souvenir d'Imari lui vint à l'esprit ; elle ne manquerait pas d'éclater de rire si elle le voyait ainsi. Malgré son apparente sympathie, le ton qu'il employait ne tolérait aucune contestation.
— Au fait, je sais pas qui t'es mais merci, c'est sympa de me l'avoir amenée. T'inquiète pas, je vais bien m'en occuper, tu peux nous laisser. T'as sans doute d'autres trucs à faire, pas vrai ?

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MessageSujet: Re: Mascarade [PV : Dark]   Dim 10 Mar - 14:18

- Oh que oui, tu sais très bien te faire pardonner...

Un sourire caressant illumina la frimousse de l'adolescente lorsqu'elle constata qu'il acceptait de jouer le jeu. Mais une fois l'euphorie des premiers instants passée, elle réalisa que c'était la première fois qu'elle se trouvait ainsi, volontairement captive des bras d'un garçon. Ses pommettes s'empourprèrent aussitôt et elle frémit lorsqu'il plaqua la main sur ses reins. La première étreinte amoureuse de son existence fut dénuée de sentiment, une simple imposture toutefois portée par une intense passion. La mauvaise.

Malheureusement, ni le somptueux spectacle d'amoureux transis qu'ils jouaient avec brio ni le ton ferme du jeune homme lui intimant de partir ne suffirent à faire déguerpir Daiki. Il était resté immobile, sidéré, bafouillant des propos incompréhensibles mais donc la teneur était aisée à deviner. Il ne les avait jamais vus ensembles -et pour cause- , il n'avait jamais imaginé qu'elle pouvait donner à un autre ce qu'elle lui avait toujours fermement refusé. C'était certainement un terrible choc pour lui... Le fruit était mûr, il fallait le cueillir. C'était une occasion en or de s'en débarrasser définitivement même si ça impliquait de lui briser le cœur.

Elle resserra l'étau de ses bras autour du cou de l'inconnu. En à peine un instant, ses lèvres sucrées se trouvèrent écrasées contre les siennes dans un baiser langoureux ; leurs corps se heurtèrent mollement tandis qu'elle se pressait contre lui de toutes ses forces. Elle prolongea l'embrassade aussi longtemps qu'il lui parut nécessaire pour faire croire qu'un amour brûlant les liait l'un à l'autre. Durant ces quelques secondes, elle éprouva une ardeur, elle ressentit une fièvre dont elle se serait bien passée. Elle fit abstraction de ce saisissement aussi soudain qu'inopportun. A peine retira-t-elle la bouche qu'elle entendit des bruits de pas, fébriles, s'éloigner d'eux. Daiki fuyait enfin, probablement pour aller verser des larmes à l'abri des regards.

Ils se retrouvèrent seuls, face à face, toujours enlacés. Le cœur de Snö palpitait encore follement. Etait-ce simplement dû à la félicité de la victoire et à l'incongruité de la situation ? Ou bien était-ce parce qu'elle se sentait subitement attirée par lui et que le baiser l'avait chamboulée comme elle ne l'aurait jamais imaginé ? Elle se mordilla la lèvre inférieure avec anxiété avant de retirer délicatement les mains de la nuque du jeune homme, les glissant sur ses épaules en un mouvement coulant et plein de douceur.

- Merci, haleta-t-elle de sa voix vibrante, je te dois une fière chandelle.

Les doigts effilés de Snö lâchèrent prise et elle le dépouilla définitivement de l'emprise veloutée de ses mains. Précautionneusement, l'étreinte se défaisait et les liens se dénouaient, avec une telle délicatesse que le processus paraissait parfaitement fluide, naturel. Aucune brisure, nulle rupture. Depuis le début, elle ne l'avait pas quitté des yeux.

- Je peux faire quelque chose pour te remercier, peut-être ? demanda-t-elle d'un ton innocent tout en le dévorant d'un regard ambigu avant de préciser, t'offrir un café ou une glace, par exemple ?


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Snö

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MessageSujet: Re: Mascarade [PV : Dark]   Jeu 14 Mar - 7:07

De toute évidence, elle savait s'adapter. À en croire son sourire madré, elle n'en était sûrement pas à son coup d'essai. En revanche, même s'il pouvait s'y montrer particulièrement doué Dark n'avait jamais eu goût à masquer la vérité. Il était donc dans son intérêt que ce petit jeu n'ait pas à se prolonger. Désireux de ne laisser aucune place au doute, il approcha les lèvres de son oreille pour feindre la confidence tout en s'arrangeant pour que la cinquième roue du carrosse puisse l'entendre. Ainsi pouvait-on espérer que le message finisse par passer...
— C'est pas l'endroit pour en parler, y'a des gens que ça risquerait de choquer...
Fort heureusement, entre eux ce serait donnant-donnant. Il avait répondu positivement à son appel à l'aide, c'était maintenant à elle d'en faire de même. Il ne fut pas déçu du résultat – cela n'arrangerait assurément pas le jeune homme qui ne la lâchait pas du regard mais celui-ci et ses états d'âmes étaient le cadet de ses soucis. Son cœur aurait de toute façon été brisé, un peu plus ou un peu moins n'y changerait rien. De plus, enfoncer le clou aurait probablement le mérite de le faire déguerpir d'autant plus vite, et le Quincy ne pourrait que s'en réjouir. Cela ne devait pas durer ou il risquait fort bien de n'avoir besoin de l'aide de personne pour finir par se démasquer. La voir rougir l'étonna néanmoins. Après l'avoir vue jouer pareille comédie il ne se serait guère attendu à ce qu'elle s'avère si ingénue.

S'il fut surpris, il prit néanmoins soin de n'en rien montrer. Ce serait risquer d'être suspecté. Sa seule réaction fut de serrer les dents en constatant que cela n'avait pas suffi à le rendre à son isolement. Le gêneur était toujours là, si bien qu'il regretta de ne pouvoir le faire voler en éclats. C'aurait été tellement plus simple. Les lois du Hueco Mundo étaient gravés au fer rouge dans sa mémoire, si bien qu'il lui était difficile de renouer avec le monde civilisé. Là où il l'aurait d'ordinaire défiguré pour n'avoir voulu cesser de le déranger, il ne pouvait ici que patienter. Tout au plus pourrait-il faire preuve d'hostilité s'il s'obstinait à rester dans les parages, mais là encore il lui faudrait espérer n'avoir pas à se faire remarquer pour que cela puisse fonctionner. Cela ne lui sembla pas être une si mauvaise idée, et il était sur le point de l'appliquer...

Il n'eut toutefois pas le temps d'ouvrir la bouche que celles de l'inconnue vinrent s'y plaquer. Il se figea sur place et demeura sans réaction pendant un temps indéterminé. Bien qu'il n'ait pas le moindre souvenir du passé, ce n'était à coup sûr pas la première fois que cela devait arriver – il se demanda même si Imari ne lui avait pas imposé un traitement identique autrefois. Mais il ne s'y attendait pas. S'il ne voyait aucun problème à l'enlacer et même plus s'il était question de prouver leur authenticité, il n'avait nullement prévu ce baiser. Par chance, il fut si bien pris au dépourvu qu'il lui fallut un moment avant d'être en état de la repousser – un délai suffisant pour que celui qui ne serait jamais plus qu'un ami puisse s'éclipser. Plus par réflexe qu'à cause d'un éventuel dégoût, il s'essuya les lèvres d'un revers de la main.
— J'ai une gueule à manger des glaces ? badina-t-il soudain.
Il n'avait nullement l'intention de l'agresser mais ne pouvait rester plus longtemps de marbre à l'entendre proférer de telles absurdités. C'était aussi et surtout que la pression pesant sur ses épaules venait enfin d'être relâchée, et qu'il n'avait nul autre moyen de l'exprimer. Alors qu'elle reprenait son souffle, ce dont il n'avait pour sa part pas eu besoin, il avait eu tout le temps de constater que le Shinigami s'en était allé. Le soulagement éprouvé fut si vif qu'il n'avait su tout de suite comment se décontracter. Un léger sourire fendit ses lèvres à l'idée qu'il lui était passé sous le nez avec tant de facilité. Ce n'est qu'alors qu'il recouvrit toute sa lucidité puis se rendit compte de sa trivialité. Cependant, maintenant qu'il y voyait plus clair, une autre chose restait à faire.
— Ouais, ouais... Y'a pas de quoi.
Une courte pause fut marquée avant qu'il finisse par se décider.
— Si tu tiens à me remercier, j'ai une question à te poser... Est-ce que tu peux voir ça ?
Une sphère de reiatsu grosse comme le poing s'éleva au-dessus de la paume de sa main. Il ne tarda pas à l'éteindre une fois certain qu'elle ait eu tout le temps de la fixer pour peu qu'elle ait cette possibilité. Même si le Shinigami était parti, il n'était pas dit qu'il ne soit pas encore dans les parages, aussi devait-il éviter de laisser sa pression spirituelle trop longtemps en activité. Il voulait savoir si elle avait accouru vers lui par hasard ou si elle aussi avait senti quelque chose émanant de lui. Son allure peu banale était certes suffisante pour attirer l'attention mais mieux valait en avoir le cœur net. Car si même elle avait pu en ressentir l'émission, ce serait qu'il lui restait des progrès à faire en la matière. Ce moment passé, il se rendit compte que son visage s'était lui aussi légèrement empourpré. Son cœur n'en finissait plus de cogner.

Non, ce n'était pas si désagréable en fin de compte, et puis il n'en aurait plus de sitôt l'occasion. Peut-être devrait-il mieux prendre le fait que la demoiselle l'ait trouvé assez séduisant pour pousser si loin la comédie. Tout du moins souhaitait-il pour sa part encore profiter de sa compagnie, notamment parce qu'elle ne pouvait que connaître cette ville mieux que lui. Procéder à cette vérification avant de lui demander son chemin n'était rien de plus qu'une simple précaution. Guettant sa réaction, il n'eut guère de mal à voir qu'il était avant même cette démonstration au centre de toute son attention. N'ayant pas vu une femme depuis sa venue au Hueco Mundo, il eut été fort en peine de se montrer perspicace vis-à-vis du point auquel son charme pouvait se montrer efficace. Arquant un sourcil, il ne put s'empêcher de demander ce qui lui valait de tant s'y attarder.
— Pourquoi tu me regardes comme ça ? fit-il innocemment.

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MessageSujet: Re: Mascarade [PV : Dark]   Ven 15 Mar - 13:34

- Voir quoi ? mentit-elle avec une admirable audace tandis que ses prunelles restaient plongées dans celles de son interlocuteur.

Vit-il la sphère se refléter dans les yeux clairs de Snö, unique indice trahissant le mensonge proféré par la jeune femme ? Elle avait pris soin de faire mine de chercher des yeux ce qu'il lui montrait, ne s'attardant guère sur la main concernée. Cela avait-il suffi à faire illusion ? Elle avait promis plusieurs années auparavant de ne jamais rien avouer au sujet de ses dons. Tout ce qui n'était pas normal devait être ignoré. Elle s'était fait un devoir de suivre cette recommandation même si, jusqu'à ce jour, peu d'occasions s'étaient présentées. Elle avait réagi avec tant de sang-froid qu'elle n'en revenait pas elle-même. La tournure que les évènements avaient prise était pour le moins inattendue : elle était confuse. Sur son minois, le désarroi qu'elle éprouvait s’entremêla entièrement à son trouble précédent, si bien que même un observateur attentif n'aurait pu y lire quelque chose de suspect.

Afin d'entériner définitivement son mensonge, elle laissa un sourire désarmant froncer ses lèvres avant de se décider à changer de sujet de conversation. Elle sauta sur la dernière question qu'il lui avait posée pour achever de détourner son attention de cette histoire de sphère qu'elle n'était pas censée voir :

- Je te regarde comme ça parce que je me dis que c'est quand même triste d'avoir échangé le premier baiser de ma vie avec quelqu'un qui croit qu'il y a une "gueule à manger des glaces".

Un air malicieux se peignit sur son visage, expédiant au passage les dernières traces du malaise qui en marquait les traits.

- Je suis sûre que tu n'as pas mangé de glace depuis des lustres, dit-elle d'une voix suave avant de le mettre au défi, alors arrête de faire genre et viens avec moi ! On verra bien s'il y a besoin d'avoir une tête spéciale pour aimer les glaces !

Exagérait-elle un peu ? Probablement. Mais elle n'était pas de ceux qui se cloîtrent dans l'idée étroite et rigide d'une dette à payer. Elle ne se sentait pas vraiment redevable à son égard : sans qu'il le sache et sans qu'il l'ait demandé, elle lui avait déjà donné beaucoup. Il lui paraissait presque captif de son rôle de mauvais garçon et elle éprouvait pour lui un étrange mélange d'attirance, de pitié et d'effroi. Bien qu'il ne fût certainement pas la personne à fréquenter, à cause de cette éphémère anormalité dans la paume de sa main, elle éprouvait le besoin de continuer un peu avec lui. Pour une fois, sa sortie n'aurait pas été vaine.

- Alors, tu viens ? demanda-t-elle avec impatience tout en lui attrapant le poignet pour l'entraîner derrière elle.

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MessageSujet: Re: Mascarade [PV : Dark]   Sam 23 Mar - 7:02

De toute évidence, elle n'avait aucune idée de ce qu'il venait de lui montrer. Ce n'était pas plus mal, et réduirait d'autant les risques qu'elle fasse un scandale. Contenir son reiatsu à un degré proche de zéro était extrêmement pénible pour lui qui en possédait une quantité extravagante, en plus de n'y être aucunement habitué. Lorsqu'il se déplaçait aux confins du Yermo, il avait au contraire tendance à le laisser exploser, comme une perpétuelle bravade à toutes les formes de vie susceptibles de le peupler. Cela en faisait un appât ambulant, et que demander de mieux si l'on est avide de sang ? Non pas qu'il prenne plaisir à tuer, le meurtre ne lui procurait que peu d'intérêt et plus encore quand les cibles n'en valaient pas la peine. Mais c'était l'unique option pour renforcer ces pouvoirs qu'il devait encore apprendre à connaître. Il n'avait point fini de les explorer et ne demandait pas mieux que d'en comprendre la portée.

Faute d'exemple, il n'avait d'autre possibilité que d'avancer les yeux fermés, sans se douter de ce qui l'attendrait au bout du chemin. Nul doute en tout cas qu'il devait bien y avoir une fin... Néanmoins sceptique, pour être méfiant de nature, Dark la dévisagea un long moment avant d'enfin accepter l'idée qu'elle n'ait nullement pu la distinguer. Le Quincy devait tout simplement être trop anxieux. C'était après tout la première fois qu'il revenait dans le monde des humains, après tant d'années. S'en défier n'était-il pas alors le comble de la normalité ? Qui plus que lui aurait des raisons de rester sur le qui-vive après ce qu'il y avait vécu ? Ne pouvant se douter de ce qu'il était advenu de ses geôliers, il ne pouvait que s'attendre à ce qu'ils tentent de venir le reprendre. Peine perdue, pensait-il, mais à condition bien sûr de les voir venir.

Et ce n'était pas gagné. Ce qui devait expliquer sa crainte de tomber sur un humain à pouvoir, étant au fait de l'existence de ces derniers sans en avoir jamais rencontré. Ne point savoir sous quelle forme ils pouvaient se présenter, n'ayant aucune idée la puissance qu'ils pouvaient déployer, il n'en était que plus fébrile. À la vérité, qu'elle n'ait pu la discerner éveillait en lui un sentiment partagé. Il était certes soulagé qu'elle n'en fasse pas partie et n'ait dès lors pu venir le piéger, mais aurait voulu y être confronté – au moins aurait-il su à quoi s'en tenir, au moins les doutes auraient-ils cessé de le tenailler. Son attention se porta sur la cigarette qu'il avait laissé tomber lorsqu'elle s'était jetée dans ses droits, l'air absent. Il ne sortit de ses pensées que pour s'entendre dire qu'elle déplorait cette façon de penser. Dark arqua un sourcil avant de rétorquer.
— Bon, bah au moins ça m'évite d'avoir à te demander si ça te prend souvent de rouler des pelles à des types que tu connais pas. Ça t'est venu sur le moment ou t'as juste des fantasmes tordus ?
Après cet aveu, il lui était difficile d'en arriver à une autre conclusion. Si pénible qu'ait pu être son « poursuivant », valait-il vraiment la peine de sacrifier son premier baiser, même si c'était pour enfin avoir la paix ? D'un autre côté, il n'était pas le mieux placé pour en juger – car s'il y avait déjà eu droit, il lui était impossible de s'en rappeler. Toutefois, elle n'avait nul besoin de le savoir et il n'entendait pas lui en faire part. Si avenante soit-elle, ce n'était qu'une inconnue, et toutes les glaces qu'elle se proposerait de lui payer n'y pourrait rien changer. De plus le côté provocateur qu'elle manifestait – qui n'était pas sans rappeler le sien, bien qu'en plus innocent, sans qu'il ne veuille se l'avouer – ne l'incitait pas à trop en dire de peur que cela finisse par se retourner contre lui, d'une manière ou d'une autre.
— C'est rien de le dire. répondit-il sans se rendre compte de rien. Enfin, si y'avait que ça...
Il n'en dit pas plus cependant, regrettant déjà le peu qu'il avait marmonné avant d'avoir pu le réaliser. Mais cette spontanéité pouvait aussi bien être un moyen de détourner ses pensées du frisson qui lui avait dévalé le dos lorsqu'il avait cru l'entendre prendre une voix suave. La suite de son discours se fit cependant sur une note plus légère, l'enjoignant à penser que ce n'était que le fruit de son imagination. Son regard pesa sur elle un long moment, similaire à une épée de Damoclès prête à s'abattre à chaque instant. Qui était-elle en vérité ? Il n'arrivait point à se convaincre que ce ne soit qu'un hasard s'il l'avait rencontrée.

La pensée le traversa également que leurs chevelures en terme de discrétion n'avaient rien à s'envier, mais peut-être était-ce là le meilleur moyen de se dissimuler. Chaque fibre de son corps se tendit quand elle s'empara de son bras, réflexe conditionné par des mois entiers passés à lutter. Des lunes entières passées à tout faire pour ne pas être tué. Il s'en faillit de peu que ses réflexes surhumains ne prennent le pas sur la raison mais il finit par se détendre, contenant admirablement sa pression spirituelle pourtant au bord de l'ébullition. Oui, peut-être avait-il besoin de se détendre après tout, et son aspect nivéen ne pouvait que l'y aider. Puisse-t-il ne pas s'être trompé...
— Mais dis-moi, t'es plutôt chaleureuse vu ton allure de reine des glaces. Ce surnom avait plus trait à son apparence peu commune qu'à la proposition qu'elle venait de lui faire, mais libre à elle de l'interpréter à sa convenance. Okay, c'est bon, ça va, t'as gagné. Où est-ce que tu veux aller ? soupira-t-il finalement.

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MessageSujet: Re: Mascarade [PV : Dark]   Sam 30 Mar - 22:38

- Tu verras bien.

Un brin d’amusement perçait dans le ton enjôleur de sa voix. Elle relâcha l’étreinte que ses doigts fins exerçaient sur le poignet qu’ils séquestraient jalousement. Au passage, se tournant de trois-quarts dans sa direction, elle lui décocha un regard encourageant. Puis elle s’élança sur le trottoir, l’emmenant à travers les rues du quartier vers un parc qu’elle connaissait bien et dont elle adorait le glacier.

- Au fait, ça m’est venu sur le moment. Ce n’est pas le résultat d’un fantasme tordu. Tu as trouvé ça déplaisant ?

Elle évita de tourner le visage vers lui, craignant qu’il ne voie à quel point ses joues s’étaient enflammées. Elle était trop fière et trop méfiante pour lui avouer clairement qu’elle était attirée par lui. Elle confessa tout de même :

- Moi non, je ne regrette pas d’avoir cédé à cette impulsion…

Elle aurait voulu le questionner sur sa nature exacte mais cela impliquait de faire des aveux auxquels elle n’était pas prête… Et puis, comment réagirait-il en apprenant qu’elle lui avait menti ? Aussi resta-t-elle silencieuse pour le reste du trajet. Ils arrivèrent aux grilles grandes ouvertes du parc qu’ils franchirent rapidement avant d’atteindre l’élégant chariot du marchand de glaces, trônant entre deux massifs de fleurs.

- C’est mon glacier préféré, lui confia-t-elle, choisis ce que tu veux et ensuite nous irons marcher dans le parc.

Elle prit une glace à la pistache. Après avoir payé, elle l’entraîna d’allée en allée sans lui laisser le moindre répit, jusqu’au cœur d’un bosquet isolé et désert. Là, elle le fit s’asseoir sur un banc et s’installa à côté de lui. Elle tourna le minois vers lui. Sa langue rose glissa sur la froide sphère de jade sucré, se délectant du goût de celle-ci. Elle fit cela avec une insolente volupté qui frôlait l’érotisme.

- Alors, c’est comment ?

Elle se lécha les babines avant d’en revenir à la glace, la dégustant avec gourmandise. Elle glissa un regard en coin dans sa direction, curieuse de voir comment il réagissait face à tout cela. Elle l’avait embarqué sans lui laisser le choix et sans se préoccuper de ce qu’il voulait. Impitoyable créature. Elle redressa le museau pour lui demander finalement :

- Dis-moi bad boy… Tout à l’heure, tu avais l’air vraiment perdu. Tu n’es pas d’ici ? Tu cherches quelque chose peut-être ? Un endroit ? Quelqu’un ?

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Snö

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MessageSujet: Re: Mascarade [PV : Dark]   Ven 12 Avr - 5:28

J'espère juste pour toi que ça se limite aux baisers. dit-il en haussant les épaules.

* * *

Détruire tout ce qui lui passait sous la main, il savait faire. Remodeler le paysage, rien de plus simple. Triompher des pires adversaires, un jeu d'enfant. Semer la terreur n'avait aucun secret pour lui. Tout portait à croire qu'il était invincible. Rien ne semblait pouvoir le couper dans son élan. Aucun obstacle n'était assez grand ou assez solide pour lui barrer la route. C'est pourtant une humaine parmi tant d'autres qui venait de trouver son point faible. Car face à une simple glace, même Dark Ezeckiel le grand était impuissant. C'est du moins le cinéma qui venait de se dérouler dans sa tête alors qu'elle l'emmenait s'asseoir sur un banc. Comment en était-il arrivé là, lui, le fléau du Hueco Mundo, le prince de la destruction ?

Et bien, la réponse était tout ce qu'il y a de plus simple : voyant qu'il n'arrivait pas à se décider – ce qui n'était guère étonnant puisqu'il n'y connaissait rien – le vendeur lui avait proposé la vanille par défaut. Alors pris par surprise, il avait accepté. Fin de l'histoire. C'était comme ça qu'il s'était retrouvé avec un cône de glace entre les mains sans trop savoir quoi en faire puisqu'il ne se souvenait pas en avoir un jour goûté, tout compte fait. Il savait ce que c'était sans aucun doute possible, mais n'en avait retenu que le principe. Sa saveur même lui était inconnue, quel que soit le parfum qu'on aurait pu lui proposer. C'était ça, de n'avoir rien retenu du monde des humains. Et s'il le vivait parfaitement bien, perdu dans son désert de sable blanc, ici c'était autre chose.

Pour ne pas passer pour plus bête qu'il ne l'était – même s'il ne se considérait pas comme une lumière lui non plus, sans aller trop loin – il entreprit de se mettre à manger. Ça, au moins, il savait faire, même si les mets proposés là d'où il vient n'avaient certainement pas grand chose à voir avec ce qu'il pourrait trouver ici. Il verrait bien. Une goutte sucrée s'écrasa sur son index alors qu'il se perdait dans ces absurdes réflexions, lui faisant savoir qu'elles n'avaient que trop duré. Ne s'y attendant pas, il manqua de tressaillir mais s'en retint à la dernière minute lorsqu'il se souvint qu'il était à côté d'elle. Ne pas éveiller les soupçons, c'est quand même pas bien compliqué. Quelque peu paniqué, il se rentra dans le crâne qu'il n'avait plus le temps de réfléchir et se lança au feeling.

Grand mal lui en prit : y planter les dents n'était de toute évidence pas une excellente idée. Le froid mordant qui remonta le long de ses incisives jusqu'à son palais eut tôt fait de le lui faire comprendre. Déstabilisé par cet échec cuisant – et paradoxal – il eut le réflexe d'autant plus saugrenu de l'engloutir d'une seule traite. Et s'il prit le temps de la savourer, sa fraîcheur glacée lui signifia en l'espace de quelques secondes qu'il n'avait pas là non plus été très bien inspiré. En désespoir de cause, il dut se résoudre à l'avaler. Et il le regretta amèrement. Car si jusque là il la trouvait trop froide, ce n'était rien à côté de ce qu'il éprouva quand elle prit enfin le chemin de son tube digestif. Le Quincy n'aurait su dire si le plus pénible était de supporter la sensation de geler de l'intérieur ou de ne pas faire la grimace.

Euh... Froid ? hasarda-t-il, heureux qu'elle n'ait pas assisté au massacre.

La réponse vint d'elle-même quand, ravi de ne plus être aux prises avec sa glace, il s'enquit de ce qu'elle faisait de la sienne. Il lui sembla faire plus chaud, tout à coup, bien qu'il ne puisse au passage s'empêcher de noter que la couleur du parfum choisi par la jeune fille n'était pas des plus appétissants. Il déglutit difficilement et s'efforça de reprendre, ce qui ne lui fut guère aisé alors que cet aliment du diable – il y a de la glace en enfer ? - qu'il venait d'avaler continuait son petit bonhomme de chemin le long de son corps. Par chance, le spectacle qu'elle lui offrait bien malgré elle (?) lui fit rapidement oublier tous ses déboires. Quand elle releva la tête, Dark s'empressa de détourner le regard, ne voulant pas qu'elle sache qu'il était en train de l'épier.

Raté, d'ailleurs, compte tenu du mal qu'il avait à paraître naturel. C'était idiot, car il ne faisait rien de mal, et il s'en fustigea mentalement aussitôt après. Il n'eut pas le temps de le faire en détails cependant, considérant la question qui suivit. Sa mine jusque là proche de celle de tout adolescent pris en flagrant délit s'assombrit imperceptiblement. Son regard se perdit au milieu de quelque relief brumeux du fin fond de sa mémoire naufragée, éventrée et vidée de tout son contenu contre un iceberg nommé destin. Passé ce moment d'égarement, c'est sur le biscuit qui lui était resté en main que ses pupilles tombèrent lourdement. Le voir fixer ce comestible avec une telle intensité lui donnait un air particulièrement décalé, mais il était visiblement trop perdu dans ses pensées pour le remarquer.

Un peu tout ça à la fois... Dis-moi, toi qui as l'air de bien connaître l'endroit, tu saurais pas où je pourrais trouver un laboratoire abandonné ou quelque chose comme ça ?

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MessageSujet: Re: Mascarade [PV : Dark]   Dim 21 Avr - 1:37

- Oh mais, tu as déjà fini ta glace ! Peut-être que c’est froid mais tu as l’air d’avoir aimé ça, hm ?

Elle se mit à le regarder d’un air ravi comme si elle savourait là une immense victoire. Il paraissait avoir avidement dévoré la glace, laissant uniquement le cornet. Il fixait à présent celui-ci d’un œil étrange. En dépit de l’air singulier qui planait sur le visage du jeune homme, elle fut convaincue qu’il avait en effet fini sa crème glacée si rapidement parce qu’il l’avait adorée.

- Tiens, je te laisse finir la mienne.

Le bourreau angélique lui imposa sa propre glace, lui vissant quasiment celle-ci dans la main. Elle en profita pour lui piquer son cornet vide, se mettant aussitôt à le grignoter avec gourmandise. Après lui avoir imposé ce dernier supplice involontaire, elle se décida enfin à lui venir en aide.

- Un laboratoire abandonné ? Laisse-moi réfléchir…

Continuant de faire croustiller la gaufrette sous ses dents, Snö plongea dans ses pensées. Elle fouina dans sa mémoire, parcourant la carte mentale des souvenirs qu’elle avait à Karakura. Les traits indécis d’un bâtiment délabré lui revinrent à l’esprit.

- Il y a bien le vieux laboratoire en ruines mais c’est dans un sale état. C’est assez loin d’ici par contre.

Elle l’observa d’un œil interrogateur. Il semblait prendre la chose à cœur. Etait-ce la raison de sa venue en cette ville ? Cela avait-il un rapport avec la manifestation surnaturelle précédente ?

- Tu veux que je t’emmène voir ? On peut y aller en bus, ça ira plus vite. Comme je suis très gentille, je te paie ton ticket. De toute façon je suppose que tu n’as pas un sou sur toi, hm ?

Un petit sourire fronça les lèvres de la jeune femme, tendre et amusé à la fois. Elle se releva, l’invitant d’un regard à suivre le même mouvement. Elle l’entraîna jusqu’à un arrêt de bus à la sortie du parc dans lequel elle rechercha rapidement quelle était la ligne à prendre pour se rendre au plus vite dans le quartier où se trouvait le laboratoire. Ils attendirent une dizaine de minutes avant que le bus n’arrive. Ils y montèrent ensembles. Comme promis, elle lui paya son ticket. Ils s’installèrent côte à côte. Elle mit quelques temps avant d’oser poser la question qui la persécutait depuis de longs instants :

- Je peux savoir pourquoi tu veux aller là-bas ?

Elle regarda le paysage urbain défiler. L’arrêt voulu était le terminus du bus, le trajet fut plutôt long. Le bus s’arrêta enfin. Ils se levèrent puis descendirent. En cette périphérie de Karakura, les bâtisses industrielles étaient grisâtres, charbonneuses et tristes.

- Il faut marcher un peu maintenant.

Traversant ce quartier morose, elle le mena jusqu’au laboratoire désaffecté. Ils se dressaient tous deux face à cet édifice délabré, branlant, dévasté.

- Voilà… C’est ici, fit-elle tout en l’observant avec curiosité.

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MessageSujet: Re: Mascarade [PV : Dark]   Ven 3 Mai - 9:25

On peut dire ça. se contenta-t-il de dire en détournant le regard pour dissimuler tout air fautif.

Ce n'était pas que ça ne lui plaisait pas, c'était plutôt qu'il n'avait pas eu le temps de savoir si ça lui plaisait. Nuance. Le principal était que ça soit terminé maintenant. On ne l'y reprendrait pas deux fois, ça non ! Et alors même qu'il s'en faisait la promesse au fond de son esprit, elle crut bon de lui offrir la sienne en pensant lui faire plaisir. Loin d'imaginer qu'elle serait capable malgré elle d'une telle cruauté, il étouffa un juron tout en s'efforçant de le rattraper au vol - perdu dans ses pensées, il l'avait laissé échapper. Ne se voyant pas subir le même calvaire une deuxième fois, il attendit qu'elle eut le dos tourné pour exposer cet instrument du diable à une brève effusion de pression spirituelle, invisible à l'oeil nu même pour lui. Résultat garanti : il n'en restait aucune trace la seconde d'après. Se félicitant d'avoir échappé à cette deuxième séance de torture sans trop le montrer, il se tourna vers elle et fit comme si de rien n'était.

Il savait bien qu'un jour, le fait d'être doué pour pulvériser les choses lui serait d'un grand secours. Se passant le pouce sur les lèvres pour en chasser les dernières miettes – il avait pris la peine d'en semer quelques-unes pour parfaire sa comédie – il lui laissa tout le temps dont elle avait besoin pour réfléchir. L'impatience le rongeait mais il s'efforça de n'en rien montrer. Manifester trop d'empressement aurait paru suspect, et qu'elle se mette à l'interroger à ce sujet était bien la dernière chose dont il ait besoin. Sans s'en rendre compte, il se mit à agiter les jambes dans le vide à la manière d'un enfant. Peut-être fallait-il y voir une réminiscence de la dernière fois où il avait touché à un cornet de glace. Ou peut-être cela pouvait-il s'expliquer par le fait qu'il soit tout simplement rester un grand enfant. Lorsqu'il s'en aperçut, il arrêta immédiatement et risqua un regard honteux dans sa direction. Mais qu'est-ce que je branle ?

L'avait-elle vu faire ?

Il n'avait pas de raison de se soucier de l'image qu'il laisserait dans ce monde, ne comptant pas s'y attarder, mais il n'avait pas échappé à l'humiliation précédente pour mieux sauter dans celle-ci à pieds joints – c'était le cas de le dire. Se raclant la gorge, il ouvrit la bouche tout en réfléchissant à quelque chose à lui dire pour faire diversion. Elle ne lui en laissa toutefois pas le temps, étant visiblement arrivée au terme de ses réflexions. À peine avait-il élaboré quelque chose ressemblant à un fluet « dis-moi, est-ce que... » qu'elle l'interrompit – et ce à son grand soulagement – pour lui communiquer le résultat de ses investigations. Sa réponse aurait pu le satisfaire. Oui, aurait pu, s'il n'y avait eu le terme « en ruines » pour ternir son humeur. Plutôt que de sauter aux conclusions, il préféra se dire qu'elle exagérait quelque peu la réalité et qu'il y aurait bien quelque chose là-bas qui soit susceptible de l'aider.

C'est pas un problème. Dis-moi où c'est s'il te plait.

Fini de rire. L'insouciance qui le caractérisait avait déserté ses traits.

Lorsqu'elle lui fit part du fait que c'était assez loin, le Quincy se mit immédiatement à calculer mentalement la superficie de Karakura et le nombre de Hirenkyaku qu'il lui faudrait pour la traverser d'un bout à l'autre afin d'évaluer les risques qu'il aurait de se faire repérer. Elle coupa court à ses réflexions en lui proposant de lui payer un ticket de bus. Ah ouais, c'est comme ça qu'ils font les gens normaux ! Qu'elle l'ait interrompu dans ses calculs était une bonne chose, il n'avait jamais eu l'esprit mathématique et aurait sans doute fini par souffrir d'un atroce mal de crâne si on l'avait laissé faire. Son plus gros problème était qu'il avait trop souvent tendance à se laisser emporter. Un peu plus et il s'élançait dans les airs sans réfléchir, pourquoi pas avec elle sur le dos – il fallait bien quelqu'un pour le guider, pas vrai ?

Se rendant compte qu'il avait échappé de peu à des problèmes autrement plus sérieux, il retourna ses poches d'un air coupable – lesquelles étaient effectivement vides. Si elles ne l'étaient pas autant, comment ferait-il pour y ranger ses mains à longueur de temps ? Voilà qui devrait constituer une réponse suffisante, pensa-t-il, acceptant son aide en balbutiant un léger remerciement. Pourquoi l'aidait-elle autant ? Qu'attendait-elle en retour ? Il ne pouvait que lui souhaiter qu'elle n'ait pas dans l'idée d'en apprendre plus, auquel cas elle risquait d'être déçue – et lui aussi, aussi préféra-t-il ne pas trop y penser. Ainsi s'embarquèrent-ils en direction de la périphérie de Karakura, sans qu'il en sache beaucoup plus à ce propos. En temps normal, il lui aurait sans doute posé directement la question mais il avait d'autres choses en tête et préférait ne pas s'en écarter.

Hein ?

Depuis le départ du bus, il n'avait cessé de regarder par la fenêtre, fixant sans le voir le défilé du paysage. De nombreuses questions flottaient dans les méandres de son esprit sans jamais obtenir de réponse et il s'efforçait d'y mettre un peu d'ordre avant le moment fatidique. Quoi qu'il puisse trouver là-bas, il devait y être préparé. En ce sens, qu'il ait été forcé de l'emmener n'était pas pour le rassurer. Ce n'était pas parce que l'endroit était désaffecté que cela voulait nécessairement dire qu'il était sécurisé. Au vu des expériences qui y avaient été menées, Dark préférait s'attendre au pire en se disant qu'il n'était pas impossible que ceux qui comme lui en avaient été des cobayes rôdent encore dans les environs. L'image qu'il s'en faisait n'était pas très flatteuse, approchant sans le savoir de ce que les humains désignaient comme la créature de Frankenstein ou autre dérivé du même acabit. C'était là qu'il en était de son raisonnement quand elle l'arracha à sa torpeur, lui faisant tourner la tête vers elle si promptement qu'il s'en fit mal à la nuque.

Oh... Pour rien.

Pas crédible une seule seconde. « On m'en a parlé, je voulais le visiter » était le second choix qui lui soit venu à l'esprit, mais trop tard. Elle ne se satisferait sans doute pas d'une réponse si frugale, mais il n'avait pas l'intention d'en dire plus. Pas avant de savoir ce qu'il y a là-bas. S'il y trouvait effectivement quelque chose qui soit en mesure de le raccrocher à son passé il serait toujours temps de lui faire un cours accéléré. Afin de détourner son attention de cette réplique qui serait sans doute loin de la rassasier, il posa sa main sur la sienne et la laissa en disposer, se tournant à nouveau vers la fenêtre et ce monde extérieur qu'il ne connaissait que trop peu. Il y avait pourtant grandi, mais il ne reconnaissait rien. Tout lui semblait étranger au plus haut point, dans les moindres recoins. Les couleurs elles-même lui semblaient irréelles, à force de vivre dans un monde en noir et blanc.

Perdu dans ses pensées, il faillit s'écraser le nez contre la vitre quand le véhicule freina « un peu » brusquement une fois arrivé à destination. Mais il parvint à contrebalancer son propre poids, de telle sorte qu'il tomba sur elle, tête contre tête, épaule contre épaule. Un geste qui pour lui ne signifiait rien mais ne serait pas sans semer le doute chez la jeune fille, était-on en droit de penser. Lorsqu'elle fit mine de se redresser, il se leva d'un bond, plus raide dans ses mouvements qu'il ne l'aurait souhaité. L'on ressentait trop clairement son empressement, et il s'en fustigea mentalement. C'était le meilleur moyen d'attirer l'attention, et il ne se voyait pas échouer si près du but. Se fustigeant mentalement, il se laissa néanmoins entraîner, le coeur battant à l'idée de renouer avec le passé. Sans qu'il n'ose l'avouer, il tenait à retrouver ce qui lui avait été volé. À récupérer cette partie de lui qu'on lui avait arrachée.

Quelle déception ce fut.

Dis-moi que tu t'es plantée. ne put-il s'empêcher de demander.

Il n'en restait que des ruines, et encore, c'était beaucoup dire. Les décombres tombaient eux-même en décrépitude. Destruction volontaire, à n'en point douter. Et même s'il se souvenait y avoir contribué, cette nuit-là, il était certain de n'avoir pas rasé le complexe dans sa totalité. Était-ce justement parce qu'il y avait attiré l'attention des autorités que ses tenanciers avaient décidé de le faire disparaître ? Aucune idée. Mais toujours était-il que c'était chose faite. Il n'en restait rien, si ce n'est des décombres dont il ne pouvait plus rien tirer. Dévasté, il l'était aussi. S'avançant à pas lents parmi les gravats, il y tomba à genoux. Non pas par manque de force, mais pour fouiller parmi ces vestiges d'y passer. Il doit bien y avoir quelque chose ! se disait-il pour se convaincre alors qu'il soulevait les pans de murs comme s'il ne s'agissait que d'autant de fétus de paille.

Qu'elle le voie donc sous son vrai jour, cela n'avait plus aucune importance. Ici, il excava un bout de rapport si ancien et si usé qu'il s'effrita dès qu'il tenta de le soulever ; là, il n'obtint que de la poussière qu'il saisit à pleines mains avant de la laisser s'éparpiller aux quatre vents. Sa mâchoire se crispa tandis qu'il enfonçait son poing dans le sol pour évacuer la frustration qui le rongeait de l'intérieur. Tout ce chemin pour rien ! Un profond cratère se forma là où son poing avait touché le sol, de profondes fissures courant le long de ce qui avait autrefois dû être un carrelage impeccable. Ses phalanges percutèrent la terre à nouveau, sans produire d'impact aussi dévastateur cette fois mais agrandissant le trou qu'il était en train de creuser un peu plus à chaque fois. Mais ce serait sa propre tombe qu'il serait en train de creuser s'il n'arrêtait pas. C'est avec cette pensée en tête qu'il se remit d'aplomb, relâchant toutes ses illusions et tous ses faux espoirs en une longue expiration. Perdu, voilà ce qu'il était. Perdu, et rien d'autre. Et si fatigué...

Tu connais un endroit où je pourrais aller ? demanda-t-il sans se retourner.

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MessageSujet: Re: Mascarade [PV : Dark]   Dim 14 Juil - 14:22

Il se moquait d’elle. Un endroit où il pourrait aller ? Qu’espérait-il après la démonstration violente de l’ampleur de sa colère ? Qu’elle prenne peur et qu’elle s’exécute, sans le questionner ? Sans poser de conditions ? Un rictus nerveux tendit les lèvres de Snö. Elle savait, quelque part, qu’il ne retournerait pas sa fureur contre elle. Pour le moment, elle n’avait rien à craindre de lui et c’était ce qui l’avait poussée à lui venir en aide. Il n’en était pas moins dangereux.

- Écoute, soupira-t-elle, je ne comprends pas trop ce que tu éprouves puisque tu n’as rien voulu m’expliquer. Je ne sais même pas ce que tu es. D’un côté, tu me sembles totalement perdu et ça me donne envie de te secourir.

Elle croisa les bras sur sa poitrine. Elle était mal à l’aise. Se jeter seule dans les bras d’un inconnu ne mettait que sa propre intégrité en jeu. L’emmener dans un lieu sûr, l’appartement étant le seul qu’elle connaisse, était très différent. C’était jouer avec le feu. Faire entrer le loup dans la bergerie.

- Mais franchement, regarde-toi. Tu es à peine capable de te maîtriser. Tu es plein de rage. Et surtout, tu n’es pas humain.

Encore une fois, la sagesse aurait voulu qu’elle le laissât en plan. Mais seul, avec la puissance dont il disposait et alors qu’il était au sommet de son ire, ne risquait-il pas de commettre l’irréparable ? Snö prenait cela comme une sorte de devoir. Elle sentait qu’elle était capable de l’apaiser, de refroidir un peu les flammes de sa colère. Ne devait-elle pas le faire ? Quel prix cela aurait-il ? Elle décida de s’approcher de lui. Elle-même était étrangement sereine, ne laissant rien paraître de ses angoisses. Elle le contourna pour se planter face à lui, les mains sur les hanches et l’air sérieux, presque autoritaire.

- Que ce soit clair. La sphère que tu as matérialisée dans ta main, je l’ai vue. J’ai menti pour ma propre sécurité. La dernière fois qu’un être de ton genre est entré chez moi, mon père est mort.

Glaciale. Les traits délicats de son visage s’étaient figés dans une froideur sans égale. Il n’en avait probablement rien à faire mais elle tenait à ce qu’il sache qu’il n’était pas le bienvenu chez elle. Elle pointa vers lui un doigt menaçant.

- Alors, je te préviens. Je vais t’emmener chez moi parce que tu as clairement besoin de te calmer et de te reposer. Mais tu n’y abimes rien. Tu ne touches à rien. Une fois entré, tu ne dis rien tant que je ne t’en donne pas la permission. Compris ?

Elle faisait probablement preuve d’impétuosité, d’imprudence peut-être même, en s’adressant à lui ainsi. D’un claquement de doigt, il pouvait l’expédier six pieds sous terre. Il pouvait. Ce n’était pas suffisant.

- Fais ne serait-ce qu’une tache sur le tapis et je peux t’assurer que tu le regretteras amèrement.

Elle le fixa d’un œil sévère avant de tourner les talons. Il fallait qu’il comprenne, qu’il accepte. Elle prenait un risque énorme en l’invitant. Il outrepassait largement les règles du monde dans lequel elle vivait mais quelque chose l’entravait, l’empêchait de se déchaîner totalement et elle espérait que ce facteur suffirait à le rendre raisonnable.

- Viens, fit-elle d’une voix beaucoup plus douce, il n’est pas bon de rester ici.

Elle revint sur ses pas en silence. Leur ticket de bus était encore valide. Elle ne comptait pas discuter durant le trajet, la situation était trop délicate pour pouvoir l’aborder en public et elle n’avait plus le cœur aux bavardages futiles. Elle espérait que sa mère soit sortie, ce serait beaucoup plus simple ainsi. Sinon… Il lui faudrait trouver une explication acceptable car lui dire la vérité était hors de question.

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MessageSujet: Re: Mascarade [PV : Dark]   Jeu 18 Juil - 18:00

La colère était passée. Partie aussi vite qu'elle était venue. S'il en restait ne serait-ce qu'une once, elle était dirigée envers lui-même. Pour son impuissance. Pour son incapacité à se souvenir du moindre détail. Pour avoir tout perdu et n'avoir pas la force de le récupérer. Pour tout cela à la fois, il estimait avoir des raisons de s'en vouloir. C'était pour cela qu'il était venu jusqu'ici. Pour cela qu'il avait fait tout ce chemin. Pour cela qu'il avait lutté pour sa survie. Dans l'attente de ce jour où tout deviendrait clair et où la vérité serait faite sur qui il était vraiment. Mais de tout cela il ne restait rien. Ni cendres ni fumée ni poussière. Rien d'autre que cet immense vide qu'il ressentait jusqu'au fond de lui. Un gouffre béant au bord duquel il se tenait sans le savoir. Un précipice appelé désespoir. Ce n'était que l'affaire d'une pichenette. Et celle donnée par cette intense déception avait eu tôt fait de l'y pousser.

Il était en train de connaître une chute sans fin.

Je comprends pas ce que tu dis.

Un de ces mauvais rêves dont on veut tant se réveiller que cela en devient impossible. Oui, un esclave endormi, une poupée de chair et d'os dont la conscience a été aspirée par le néant pour n'abandonner derrière elle qu'une coquille vide. C'était à peine si l'on distinguait encore la lueur de la vie au fond de son regard tant trouver les lieux dans cet état avait morcelé tous ses espoirs. Ceux de retrouver la trace de sa famille. De faire marche arrière. De redevenir humain tant qu'il en était encore temps. Ne pas devoir retourner aux confins de ce monde vide et froid qui était devenu sa terre d'asile. Il n'était pas né dans les ténèbres. Il n'avait été qu'adopté. Ce n'est pas là-bas qu'était sa place. Il devait vivre tant qu'il en était encore temps. Mais pour ça, encore eut-il fallu ne pas se faire arracher la seule chance qu'il en avait de retrouver ne serait-ce qu'un semblant de normalité.

Hé ! Parle plus fort, j'entends rien !

Il n'était même pas dit que les quelques éclats demeurant au fond de sa mémoire étaient vrais. Peut-être ces souvenirs lui avaient-ils été implantés et qu'il n'y avait jamais eu de centre de recherches. Jamais eu de Quincys. Jamais eu d'autres enfants. Ni même d'Imari. Jamais rien ni personne à par lui. Toujours lui. Lui et lui seul. Seule victime de cette triste plaisanterie. De cet abîme de noirceur occupé à le consumer. Il perdait pied. Et l'envie grandissante de s'en féliciter en s'éclatant le crâne contre cette terre dévastée n'était pas vraiment pour l'aider à gérer au mieux cette situation. Se vider la tête lui ferait le plus grand bien. Mettre en suspens l'espace de quelques heures ces pensées chaotiques qui s'entrechoquaient et ne laissaient plus de sa conscience qu'un vaste champ de bataille. Oublier la torture de ne pas savoir qui il est ou plutôt qui il était. Se laisser porter par le vent. Être libre.

Putain, t'es sourde ou quoi ? Parle plus fort, ou je... Oh.

Il n'était même plus capable de prononcer le moindre mot. Il ne restait de lui qu'une épave, un corps porteur d'une âme inconnue. Pour autant qu'il sache ce pouvait aussi bien être celle d'un humain que de n'importe quoi d'autre. Était-elle vraiment « née » ou bien avait-elle elle aussi été créée de toutes pièces par ces chercheurs qui n'existaient peut-être même pas ? Ce que la jeune femme lui disait se heurtait à un mur d'indifférence. Ce n'était pas qu'il ne voulait pas lui répondre, c'était qu'il ne pouvait pas. Il avait définitivement l'impression qu'elle était en train de parler à quelqu'un d'autre. Quelqu'un qui n'était pas lui. Car il n'était personne. Quel intérêt à l'évoquer dès lors ? Absolument aucun. Et tout ce qu'elle pouvait dire, il ne le percevait qu'à travers un filtre d'insensibilité. L'ultime rempart entre lui et ce monde qui à l'instant présent ne semblait plus rien avoir à lui offrir. Il n'avait plus aucune trace, plus aucune piste.

Rien qu'elle. Bah, c'est déjà un début. Du moins était-ce ce dont il essayait de se convaincre. Elle expliqua qu'il avait intérêt à se tenir à carreaux, qu'elle en avait plus qu'assez que des êtres surnaturels dans son genre mettent à mal sa vie paisible. Quelque chose dans ce goût-là. Il ne saisit à vrai dire pas toute la teneur de ses paroles mais en retint la substance, et la lumière ne put se faire qu'avec un temps de retard, quand enfin il commença à reprendre pied dans cette réalité qu'il aurait aimé pouvoir renier. En un sens, il ressentait pour elle une forme d'empathie. Sa propre vie n'avait-elle pas elle aussi été saccagée par ces expériences ? Il était certes tout à fait possible qu'il se soit porté volontaire, mais auquel cas il était d'avis qu'il ne devait pas avoir conscience du fait qu'il y perdrait son identité. Qu'il n'en mesurait pas toutes les conséquences. Et alors qu'il la regardait fixement, tentant en vain d'assimiler entièrement le sens de ses paroles, la flamme dans ses yeux s'était éteinte et avait plongé son coeur dans un abîme aussi sombre que la mort.

Je suis humain. réussit-il tout juste à marmonner entre ses dents.

Certes, pas tout à fait de par ses pouvoirs. Mais les Quincys n'étaient en définitive, eux aussi, que des humains. Du moins était-ce ce qu'il avait appris du point de vue des Hollows, qui sans l'ombre d'une hésitation les mettaient tous dans le même panier. Ce n'était certes pas l'opinion la plus fiable qu'il puisse trouver, mais à leurs yeux, il en était un. Un peu plus précieux que les autres, voilà tout. Voilà pourquoi Fou-Lu avait tenu à l'avoir à ses côtés. S'il ne l'avait pas été, qui sait comment les choses se seraient passées. Mais il était fait tout comme eux de chair, de sang et d'os. Et pour la première fois de sa nouvelle existence, il marchait sur la même terre et respirait le même air. Rien n'aurait permis de le différencier d'un humain normal, si ce n'est le pouvoir formidable qui affluait dans ses veines. Les yeux dans le vide, il la regarda sans la voir – ou plutôt ne vit-il qu'elle, puisqu'elle était la seule ancre qui le raccrochait encore à ce monde qui venait de perdre tout sens à ses yeux.

Ouais. Si tu veux.

Sa porte de sortie s'était brusquement refermée, sans même lui laisser entrevoir ce qu'elle dissimulait. Il lui fallait à présent trouver un autre chemin qu'il puisse emprunter, et ce n'était pas gagné. Aussi était-il comme vidé de ses forces, et ainsi dépouillé de toute animosité. S'il se serait très certainement révolté d'être de cette façon traité comme un enfant en temps normal, il n'y vit sur le moment aucune objection. Oh oui, tout cela lui importait bien peu à présent. La seule chose qui ait un tant soit peu d'intérêt à ses yeux se résumait à avoir un endroit où dormir et, accessoirement, de rester avec elle. Car ce n'était que maintenant qu'il réalisait qu'il ne savait rien de ce monde dont il était censé provenir et que celui-ci lui paraissait désormais incroyablement froid et hostile. Ce n'était peut-être pas tout à fait faux finalement. Il n'était qu'un enfant perdu, égaré dans l'immensité d'un monde où il ne pouvait plus retourner. Car il l'avait déjà laissé de côté...

Lorsqu'elle fit mine de s'éloigner, il lui saisit la main. Par réflexe. Il avait eu l'impression d'être cerné par les ténèbres et que la seule bougie qu'il pouvait espérer venait de lui échapper des mains pour s'éloigner. Son premier geste avait donc été de la rattraper, sans chercher plus loin. Libre à elle de le repousser, après tout, si elle en éprouvait le besoin. Ses iris améthystes qui jusque là luisaient de mille éclats s'étaient éteints, ternis et assombris par tout le poids de son amère déception. Il n'avait besoin de presque rien. Juste un signe. Juste une preuve qu'il avait été quelqu'un d'autre. Qu'il avait bien été détenu ici. Que le peu qui restait au fin fond de sa mémoire n'était pas que pure invention et qu'il y avait bien eu quelque chose pour causer son état actuel. Mais même cela, il avait fallu qu'on le lui refuse. Et voilà qu'il se retrouvait dès à présent seul dans un endroit dont il ignorait tout. Désœuvré, sans même savoir comment s'y prendre pour pouvoir rentrer. Condamné à rester ici, peut-être.

Il avait la migraine. Une de celles qui vous assaillent sans crier gare quand vous avez déjà trop de soucis en tête et que vous vous dites « faudrait pas que quelque chose vienne en rajouter une couche ». Tout ce qu'il savait à propos de lui tournoyait dans sa tête sous forme de spirale infernale à laquelle venaient se mêler ce lieu déserté qu'il venait d'explorer et ce que la jeune femme venait de lui révéler. Tous ces éléments se heurtaient, s'entrechoquaient, sans trouver le moyen de s'imbriquer pour aboutir à quelque chose de concret. Et le son des chocs n'avait de cesse de se répercuter à l'intérieur de son crâne et d'accentuer la douleur cuisante qui lui donnait l'impression de le traverser de part en part. C'est à peine s'il fit le moindre mouvement lors du trajet en bus tant il était dévoré par ces démons intérieurs, par tous ces fantômes qu'il ne pouvait faire taire. Il n'y avait qu'elle. Qu'elle qui lui permette encore de respirer alors que tout le reste semblait n'avoir d'autre envie que de l'étrangler. D'en finir avec lui, comme si son existence même n'avait plus d'intérêt.

T'as joué, t'as perdu. Maintenant tu dégages ! songea-t-il avec ironie. Et avant qu'il ait pu s'en rendre compte, ils étaient déjà descendus du bus qui était censé les ramener. Sans doute à portée de la résidence où elle avait promis de l'emmener puisqu'ils étaient déjà en chemin, ses jambes ayant sans doute suivi sans qu'il ait pris la peine de le remarquer. Après tout, la suivre n'était pas bien compliqué. C'était la seule luciole qui lui montre le chemin dans un monde où le soleil s'était éteint.

C'est encore loin ? demanda-t-il à l'étourdie, vaguement conscient d'avoir déjà dû poser la question.

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MessageSujet: Re: Mascarade [PV : Dark]   Dim 21 Juil - 15:33

- Non, c’est juste ici.

Jusqu’à la porte de l’immeuble, elle l’avait tenu par la main. Pas comme on se tient entre amoureux, non, mais plutôt comme on tient un enfant. Un enfant traumatisé. Il avait été bien plus docile qu’elle ne l’avait imaginé. Il paraissait anéanti, terrassé, annihilé. La colère qu’il avait manifestée auparavant semblait s’être éteinte aussi vite qu’elle s’était enflammée.

Elle entra le code dans l’interphone du bâtiment. Ses mains tremblaient un peu. Ils entrèrent à l’intérieur. Elle lui fit gravir l’escalier jusqu’à la porte de chez elle. Elle posa la main sur la poignée, appuya. C’était fermé à clé. Elle poussa un soupir de soulagement : sa mère était sortie. Finalement, les choses s’annonçaient assez simples. Elle fouina dans le petit sac en bandoulière qu’elle portait et en sortit ses clés. Elle s’empressa d’ouvrir la porte de l’appartement et de le faire entrer dedans.

- Nous sommes seuls, lui annonça-t-elle.

Elle le mena jusqu’au salon et le fit s’asseoir sur le canapé. Il était tellement chamboulé… Il faisait de la peine à voir. Elle s’humecta les lèvres, l’observant du coin de l’œil. Si elle voulait l’aider, le réconforter, elle devait en savoir plus mais il ne semblait pas être d’humeur à se livrer. Il encaissait un choc violent. Quelque chose, dans la vision des anciens laboratoires en ruines, l’avait brisé. Tout cela attisait la curiosité naturelle de la jeune femme…

- Je vais faire du thé, dit-elle d’une voix pensive, une boisson chaude te fera du bien.

Elle fila jusqu’à la cuisine. Elle ne revint qu’une fois les deux tasses pleines d’un liquide fumant exhalant une odeur où se mêlaient les parfums de la menthe et du miel. Elle déposa l’une d’elle face à lui, sur la table basse qui côtoyait le canapé. Elle s’installa sur un fauteuil non loin, repliant les jambes contre son ventre. De là, elle le scruta avec attention.

- Au fait, on m'appelle Snö.

Après cette tardive présentation, la jeune femme se tut de longs instants. Elle cherchait ses mots. Ils affluaient dans son esprit mais ne lui paraissaient jamais appropriés à la situation. Elle apporta la tasse à ses lèvres, elle était brûlante. Elle souffla dessus machinalement avant de remuer la petite cuillère qui s’y trouvait, la cognant contre les parois, dans un tintement ténu.

- Que cherchais-tu là-bas ? C’était si… décevant que ça ? Tu espérais trouver autre chose qu'un tas de ruines, c'est ça ?

Elle s’était finalement décidée à rompre le silence. Elle espérait parvenir à le tirer hors du mutisme dans lequel il s’était plongé mais elle savait qu'elle abordait un sujet douloureux. Elle se promit de faire preuve de patience avec lui, et pourtant elle était avide d'en savoir plus.

- Raconte-moi, exigea-t-elle, raconte-moi tout. D'où tu viens, pourquoi tu es là, ce qui t'a mis dans cet état... Tu as besoin de mon aide. Je peux t’aider. Mais je dois savoir…

La vérité. Elle ne demandait rien de moins que de mettre fin à la mascarade qui lui échappait désormais totalement.

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MessageSujet: Re: Mascarade [PV : Dark]   Ven 26 Juil - 7:57

Pas très pratique. commenta-t-il.

La tenant toujours fermement par la main, il s'engouffra à sa suite dans le géant de verre et d'acier que constituait à ses yeux ce bâtiment. Il ne gardait qu'un souvenir abstrait du monde des humains et de la vie qu'il y avait vécu, ce n'était donc certainement pas son architecture qui allait lui paraître familière. Mais pour l'heure il s'en moquait éperdument et n'en était guère impressionné. Tout ce qui lui importait était d'avoir un toit au-dessus de la tête, un endroit où retourner. Qu'importe si celui-ci n'était qu'un gigantesque pilier dressé vers le ciel, vide et froid en apparence, s'il pouvait s'y réfugier. Tant qu'il gardait au moins la chaleur de sa main dans la sienne, ce ne serait de toute façon pas pour le déranger. C'était pour l'heure la seule chose qui le lie à la réalité et lui fasse éprouver une envie si diffuse soit-elle d'y demeurer. Car la gangue de glace qui s'était refermée sur son coeur, elle, n'était pas prête de se réchauffer...

Lorsqu'elle le lâcha, il glissa machinalement ses mains dans ses poches, comme dans l'espoir d'y retrouver un tant soit peu la chaleur qu'il venait de perdre. De toute façon, il lui fallait faire bonne figure. Ce n'était pas dans son caractère de s'épancher sur l'épaule de qui que ce soit et encore moins celle d'une inconnue. À moins que ce soit justement ce qui avait pu le motiver à le faire, le fait qu'elle ne sache pas qui il est et qu'il soit voué à sortir de sa vie pour toujours dès qu'il aurait trouvé la force et surtout le moyen de rentrer au Hueco Mundo. À se demander d'ailleurs ce qu'elle pouvait bien lui trouver, car elle devait savoir à présent qu'ils n'étaient pas du même monde et qu'ils n'auraient jamais dû se rencontrer. Que quoi qu'il se passe entre eux rien de bon ne pourrait arriver. Que ce lien ne devrait pas exister et que plus vite il serait brisé, mieux elle se porterait. Mais il n'en était pas moins là, à gravir avec elle la cage d'escalier.

Malgré son esprit troublé, Dark trouva le moyen de remarquer à quel point les humains avaient des systèmes peu commodes pour tout et rien alors qu'il lui aurait suffi d'un déplacement dans les airs pour atteindre la fenêtre de cet appartement sans être retardé par une porte ou même l'altitude à laquelle il pouvait se situer. Seulement voilà, la plupart des humains n'étaient point dotés de ce genre de capacités et on ne pouvait donc pas faire reposer leur société sur ce qu'à peine un pourcent d'entre eux devait maîtriser. Cela ramena d'ailleurs son attention vers elle. À ce qu'on lui en avait dit, les seuls humains à avoir conscience de ce genre de phénomène et de l'existence des Arrancars étaient eux-même dotés d'un fort potentiel spirituel. Ce qui, en toute théorie, devrait vouloir dire qu'elle était elle-même nantie d'un pouvoir – fut-il latent.

Et cette question lui occupa l'esprit jusqu'à ce qu'ils soient vraiment arrivés, pour au moins déterminer si elle s'y était d'ores et déjà initiée. Ce n'est toutefois que quand elle lui annonça qu'ils étaient seuls qu'il sortit véritablement de sa torpeur et prit un moment pour faire la mise au point. Elle ne vivait pas seule, c'était forcé. À son âge, on est encore sous la garde de ses parents. Cette pensée raviva imperceptiblement son vague à l'âme, ne fut-ce que du fait qu'il n'ait pas la moindre idée de ce qu'il était advenu des siens. Plus que de leur absence, c'était de l'incertitude dont il souffrait. Il n'aurait certainement pas aimé que l'on empiète sur son besoin d'indépendance. Ainsi se contenta-t-il de détourner le regard pour être sûr qu'elle ne pourrait pas y lire quoi que ce soit et d'acquiescer tandis qu'il pénétrait dans la pièce pour la première fois.

C'est pas la peine, déclara-t-il d'une voix lasse quand elle lui proposa une boisson chaude mais elle était déjà partie sans tenir compte de ses objections. Sans doute avait-elle aussi besoin de réfléchir à ce qu'elle devait en faire après l'avoir ramené jusqu'ici. Dépassée par une situation à laquelle elle n'aurait jamais pensé être confrontée. Il pouvait le comprendre et c'était bien la raison pour laquelle, pour la première fois depuis le début de sa « nouvelle vie », il ressentait de la culpabilité. Celle de lui faire courir le risque de bouleverser sa vie à tout jamais. Et c'était pourquoi dès que possible il n'en irait. Car s'il ne gardait dans sa mémoire aucune trace de qui il était autrefois, il se savait un peu trop doué quand il s'agissait de laisser dans la vie des gens une empreinte indélébile. Elle n'avait rien fait pour mériter ça. Ne sachant comment se tenir, il demeura planté debout jusqu'à ce qu'elle revienne et prenne place dans le canapé – moment à partir duquel il décida de l'imiter.

On m'appelle Dark. Dark Ezeckiel. Je crois que c'est mon nom. Mais je ne sais plus vraiment...

Une introduction qui en disait long mais pas assez tout à la fois. Elle avait besoin de réponses, et c'était bien normal. Après avoir pris le risque de l'introduire dans son appartement et d'ainsi bousculer son quotidien de manière irrémédiable, elle était, à son grand désarroi, parfaitement en droit de vouloir comprendre un peu mieux ce qui se passe. Aussi ce n'était pas de gaieté de coeur mais il rassembla péniblement ses esprits afin de pouvoir lui livrer une explication qui éclaircirait un tant soit peu ces nombreuses zones d'ombre. Il n'avait pas touché à la tasse de thé. Il savait qu'elle ne lui voulait aucun mal à la base, mais sa précédente expérience avec la glace lui avait appris à se méfier de tout ce qu'elle pourrait lui proposer. Sa main se crispa sur son pantalon tandis qu'il cherchait désespérément un moyen de formuler de manière à la fois claire et concise le torrent d'émotions qui lui transperçait le coeur.

Je cherchais à savoir d'où je viens.

C'était le mieux qu'il puisse faire. Pas brillant, mais toujours mieux que rien. Jusque là, il avait toujours fui la question. Pas forcément parce qu'il ne voulait pas en parler, même s'il était vrai que les personnes avec qui il aurait pu aborder le sujet se comptaient sur les doigts de la main mais principalement parce qu'il n'avait jamais su trouver comment présenter les choses. C'est une histoire de fou, quand on y pense, et elle pouvait très bien ne pas le croire et ce même s'il lui décrivait le peu qu'il lui restait en tête dans les moindres détails. Qu'elle se soit éveillée à ce monde spirituel, cet autre monde dans lequel il vivait ne voulait pas dire qu'elle en comprenait toutes les règles et il se pouvait que même en l'état elle ait du mal à avaler ses divagations. Et pourtant, c'était tout ce qu'il avait à offrir. Mais plutôt que de lui mentir, autant essayer de faire de son mieux. Même si elle devait ne pas le prendre au sérieux, l'important était que la teneur de ses souffrances puisse toucher son coeur.

Je n'arrive pas à me rappeler. C'était comme si on avait pris le livre de ma vie et qu'on en avait arraché la moitié des pages sans me demander mon avis. Comme si tout ce qui avait été écrit en avait été effacé. Que l'encre avait coulé jusqu'à ce qu'il ne reste plus que du noir et encore du noir sans rien laisser. Tu ne vas sans doute pas me croire, mais je veux bien te raconter.

De la suite, il ne garde qu'un souvenir confus.

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Mascarade [PV : Dark]

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